Un agriculteur de la région de Benslimane se met au quinoa bio

La première récolte est prévue pour mai 2016 n La production prévisionnelle de 2,5 tonnes sera totalement livrée à  La Vie Claire. Riche en fibres et protéines, le quinoa est présenté comme alternative à  la semoule et au riz.

Après deux essais concluants effectués en 2014 et 2015, Abdelkrim Loukili, agriculteur dans la région de Benslimane, aura sa première récolte de quinoa bio le printemps prochain. Dans sa ferme expérimentale, une superficie de deux hectares sera plantée pour une production estimée entre 2 et 2,5 tonnes. Cette graine, déjà introduite au Maroc en 1999 dans le cadre d’un projet expérimental de l’Institut agronomique et vétérinaire Hassan II ( IAV), est cultivée de manière conventionnelle dans les régions de Rhamna et de Romani. Mais il s’agit encore de petites productions.

La culture du quinoa bio vient répondre, selon M.Loukili, à une demande de plus en plus importante aussi bien au Maroc -qui se met à développer des cultures durables- que dans le monde. Ayant poussé durant des siècles dans les pays de l’Amérique du Sud depuis la civilisation des Incas, le quinoa fait son entrée dans les autres pays pour répondre à des besoins d’alimentation diététique. De plus, il pourrait aider à mieux lutter contre la faim, selon la FAO. En effet, le quinoa est présenté comme une alternative au riz, à la semoule et même aux pâtes. Et les magasins spécialisés dans la distribution d’aliments bio et diététiques confirment «une hausse de la demande». Et ceci malgré un prix relativement élevé. Le sachet de 400 gr est commercialisé entre 35 et 40 DH en fonction du lieu de vente. Pour le moment, le produit est importé directement d’Amérique Latine. Le quinoa bio de M. Loukili devrait faire son entrée sur les rayons de La Vie Claire, à Casablanca et Rabat, au printemps 2016. Cette enseigne achètera donc toute la production, comme le prévoit l’exclusivité.

Le prix de sortie à la ferme devrait se situer entre 60 et 100 DH. Ce niveau se justifie par le rendement à l’hectare et par les techniques de l’opération récolte qui implique plusieurs intervenants et plusieurs étapes avant la commercialisation.

Le cadre réglementaire n’est pas totalement en place

Les graines, une fois récoltées, doivent être lavées et séchées car le quinoa contient de la saponine. Une molécule produite par de nombreuses plantes et mousse au contact de l’eau, explique Abdelkrim Loukili. Le produit sera conditionné à la ferme expérimentale et sera commercialisé sans label, en attendant la mise en place de tout le dispositif défini par la loi 39-12 relative à la production biologique des produits agricoles et aquatiques. Mais cela, explique notre agriculteur, ne remet pas en cause sa qualité bio, étant donné que la ferme expérimentale est certifiée bio. Pour le producteur, le Maroc devrait profiter de l’actuel engouement international pour le quinoa pour développer une culture bio. «Des campagnes de sensibilisation et de communication doivent être menées dans toutes les régions agricoles pour la reconversion au bio. Mais pour le quinoa, il faudra cibler uniquement les régions arides car c’est une plante qui, contrairement au blé ou au riz, ne peut pousser dans des zones trop arrosées», explique-t-il.

Au-delà de la sensibilisation, l’accompagnement des agriculteurs pour la reconversion nécessite l’adoption de certaines mesures, notamment la mise en place  du cadre réglementaire. La loi 39-12 relative à l’agriculture a été adoptée en décembre 2012, mais les textes d’application ne sont toujours pas publiés. «Ce qui constitue un handicap dans la mesure où plusieurs dispositions ne peuvent être actionnées, notamment l’aide à la certification des exploitations qui est coûteuse pour les petits agriculteurs», commente M.Loukili qui souligne que la certification coûte entre 6 000 et 10 000 DH. Autre mesure nécessaire: l’aide au regroupement des agriculteurs. L’idée est d’accompagner les professionnels intéressés pour la création de groupements qui permettront de varier les cultures biologiques car en dehors du quinoa, d’autres produits tels que le sarrasin sont également utilisés au Maroc. Et là encore, les pouvoirs publics sont attendus pour la certification des unités de production et la labellisation des produits. Aujourd’hui, quelques transformateurs sont opérationnels dans le Sud (la région d’Agadir), mais ils ont une homologation de l’Union Européenne.

Pour l’heure, la pénétration des cultures biologiques reste très limitée au Maroc contre un taux d’environ 20% dans le monde. Les cultures biologiques portent essentiellement sur les légumes ( tomates, pommes de terre, haricot vert, carottes, les choux et salades et les plantés aromatiques) et  certains fruits ( fraises, abricots, raisons) et sont concentrées dans les régions du Sud et quelques fermes dans le Gharb et dans la région de la Chaouia. La distribution se fait dans des magasins spécialisés ou sous forme de paniers proposés par quelques fermes. Pour élargir le réseau, les agriculteurs estiment que la création de groupements pourrait déboucher sur la mise en place de chaîne de points de vente spécialisés dans le bio. Un chantier porteur, selon Abdelkrim Loukili qui actuellement s’active pour la sensibilisation de ses voisins agriculteurs pour la reconversion aux cultures biologiques.