Un bilan en deçà  des attentes pour le plan d’actions prioritaires de Casablanca

Hormis les projets de modernisation des voiries et du renforcement de l’éclairage public, les autres chantiers urgents semblent traîner. Les élus critiquent le taux d’avancement des projets liés à  la propreté que la Ville annonce à  80%. D’autres projets ont tout simplement été reprogrammés dans le plan de développement de la ville sur cinq ans qui vient d’être arrêté.

Faut-il réellement croire que Casablanca va rapidement changer de visage ? En tout cas, les autorités de la ville le promettent aux habitants de la métropole. Pour convaincre de leur plein engagement, ils vont jusqu’à multiplier les actions de communication autour des différents projets programmés pour les quelques années à venir et qui sont censés concrétiser cette ambition. Pas plus tard que lundi 22 décembre, la Wilaya du Grand Casablanca, le Conseil de la ville et le Conseil de la région se réunissaient une nouvelle fois devant un parterre de journalistes pour exposer les grandes lignes du plan de développement de la métropole, et qui fait suite à la signature fin septembre dernier d’une dizaine de conventions de partenariat devant le Souverain. Ce plan, d’un budget global de 33,6 milliards de DH, s’étend de 2015 à 2020 et prévoit des projets touchant quasiment à tous les domaines : habitat, transport, infrastructures sportives et culturelles, espaces verts… Sur le papier, il faut bien le reconnaître, le plan a de quoi tenir en haleine toute la population casablancaise, vu que les différents projets annoncés constituent des réponses directes à des problématiques décriées depuis plusieurs années. Il reste maintenant à savoir si l’engagement pris par les autorités de la ville sera réellement traduit sur le terrain.

Il est certes encore trop tôt pour en juger, vu que le plan vient à peine d’être conçu. Cependant, l’expérience récente de la Ville a tout de même démontré qu’à Casablanca, il ne faut jamais vendre la peau de l’ours avant de l’avoir tué ! Le plan d’action prioritaire, annoncé en février 2014, en est le parfait exemple. Pour rappel, ce plan constituait une première réponse aux critiques adressées par le Souverain lors de son discours au Parlement le 13 octobre 2013, où il avait fustigé les autorités de la ville pour les problématiques que vivait Casablanca. A l’époque, Conseil de la ville, Conseil de la région et Wilaya s’étaient empressés de concocter un plan d’urgence devant répondre aux problèmes urgents de la ville. Près d’un an plus tard, force est de constater que le bilan de ce plan est, pour le moins, mitigé.

Lydec bien avancée dans ses travaux

De tous les projets annoncés, seuls ceux inclus dans les axes «voiries et éclairage public» et «services de propreté» affichent un taux de réalisation important, évalué à 80% de ce qui était prévu initialement. C’est du moins le bilan qu’en font officiellement les autorités de la ville. Pour le premier axe, l’enquête de terrain que nous avons menée nous permet de conclure que les projets ont bel et bien avancé. Plusieurs grands axes de la ville ont subi, ou sont en train de subir, un relifting. C’est le cas par exemple de la route de Ouled Ziane, des boulevards 2 Mars, Al Mouqaouama, Emile Zola, Ghandi et autres. Plusieurs giratoires ont également été aménagés pour fluidifier le trafic dans des zones denses à l’instar de celui du Rond-point des sports ou du croisement entre l’avenue Stendhal et le boulevard Ghandi. Au niveau de l’éclairage public, les données que nous avons récupérées auprès de Lydec font ressortir que sur les 20 000 luminaires à installer, 16 952 le sont déjà alors que 4 761 candélabres sont posés sur un total de 7 000. Concernant l’installation des câbles, Lydec a dépassé les prévisions et a procédé à la pose de 196 km de câbles sur un linéaire programmé de 175 km. Au niveau des zones périphériques, là encore les réalisations semblent conformes à ce qui était prévu. «Le taux de disponibilité était très bas dans ces quartiers et ne dépassait guère les 60% dans la plupart des zones. Grâce à notre intervention, ce taux est aujourd’hui de l’ordre de 90%», explique Mohamed Machhouri, directeur Eclairage public à Lydec.

