Un après-midi avec des candidats au nouveau permis de conduire

Les auto-écoles n’étant pas encore équipées,
ce sont les centres d’examen qui initient les candidats.
Des examens blancs ont montré que le code était souvent négligé.

Après l’entrée en vigueur de l’automatisation de l’examen théorique du permis de conduire, les centres d’examen n’ont plus d’autre choix que de compléter eux-mêmes la formation ou l’apprentissage dispensés par les auto-écoles. En effet, ces dernières ne se sont pas encore équipées du matériel audiovisuel nécessaire pour se mettre au diapason des centres d’examen. Par conséquent, elles continuent d’initier les candidats au permis à la manière ancienne, au grand dam de ces derniers qui doivent troquer sans délais le carnet à spirales contre la télécommande. Sans doute les auto-écoles, du moins la majorité d’entre elles, mettront-elles encore du temps avant d’acquérir le nouveau matériel en raison de son prix, 50 000 DH, jugé trop élevé. Pour l’heure, un fournisseur, Codes Rousseau, est seul maître à bord, même si rien n’interdit l’arrivée de concurrents. Du reste, la Fédération des auto-écoles est en contact avec une société française, Ediser (Edition Sécurité Routière), pour créer une filiale au Maroc et commercialiser de nouveaux boîtiers qui permettront de prendre en charge la formation des candidats au permis.
Qu’à cela ne tienne ! Le ministère du Transport a décidé de prendre le taureau par les cornes pour faire aboutir ce projet qui traînait en longueur.
Consigne donc a été donnée aux centres d’examen d’organiser chaque jour des opérations portes ouvertes pour familiariser le public avec la nouvelle méthode.

Toute tentative de communication entraîne l’élimination immédiate

Au centre d’examen situé sur l’avenue des FAR, chaque après-midi à partir de 16 heures, on assiste à une ruée pour les essais qui y sont organisés. La priorité est certes donnée aux candidats qui doivent passer l’examen réel le lendemain, mais rien n’empêche les autres candidats d’attendre leur tour pour tester la nouvelle méthode.
Deux salles sont aménagées à cet effet, l’une pour les femmes et l’autre pour les hommes, où sont disposées 12 chaises numérotées avec, sur chacune, une télécommande (ou boîtier). Dans une ambiance bon enfant, et sous l’œil vigilant du directeur, un cadre du centre invite le premier groupe à entrer dans la salle. Mais il faut au superviseur beaucoup de fermeté pour éviter le désordre. En effet, dès l’entrée dans la salle, les futurs candidats se sont rués sur les chaises, les tirant dans un vacarme assourdissant pour se rapprocher le plus possible de l’écran, un peu à la manière du public qui s’installe pour suivre un match de football dans un café. Il a fallu leur expliquer que la disposition initiale était la même que pour l’examen et que, le jour de l’examen, personne n’aurait le droit ni de parler à son voisin ni de regarder dans sa direction. «Tous ces faits seront sanctionnés par une élimination directe», prévient l’examinateur virtuel qui s’empare après-coup d’une télécommande et explique la manière dont on doit répondre aux questions. «Chaque question nécessite une ou deux réponses qui correspondent à des touches numérotées. Un bouton vert sert à valider la ou les réponses. S’il n’est pas actionné, on considère que le candidat a fait l’impasse alors que, dans ce cas, il lui est impossible de passer a la question suivante. Mais il peut toujours user du bouton rouge pour annuler une première réponse et en proposer une autre», explique l’examinateur.

Sur un groupe de 12 personnes, une seule a pu donner 30 bonnes réponses

Après ces précisions, somme toute très importantes, la lumière s’éteint et les questions commencent à défiler en image sur un fond d’arabe dialectal.
Exemple : sur l’écran, on voit un passage clouté avec des enfants qui traversent.
Question : je dois ralentir et m’arrêter pour les laisser traverser (appuyez sur le 1).
Je dois klaxonner et passer (appuyez sur le 2). Une dame assise au dernier rang qui, malgré sa mise en condition, n’a ni oublié qu’elle est à Casablanca ni pris en compte le fait qu’elle passe un permis théorique, appuie sur le 2 et valide avec le bouton vert.
Elle ne devait pas être la seule. Les questions continuent de défiler, il y en a quarante, et les candidats de répondre, en visant bien l’écran, ce qui est bien sûr inutile, car comme devait le leur faire remarquer l’examinateur, il n’y a aucun lien entre les deux. Au bout de 15 questions, l’examinateur qui veille à l’initiation rallume la lumière pour un état des lieux. Vérification faite, très peu de candidats avaient sur leur boîtier le nombre exhaustif de questions. Nouvelle mise en garde de l’examinateur : «Si vous oubliez de valider une réponse, vous ne pouvez pas passer à la suivante». On ramène alors tous les compteurs à 15 de façon à pouvoir traiter les quarante questions prévues. La séance d’évaluation qui a suivi a fait ressortir qu’une seule personne, une dame, avait tout juste atteint le minimum requis ; pour passer à l’étape suivante, la conduite, il faut réunir au moins 30 réponses justes sur 40. Heureusement pour les autres que ce n’est qu’une séance de mise en train.
Donc rien de grave, pour le directeur du centre. Il conclut, à l’adresse des participants, que «les candidats peuvent revenir tous les jours jusqu’à ce qu’ils maîtrisent bien la technique, mais surtout , il faut qu’ils apprennent bien le code»