Trois quarts des chômeurs usent des méthodes traditionnelles pour chercher un emploi

Seulement 4,6% des demandeurs d’emploi passent par les agences de recrutement. Les diplômés du supérieur privilégient les réponses aux annonces et la participation aux concours.

Pour trouver aujourd’hui un emploi, faut-il passer par les structures d’intermédiation, ou bien se contenter des méthodes classiques, comme le concours, les réponses aux annonces, le contact direct des employeurs, l’aide des parents et de l’entourage ? Il n’y a pas de réponse satisfaisante à pareille question. En revanche, il existe un constat : 74,4% des chômeurs utilisent les moyens traditionnels de recherche d’emploi que sont les «personnes parentes [et] l’entourage». Si on ajoute à cela les proportions de chômeurs préférant répondre aux annonces (9,7%) et participant à des concours (7,5%), on peut penser qu’il ne reste pas grand-chose pour les agences de recrutement. Selon l’enquête du Haut commissariat au plan (HCP) sur l’emploi et le chômage (qui fournit ces chiffres), les cabinets de recrutement ne sont en effet sollicités que par 4,6% de l’ensemble des chômeurs.
Ces chiffres globaux cachent cependant des différences suivant que le chercheur d’emploi est sans diplôme, moyennement diplômé ou diplômé du supérieur. Pour les sans-diplômes, la méthode privilégiée reste la sollicitation des parents et de l’entourage (49% d’entre eux), suivie du contact direct des employeurs (pour 42%). A 1 ou de 2 points près, on retrouve les mêmes choix, dans les mêmes proportions, s’agissant des chômeurs ayant un niveau d’instruction moyen. Les chômeurs de niveau supérieur en revanche, et ça semble logique, ont, dans l’ordre, une préférence pour les réponses aux annonces (pour 30% d’entre eux), les concours (25,4%) et le contact direct avec les employeurs (17,2%). Finalement, les cabinets de recrutement ne sont sollicités que par 0,6% des chômeurs non diplômés, 1,6% des diplômés du niveau moyen et 14% du supérieur.

En France, les «relations» sont à l’origine du tiers des nouvelles embauches

En France, par exemple (mais il ne s’agit pas de faire une comparaison avec ce pays), les structures d’intermédiation contribueraient pour 30% des recrutements. Les intermédiaires publics, à eux seuls, y contribuent pour 18,6%. Les réponses aux annonces sont la source de 12% des recrutements et les «candidatures spontanées» de près de 25%. Et contrairement à ce qu’on pourrait croire, en France, le recrutement par «relation» est à l’origine de 33% des nouvelles embauches, d’après un rapport sur l’intermédiation dans le marché du travail en France, rédigé pour le Congrès européen de droit du travail et de la sécurité sociale, organisé à Séville en septembre 2011. Comme quoi, chacun se débrouille comme il peut…
Dans le cas du Maroc, le HCP ne précise pas dans son enquête la nature publique ou privée des bureaux de recrutement. Ce qui laisse penser que l’Agence nationale pour la promotion de l’emploi et des compétences (ANAPEC) est incluse, à côté des cabinets privés (voir encadré), dans le constat suivant lequel les chercheurs d’emploi s’y intéressent très peu (4,6% d’entre eux).
Mais alors, comment expliquer que l’ANAPEC, selon ses dirigeants, reçoive en moyenne 160 000 demandes d’embauche par an, au cours de ces dernières années (contre environ 50 000 en 2004), ce qui correspond à quelque 16% de la population en chômage, un chiffre bien supérieur aux 4,6% de chômeurs sollicitant une structure d’intermédiation ? Elle a même inséré 55 000 candidats en 2012.

En fait, l’agence n’est pas qu’un cabinet de recrutement, au sens commun du terme, elle est aussi un service public qui gère les programmes de promotion de l’emploi du gouvernement (contrat insertion, Taehil, auto-emploi, principalement). Et les 160 000 demandes qu’elle reçoit chaque année concernent bien entendu, pour l’essentiel, ces programmes publics, lesquels, comme on sait, bénéficient du soutien financier de l’Etat et ouverts à des candidatures répondant à un certain nombre de conditions.

Hors ce cadre, l’ANAPEC opère également sur le créneau des contrats de droit commun, comme n’importe quelle autre agence privée. Et c’est probablement de cela qu’il s’agit dans l’enquête du HCP sur l’intermédiation en matière d’emploi.
Quoi qu’il en soit, le marché de l’intermédiation en matière d’emploi, en particulier les agences privées, devrait jouer un rôle plus dynamique dans l’embauche. Il faut rappeler à cet égard que même l’Organisation internationale du travail (l’OIT, que l’on peut difficilement soupçonner de privilégier les règles du libéralisme) a adopté une convention (n°181) dans laquelle elle reconnaissait le rôle des agences d’emploi privées dans «le bon fonctionnement du marché du travail». Et le Maroc a ratifié cette convention.