Collecte des déchets : matériel inadapté !

En revanche, pour ce qui est du volet consacré à la propreté, le bilan officiel a de quoi surprendre plus d’un. Si les pouvoirs publics annoncent un taux de réalisation de 80%, pour les Casablancais, le résultat est encore loin de se ressentir réellement sur le terrain. Selon nos informations, même les élus la ville ont remis en cause ce taux lors d’une réunion restreinte tenue récemment avec la Wilaya et le Conseil de la ville. Pour eux, et il est vrai, la question de la propreté continue de hanter la vie des Casablancais «en raison de l’utilisation par les nouveaux délégataires de matériels non adaptés», soulignent-ils. En fait, il semble que le taux de réalisation dont se vantent aujourd’hui les autorités tient plus compte de l’aspect quantitatif que qualitatif dans la résolution du problème. Comptabilisant principalement l’acquisition de nouveaux camions et la pose de nouvelles bennes à ordure, le bilan de la Ville ressort largement satisfaisant. Or, sur le terrain, quelques mois à peine après l’entrée en service du nouveau matériel, il s’avère que celui-ci n’a fait qu’empirer le problème d’entassement des ordures, vu que les bennes choisies sont moins efficaces pour le ramassage des ordures. Selon des élus, le cahier des charges imposait aux délégataires que les bennes ne soient plus accessibles aux chiffonniers. Pour répondre à cette contrainte, les délégataires ont dû mettre en place des bennes dont les ouvertures ne permettent pas d’y poser les grands sacs d’ordures, ce qui favorise logiquement leur entassement dans les rues.

Toujours pas de nouveaux bus

La propreté n’est pas le seul point d’ombre dans le bilan du plan d’actions prioritaires. Les autres volets cités dans le bilan officiel affichent des taux de réalisation compris entre 20 et 40% seulement. Le moins avancé, mais le moins problématique aussi, est celui lié aux espaces verts. Selon nos informations, les projets prévus dans ce cadre sont étroitement liés aux projets de réalisation des voiries, à l’exception de quelques espaces comme le parc Palestine en cours de travaux. C’est ce qui explique que ce volet n’affiche actuellement qu’un taux de réalisation de 20%, les travaux ne démarrant généralement qu’après l’achèvement des travaux de voirie. Selon une source au Conseil de la ville, l’ensemble des espaces verts prévus seront aménagés avant juin 2015.

Sur le volet sécuritaire, où la Ville promettait la mise en place de caméras de surveillance, l’installation d’une centrale de régulation de la circulation et l’acquisition de nouveaux matériels de locomotion, seul ce dernier chantier a été entamé. Depuis l’été dernier, la Wilaya livre progressivement de nouveaux véhicules au profit de la Préfecture de police. Pour ce qui est de l’installation des nouvelles caméras, rien n’a encore été fait. Selon des sources bien informées, le dispositif attend toujours que les sites où les caméras doivent être installées soient clairement définis. Idem pour la centrale de régulation de la circulation, projet dont on ne parle quasiment plus depuis l’annonce du plan d’action. Il en est de même pour le volet lié à l’amélioration des conditions de transport par l’acquisition de nouveaux bus. Interrogée sur la question, une source auprès de M’dina bus explique que la société n’a toujours aucune nouvelle sur l’acquisition de ces véhicules. Seule nouveauté, «nous avons reçu un courrier de la Wilaya en octobre nous demandant de soumettre un cahier des charges techniques», rapporte la même source. Pour la réalisation de ce cahier des charges, M’dina bus a adressé une demande d’informations complémentaires auxquelles elle n’a toujours pas reçu de réponse. C’est dire que, là encore, le projet est loin de se concrétiser.