Un défenseur de l’équité dans le notariat

Il vient d’être élu président de l’Ordre des notaires en remplacement de Mohamed Touhami Ouazzani. Abdellatif Yagou est le porte-drapeau de la nouvelle génération de notaires. Il a franchi tous les paliers dans les instances représentatives de la profession.

Les élections du Conseil national de l’Ordre des notaires ont livré leur verdict. C’est Abdellatif Yagou, ancien président de l’Ordre régional de Casablanca, qui est élu à la tête de l’Ordre de la profession, en remplacement de Mohamed Touhami Ouazzani, en place depuis 2013. Cette nouvelle responsabilité, le natif de Casablanca la prend avec beaucoup de sérieux : «Notre profession est soumise à énormément de difficultés et de contraintes, il s’agit donc de continuer le travail de structuration entrepris par l’ancien conseil, notamment via les conventions avec les institutions qui constituent l’éco-système des notaires».

Né en 1962, Abdellatif Yagou fait ses études secondaires dans sa ville natale et obtient son baccalauréat en Lettres modernes en 1982. Il s’envole alors pour Lilles, en France, pour suivre des études en psychologie. Deux années plus tard, après avoir obtenu un DEUG, il se rend compte de la difficulté d’obtenir des débouchés au Maroc. Un retour aux sources lui tient donc particulièrement à cœur et il franchit le pas. En 1984, il commence des études de droit à l’Université Hassan II de Casablanca, il y obtient alors sa licence ainsi qu’un Certificat d’études supérieures en droit privé. C’est alors qu’il intègre la profession notariale en tant que second clerc, puis en tant que premier clerc de notaires en 1991. Après avoir obtenu son diplôme, il est affecté à Settat à une époque où le notariat est encore réservé à une élite sociale bien définie. Il n’est alors que 3e notaire de la ville, pendant que Casablanca en alignait 14. Il rejoindra sa ville natale en 1995 et intègre, deux ans après, la Chambre nationale du notariat moderne (CNNM), institution qui faisait office d’appareil représentatif pour le corps de métier. Il y est alors chargé de la formation. Une passion que ce père de famille depuis déjà 19 ans continuera puisqu’il intègre, en 1998, l’Université HassanIer de Settat en tant qu’enseignant et y obtiendra son doctorat en 2005.

Un pourfendeur du conservatisme

Dans le même temps, il suit de très près les péripéties de la profession puisqu’il deviendra, en 2000, assesseur à la CNNM mais quittera son poste en 2003 suite à des désaccords avec certains caciques. Il réintègre cependant la Chambre en 2009 en tant que Secrétaire général avant de devenir, en 2013, premier président du Conseil régional des notaires de Casablanca. A ce poste, il multiplie les initiatives et gagne la sympathie des notaires-stagiaires ainsi que de la nouvelle génération de notaires, qui a largement participé à le porter à la tête de l’ordre. Il se fait alors une réputation de «Robin-des-bois», aux antipodes du conservatisme dont fait preuve une bonne partie de la profession. Son principal fait d’armes: la mise en place d’un système de répartition des dossiers de manière à permettre à tous les cabinets de notariat de la métropole d’accéder à une part dans les grands projets immobiliers de la ville. Il envoie alors une correspondance à tous les établissements publics ayant une activité immobilière dans la région du Grand Casablanca leur demandant de coordonner avec l’ordre dans le but de confier les transactions aux notaires en fonction de l’emplacement des projets, et ce, dans le but d’assurer une plus grande équité entre tous les cabinets et surtout aussi, selon le Conseil de l’ordre, d’assurer de l’activité à de nombreux jeunes notaires qui viennent de s’installer. La correspondance de l’Ordre régional a été adressée aux patrons d’entreprises publiques opérant dans la promotion immobilière comme la société Al Manar, qui pilote le projet de la marina de Casablanca, CDG développement, l’Agence d’urbanisation et de développement d’Anfa (AUDA), l’Agence d’aménagement de Zénata, l’Agence de logements et d’équipement militaires (ALEM) et même l’Agence urbaine de Casablanca. Des correspondances auxquelles les établissements publics ont répondu favorablement.

Rien ne pouvait donc mieux préparer son accession à la tête des notaires du Maroc que la gestion de l’une des zones les plus actives pour sa profession, puisque Casablanca regroupe à elle seule 40% de la profession. Et à ce nouveau poste, notre homme veut continuer son travail de répartition équitable, afin d’éviter les oligopoles et la marginalisation d’une partie des notaires, qui, au vu du rush constaté ces trois dernières années, risque de devenir une réalité de plus en plus palpable… Il va mener cette mission avec les 5 notaires élus membres du Conseil national, dont trois sont de Casablanca : Hafid Oubrayem, Fayçal Benjelloun, Hassan Tawfik Mohamed Labdaoui (Béni-Mellal) et Lahachmi Lakhriss (Marrakech).