Transport maritime : la tutelle a commandé une étude pour tenter de sauver le secteur

Comanav Ferry et Comarit ont coulé, les deux bateaux de passagers d’IMTC sont à  l’arrêt. La situation profite entièrement aux compagnies étrangères. Les armateurs sollicitent des facilités de paiement et des exonérations fiscales pour se remettre à  flot.

A l’approche de la saison d’été et du retour des Marocains résidents à l’étranger, le problème du transport maritime et la question du pavillon national refont surface. Le moins que l’on puisse dire est que ce pavillon n’existe plus, et pour un pays qui a deux façades maritimes, la question est préoccupante. En effet, Comanav Ferry a coulé en même temps que sa consœur Comarit depuis l’acquisition de la première par la seconde, et les deux bateaux d’IMTC sont aujourd’hui à l’arrêt, officiellement pour réparation. En principe, ils devraient être prêts pour la campagne MRE de cet été qui, rappelons-le, concerne plus de la moitié du flux annuel de passagers entre les ports européens et le Maroc. Mais Mohamed Karia, patron d’IMTC, ne cache pas les difficultés de sa société et du secteur en général. «Les banques ne nous font plus confiance et ont réduit les lignes de crédit pour le financement des dépenses courantes ; les fournisseurs ont suivi en ramenant les délais de paiement de 90 jours à moins de 30 jours», affirme le patron d’IMTC, qui ajoute que les compagnies maritimes de passagers, en plus de faire face à l’augmentation du prix du carburant, ont vu les redevances portuaires pratiquement tripler depuis le transfert de l’activité de passagers du port de Tanger-ville vers celui de Tanger Med. Tout cela pour le bonheur des compagnies maritimes espagnoles de transport de passagers qui profitent de cette situation «pour détourner le trafic vers les ports de Sebta et Mellilia avec augmentation du tarif du ticket de la traversée du détroit».

Comment en est-on arrivé à cette situation qui frôle la catastrophe ? La réponse est simple : le transport maritime a été libéralisé à partir de 2006 sans que la mise à niveau des compagnies maritimes nationales, de marchandises comme de passagers, ne se réalise faute de mesures d’accompagnement de cette mutation et pour affronter la crise qui s’est déclenchée à partir de 2008. La plupart des armateurs marocains ont pourtant essayé de jouer le jeu pour moderniser leur flotte en investissant entre 2007 et 2010 plus de 5 milliards de DH, entièrement financés par endettement auprès des banques, avancent les armateurs par la voix de leur association, le Comité central des armateurs marocains (CCAM).

Les armateurs réclament avec insistance un contrat programme

Aujourd’hui, la profession affirme trouver une oreille auprès du ministère de tutelle qui a confié une étude sur le secteur à un cabinet espagnol qui ne devrait pas tarder à livrer ses recommandations pour sauver le secteur. En attendant, les armateurs ne manquent pas d’idées pour éviter le scénario catastrophe qui, selon eux, se dessine. Ils préconisent pour ce faire deux types de mesures : le premier porte sur le retour à des délais de paiements moins courts pour atténuer la pression des prestataires publics comme l’Agence nationale des ports (ANP), Marsa Maroc et Tanger Med SA (TMSA), soit 90 jours pour les créances nées à partir de janvier 2012, ce qui, à la limite, pourrait être négocié. Les armateurs demandent aussi le rééchelonnement de leur dette auprès de ces organismes publics sur 3 ans, tout en supprimant les intérêts de retard et, pourquoi pas, espèrent-ils, l’abandon d’une partie de cette dette. Les banques sont aussi sollicitées pour un moratoire de trois ans sur les crédits d’investissement contractées auprès d’elles, avec abandon des intérêts et rééchelonnement du principal sur 10 ans. Les armateurs demandent en outre la révision des redevances portuaires à la baisse comme c’est le cas pour les compagnies espagnoles au port d’Algésiras. Sur la question fiscale, ils veulent que la retenue à la source de l’équivalent de 10% du montant de la redevance dus aux armateurs étrangers, en cas d’affrètement d’un bateau étranger, soit supprimée. Cette redevance a été supprimée pour accompagner le redressement de Royal Air Maroc, tiennent-ils à préciser. Toujours à l’instar de ce qui a été fait pour la compagnie aérienne nationale, ils réclament un contrat programme avec le gouvernement pour sortir de la crise. Selon eux, la flotte marchande qui est menacée de disparition emploie quelque 5 000 personnes et réalise 4 milliards de DH de chiffres d’affaires.