Un inspecteur du travail pour 800 entreprises !

«Les parties insistent sur le rôle [fondamental, ndlr] que doit jouer l’inspection du travail dans l’application du code du travail, et ceci nécessite de doter ce corps de moyens humains et matériels à même de lui permettre de mener à bien ses missions…», peut-on lire dans l’accord du Dialogue social du 30 avril 2003.
Deux ans après, la corporation des inspecteurs du travail attend toujours qu’on daigne lui procurer les moyens dont elle a besoin pour faire appliquer correctement le nouveau code. Selon Mohammed Mân, président de l’Association marocaine des inspecteurs du travail (AMIT), aujourd’hui, «le malaise est général, notre profession est complètement délaissée». M. Mân dit ne pas comprendre la contradiction qui consiste, d’une part, à faire reposer l’application réussie du code du travail sur cette corporation, et, d’autre part, à laisser celle-ci évoluer dans des conditions matérielles et morales précaires. Pourtant, ce qu’elle demande ne paraît pas relever de l’impossible : 1) l’adoption du statut de l’inspecteur du travail ; 2) l’encouragement de la formation, initiale et continue – un bâtiment administratif destiné à la formation existe depuis 1979 mais ne fonctionne toujours pas ; 3) enfin, le recrutement, afin d’étoffer le corps des inspecteurs. Sur l’ensemble du pays, l’effectif des inspecteurs du travail est de 476, dont environ 300 sont opérationnels, soit 1 inspecteur pour 800 entreprises, indique M. Mân. Or, pour se mettre aux standards internationaux, il faudrait 1 inspecteur pour 250 entreprises.
Il y a manifestement nécessité de mettre à niveau ce secteur. A défaut, la profession ira en se réduisant. «D’ici 2010, 50 % des inspecteurs seront mis à la retraite ; et le reste se situera dans la tranche d’âge comprise entre 45 et 55 ans», c’est-à-dire pas loin de la retraite, rappelle le président de l’Amith. Que faire? Les inspecteurs du travail ont déjà organisé deux grèves, l’une le 1er mai 2004 et l’autre le jour de l’entrée en vigueur du code du travail, le 8 juin 2004. «Mais rien n’a été fait !», s’indigne M. Mân