Transport touristique, restaurants, guides…, la crise s’étend

Des entreprises de transport touristique parlent d’une baisse de 20 à  40% de leur activité.
Les guides à  Marrakech de moins en moins sollicités en l’absence de circuits pour touristes.
Les bazaristes, restaurateurs, taxis également affectés par le marasme.

Depuis le début de la crise internationale et ses effets sur le secteur du tourisme, les regards sont restés braqués sur l’activité hôtelière. Pourtant, les hôtels sont loin d’être les seuls à souffrir et peut-être même qu’ils résistent mieux que d’autres activités. Aujourd’hui, presque tous les métiers qui gravitent autour du tourisme commencent à subir les effets de cette conjoncture pour le moins difficile. Il s’agit du transport touristique dans toutes ses composantes, de la restauration, des sociétés de location de voitures, des bazaristes et même des guides.
Certes, la crise que connaissent certaines professions n’est pas uniquement due au repli de l’activité touristique, mais les faits sont là, ce repli met en évidence tous les problèmes. En témoigne la situation du transport touristique, le baromètre le plus important de l’activité touristique. Selon un responsable au sein d’une des plus importantes sociétés, basée à Agadir, son chiffre d’affaires pour les deux premiers mois de l’année est en baisse de 20% par rapport à la même période de 2008. Et cette baisse est due essentiellement à la chute de l’activité de circuits touristiques qui a connu une baisse de 40% en ce début d’année, et ce malgré le fait que la destination soit en pleine haute saison. «Avec ce qui se passe dans les pays émetteurs, les tour-opérateurs se limitent à la combinaison avion/hôtel. Les circuits et les excursions sont ainsi de plus en plus rares, et même quand nous avons des demandes d’excursions, les groupes ne dépassent pas une dizaine de personnes», explique notre source.
Cette situation se trouve confirmée par la plupart de ses confrères qui parlent d’une baisse de leur activité de moitié, «à mettre sur le compte d’une demande  insuffisante», disent-ils.
La CTM est, à ce titre, l’une des rares sociétés de la place à résister, «en raison des efforts commerciaux que la société a fournis pour améliorer l’exploitation de son parc d’autocars touristiques», explique El Ghazouani Jnini, son directeur d’exploitation.

Les restaurants de haut standing victimes de leurs prix élevés
Cependant, nuance Saïd  Sqali, président de la Fédération nationale du transport touristique, «il ne faut pas tout mettre sur le dos de la crise, car le secteur du transport touristique a besoin d’une restructuration sérieuse, sachant que cette activité constitue aujourd’hui le maillon faible du secteur du tourisme». A l’en croire, «l’activité  compte à peine une dizaine  de sociétés que l’on pourrait qualifier de structurées, les autres sont souvent des petits transporteurs qui ont un pied dans l’informel».
Selon M. Sqali, ce n’est pas seulement le recul du pouvoir d’achat dans les pays émetteurs qui atteint le transport touristique, mais, en plus, «le produit offert est souvent de mauvaise qualité en raison d’un parc désuet et d’un service pas toujours au niveau», déplore-t-il. Et d’ajouter qu’«il ne faut pas s’étonner que les circuits touristiques soient de moins en moins prisés par les touristes». Les professionnels sont aujourd’hui conscients qu’il leur appartient donc de mieux s’organiser au lieu d’attendre que tout vienne du ministère de tutelle.
La même réalité est  perceptible chez les restaurateurs. La crise les frappe de plein fouet. C’est le cas à Marrakech avec, néanmoins, des différences selon les catégories. Si, en effet, les petits restaurateurs tirent leur épingle du jeu, les  établissements huppés ou haut de gamme souffrent et d’aucuns envisagent même de réduire leur personnel. «C’est de plus en plus le rapport qualité/prix qui fait la différence», explique un restaurateur de Casablanca qui reconnaît, néanmoins, que son chiffre d’affaires a chuté de 30% durant le mois de mars par rapport à février 2009 sans qu’il trouve une explication logique à cette baisse, sinon que les gens sortent moins.
Selon Jamal Filali de l’Association des restaurateurs de Marrakech, la crise atteint directement ceux qui ont un standing à maintenir. D’après un observateur de la vie ocre, en effet, les prix dans la restauration ont flambé en s’orientant davantage vers ceux d’un tourisme de luxe. Or, au même moment, une grande partie des touristes que reçoit la ville sont des touristes «lowcost» qui y regardent de près avant de dépenser. Une analyse que partage d’ailleurs Jamal Saâdi, le président de l’Association des guides de la ville. Et ce dernier de poursuivre sur un volet qui le concerne directement en tant que guide : «Cela fait cinq mois que je n’ai pas travaillé, car il y a de moins en moins de circuits,  et les établissements hôteliers de luxe avec lesquels nous travaillons n’ont pas beaucoup de clients». A titre d’exemple, il cite le Mamounia qui avait recours, chaque semaine, aux services d’une quarantaine de guides sur les 650 que compte la ville ocre. Selon Jamal Saadi, cette crise touche aussi les bazaristes, particulièrement les plus grands.
Avec la clientèle low cost, explique-t-il, «ce sont aujourd’hui les taxis qui font la loi, piétinant sur leur passage à la fois les guides, les loueurs de voitures, et même certains hôtels puisqu’ils proposent aux clients des appartements en ville à des prix abordables». Comme quoi le malheur des uns fait le bonheur des autres.