Transport urbain de Casablanca : M’dina Bus se restructure

Le transporteur a commencé à  assainir les arriérés des caisses sociales qui s’élèvent à  80 MDH.
Un programme de départs volontaires visant 300 personnes est en préparation, mais l’entreprise en recrutera également 1 500.
La compagnie lorgne déjà  la gestion du tramway de Casablanca.

M’dina bus, le transporteur urbain de Casablanca, est en train de changer radicalement de visage. Un processus engagé depuis l’entrée de la Caisse de dépôt et de gestion (CDG) dans le capital à hauteur de 34%, en août 2009, aux côtés de Transinvest, société créée par Haddou Bus et Bahja Bus, et de la Régie autonome des transports parisiens (RATP) qui en contrôlent respectivement 48,7% et  17,3 %. Il n’est un secret pour personne que la CDG est arrivée en grande partie pour contribuer à remettre sur les rails l’entreprise qui était en proie à d’énormes difficultés, en raison d’un lourd héritage social et d’une gestion très critiquée de l’actionnaire principal Transinvest qui détenait alors 60% des participations.
Mais il s’agit là du passé sur lequel les actionnaires ne veulent pas s’étaler, rappelant que, malgré ces problèmes, M’dina Bus a continué à assurer le transport des Casablancais durant les cinq dernières années. «Aujourd’hui, nous avons une vision et nous nous donnons les moyens de fournir, à terme, aux Casablancais un service à la hauteur de leurs attentes», explique le directeur général Abderrahim Ben Kirane.
Une telle ambition, clairement affichée, s’appuie sur une nouvelle gouvernance et une nouvelle philosophie, pourrait-on dire. «Tous les actionnaires sont  convaincus qu’il fallait créer une frontière étanche entre l’actionnariat et le management», résume Abderrahim Ben Kirane. Ce qui s’est traduit par la nomination d’un Dg avec des pouvoirs plus étendus. Les deux principales actions prises par le  nouveau management sont significatives de l’état d’esprit qui règne au sein de l’entreprise. D’abord, 400 autobus neufs commandés à Volvo viendront renforcer le parc. La livraison s’étalera entre septembre 2010 et novembre 2011. Ce marché a nécessité plus de 8 mois de négociations avec les quatre concessionnaires qui ont répondu à l’appel d’offres, indique M. Ben Kirane. A l’échéance fixée, la compagnie disposera de 850 véhicules. L’offre en transport sera alors supérieure de 30% à l’existant.

Il faut 2,3 personnes par autobus

La deuxième action a porté sur l’apurement des arriérés des caisses de retraite et prévoyance sociale, soit au total quelque 80 MDH. L’originalité, ici, réside dans le fait que contrairement à ce qui se passait, le management est décidé à assainir d’abord la situation sociale avant de penser aux impératifs de rentabilité. Car, estime le DG de M’dina Bus, la nouvelle philosophie de l’entreprise est de considérer l’élément humain à sa juste valeur et de ne pas toucher à sa dignité. Ce sont, dit-il, en substance, les machinistes et les receveurs qui sont confrontés une bonne partie de la journée au public; ce sont eux qui assurent le service et, sans leur adhésion totale, il n’y a pas de service public. A ce sujet, il est prévu dès ce mois de juillet un plan restreint de départ volontaire qui touchera environ 300 personnes, proches de la retraite ou qui ont exprimé le souhait de quitter l’entreprise, sur les 4 000 personnes qui y travaillent. «Ces départs se feront dans le strict respect de la loi et des droits de ces employés» , assure M. Ben Kirane.
Mais, en parallèle, l’entreprise aura besoin de recruter environ 1 500 personnes, dont une soixantaine de cadres. Selon le DG de M’dina Bus, pour assurer un service de transport urbain digne des Casablancais, il faut en moyenne 2,3 personnes par autobus.
Ce changement de cap chez le management de l’entreprise est de toute évidence à inscrire dans le cadre des transformations que la capitale économique est en train de connaître en matière de transport et de circulation, avec notamment l’échéance fixée au 31 décembre 2012 pour la mise en circulation du tramway de Casablanca. A ce titre,  M’dina Bus ne cache pas son ambition de postuler à la gestion du tramway, une fois que l’appel d’offres sera lancé. Et la configuration de son actionnariat où figurent deux transporteurs peut constituer un atout. En effet, avec la restructuration du réseau qui est, rappelons-le, pilotée par le Conseil de la ville, M’dina Bus et la future société exploitante du tramway sont condamnées à travailler en collaboration étroite que ce soit pour la connexion des deux réseaux ou pour l’intégration tarifaire. Sous quelle forme ? En guise de réponse, le Dg de M’dina bus se contente d’une boutade. «Un mariage ou un concubinage, on verra d’ici là», lance-t-il.