Transport routier : de graves carences dans l’immobilisation des conteneurs !

Agents maritimes, consignataires de navires et courtiers d’affrètement dénoncent l’absence de dispositifs de sécurité sur les semi-remorques. Nombreux sont les transporteurs qui s’abstiennent de se plier à  la loi par souci d’économie.

Entre l’Association professionnelle des agents maritimes, consignataires de navires et courtiers d’affrètement (APRAM) et les transporteurs routiers de conteneurs, les relations sont tendues depuis quelques semaines. Et pour cause, «il a été constaté, avec grand regret, que beaucoup de semi-remorques transportant des conteneurs sont dépourvues du dispositif de sécurité appelé twist-lock», déplorent les dirigeants de l’association. Ce coup de gueule résulte de la multiplication des accidents provoqués par la chute des conteneurs.

Certes, il n’existe pas de statistiques officielles permettant d’en mesurer précisément l’ampleur. Mais, selon les professionnels, ces chutes se compteraient par dizaines chaque année. A Casablanca, par exemple, elles sont très fréquentes au Bd Moulay Smail desservant le port. Une situation tout à fait logique car c’est au niveau de la capitale économique qu’il a été constaté le plus faible taux d’équipement en twist-locks chez les camionneurs. «A Tanger, les transporteurs ont déployé des efforts importants dans ce domaine, contrairement à Casablanca où la majorité des camionneurs ne sont pas bien équipés», nous confie-t-on auprès de l’APRAM.

Pourtant, la réglementation est on ne peut plus claire. Un décret d’application du code de la route publié fin 2010 prévoit en effet que «les camions, les remorques et les semi-remorques utilisés pour le transport de conteneurs doivent être équipés de dispositifs dits twist-locks permettant de fixer le conteneur au niveau de ses pièces de coin et d’éviter son déplacement et sa chute en circulation». Cette disposition est tout bonnement négligée même si elle donne lieu à des sanctions pouvant aller jusqu’à l’immobilisation du véhicule et, par conséquent, la suspension d’activité.

Le camionneur et l’importateur sont responsables en cas d’accident

Auprès des transporteurs interrogés sur la question, deux explications sont avancées. La première est d’ordre financier. Une grande partie du parc en circulation est constituée de véhicules anciens, fabriqués à une époque où les twist-locks n’étaient pas encore très répandus. Mettre en place ce dispositif reviendrait donc à acquérir une nouvelle remorque ou carrément un nouveau véhicule. Le coût de la rénovation du parc peut donc aller de quelques milliers à plusieurs dizaines de millions de dirhams. Selon certains représentants syndicaux des camionneurs, le ministère de l’équipement et du transport s’était engagé à négocier auprès des constructeurs des tarifs accessibles pour que les transporteurs puissent s’en équiper. Finalement, c’est l’option de la prime de renouvellement qui a été retenue, avec la possibilité d’acquérir la remorque seule. Malgré cela, plusieurs transporteurs, particulièrement les plus petits, rechignent toujours à s’équiper du moment qu’ils devront de toutes les manières mettre la main à la poche pour supporter la différence entre la prime gouvernementale et le prix d’acquisition.

La seconde raison avancée est pour sa part d’ordre purement technique mais avec tout de même des considérations pécuniaires. «Le propriétaire du camion refuse que le conteneur soit attaché au véhicule vu qu’en cas de problème, le conteneur provoque un reversement de tout le véhicule», explique un chauffeur de poids lourd. Le cas échéant, la réparation du camion engendre des coûts beaucoup plus importants que la chute du seul conteneur. D’où cette prise de risque. «Les propriétaires sont aidés en cela par les contrôles routiers qui ne ciblent pas systématiquement la vérification de l’existence du dispositif», s’agace un transporteur. Pour ce dernier, les contrôles concernent davantage les documents du véhicule et le respect du poids autorisé que l’existence des dispositifs de sécurisé des conteneurs.

Hormis les lourdes conséquences en cas d’accident, l’association justifie sa montée au créneau contre ce phénomène par l’amalgame qui est souvent fait entre la responsabilité du camionneur et celle de l’armateur ou de l’agent maritime dont le logo est affiché sur le conteneur. Pourtant, c’est bien le camionneur, puis l’importateur en second degré, qui sont responsables de la sécurisation du transport des conteneurs. C’est pourquoi l’appel est lancé aux pouvoirs publics, ainsi qu’à toutes les autres composantes de la chaîne logistique, pour trouver une solution à l’application de la réglementation en la matière.