Transport & logistique : Un secteur qui a rattrapé son retard

En six ans, le secteur a affiché bien des avancées remarquables. L’AMDL a initié plusieurs actions tant au niveau du cadre réglementaire, organisationnel qu’opérationnel. Des freins persistent liés à l’offre immobilière et à la mise à niveau des pratiques logistiques dans les entreprises.

Le secteur de la logistique évolue de manière significative malgré nombre de difficultés rencontrées au lendemain du lancement de la stratégie de la logistique et aux délais nécessaires pour la mise en place des structures de gouvernance, notamment l’AMDL.

En effet, les premières zones logistiques modernes et d’envergure ont émergé dans les grandes villes du pays. Actuellement, l’offre a atteint près de 600 ha et a donc été quasiment multipliée par 7 grâce à des projets portés dans 87% des cas par des acteurs publics tels que MedZ (plateformes logistiques au sein des agropoles et des P2I à Agadir, Kénitra, Meknès, Oujda,…), la SNTL (Zénata), l’ONCF (Casa-Mita) et TMSA (Medhub, TFZ et Tétouan Park) ainsi que plusieurs projets privés. Pour sa part, l’offre en terme d’entrepôts s’est nettement renforcée depuis 2010, principalement dans les régions de Casablanca et plus récemment à Tanger. D’ailleurs, les dernières mises en service de 2016 sont enregistrées dans cette dernière région avec même une plate-forme logistique du froid installée au niveau de Medhub par des investisseurs privés. Il faut savoir que 74% des nouvelles surfaces construites sont réalisées par des opérateurs privés, qu’ils soient des investisseurs immo-logistiques, des chargeurs ou des prestataires logistiques. «Une autre avancée de taille enregistrée par le secteur : l’élargissement du tissu des acteurs logistiques avec l’entrée sur le marché national d’opérateurs internationaux de référence et le développement des opérateurs nationaux. Ce qui a eu un impact direct sur les coûts logistiques, comme l’atteste la réduction des coûts d’entreposage du détroit de Gibraltar», explique Younes Tazi, directeur général de l’Agence marocaine de développement de la logistique (AMDL). Parallèlement, le prix moyen de location de l’immobilier logistique prêt à l’emploi (Classe A) dans la région de Casablanca a nettement baissé de près de 35% durant les six dernières années, en passant de 62 DH/m2/mois en 2010 à 40 DH actuellement. Le coût d’entreposage a également diminué pour atteindre 1,9 DH/jour/palette en moyenne au lieu de 3 DH/jour/palette, 6 ans auparavant.

Dans ces conditions, l’amélioration de la gouvernance avec la mise en place de l’AMDL a aidé le secteur à se propulser, vu les nombreuses actions menées par l’agence. Pour n’évoquer que l’année en cours, l’agence a concrétisé bien des mesures, à l’instar de la finalisation du programme national relatif à la logistique urbaine et l’amorce des premières actions au niveau de Casablanca ; la préparation avec les représentants du secteur privé d’un programme de mise à niveau logistique des PME et le lancement du plan d’action de promotion de l’externalisation logistique auprès des entreprises. De plus, le secteur a adopté plus d’une dizaine de nouvelles normes marocaines, a obtenu l’organisation d’Eurolog 2018 au Maroc et a réussi à lancer la charte marocaine en faveur d’une logistique verte, signée par plus d’une soixantaine d’acteurs. Aussi, «l’agence s’est attelée à finaliser sa nouvelle stratégie opérationnelle au titre des 5 prochaines années. Sa validation et contractualisation devraient s’effectuer dès la nomination du nouveau gouvernement», assure M.Tazi. Il faut dire que la percée du secteur s’étend au delà du pays. En effet, des avancées importantes ont été réalisées dans la concrétisation des accords-cadres relatifs à la logistique signés avec certains pays africains lors des tournées royales. Ceci est attesté par exemple par la conclusion des premiers partenariats opérationnels entre des acteurs marocains et leurs homologues des pays africains.

Les avancées du secteur sont bien notables, que ce soit au niveau de l’organisation, de la gouvernance, ou du développement. Il n’en demeure pas moins que des obstacles persistent et empêchent le pays de libérer pleinement son potentiel logistique. Ces freins touchent deux domaines d’actions, à savoir «la généralisation de bonnes pratiques logistiques au niveau des territoires et des entreprises et le développement volontariste et harmonieux d’un immobilier logistique adapté aux besoins actuels et futurs de l’économie», relève M.Tazi. Soulignons que l’offre actuelle ne couvre pas toutes les régions, et ne s’adapte pas aux besoins de certains opérateurs PME-PMI, freight forwarders, messagerie… D’autant que l’éparpillement de projets de plateformes logistiques de petite taille ne permet pas une massification des investissements, notamment ceux des infrastructures hors sites et des équipements et services pouvant être mutualisés entre plusieurs exploitants.

En tout cas, l’AMDL estime que les chantiers amorcés à ce jour aussi bien avec les territoires (logistique urbaine) qu’à l’intention des entreprises, en plus de chantiers transversaux structurants (cadre réglementaire et normatif, formation,…) sont de nature à placer le Maroc sur la trajectoire espérée vers l’atteinte des objectifs fixés à moyen et à long termes.

Cependant, ceci suppose que les acteurs clés concernés (autorités, régions, villes, entreprises,…) y accordent la priorité nécessaire et s’y impliquent réellement. En face, «un développement ambitieux, cohérent et structuré des zones logistiques définies par la stratégie reste tributaire de décisions fortes à prendre en termes de leviers de régulation, – fonciers, institutionnels et financiers- et de promotion de l’investissement dans ce domaine à mettre à la disposition de l’agence», considère M.Tazi. Un autre point est tout aussi important pour le développement du secteur logistique au Maroc. Il s’agit de la mise à niveau logistique des entreprises, voire l’externalisation de cette fonction. Il est communément admis que sans une action de taille sur les pratiques logistiques des entreprises et notamment les PME qui constituent la majorité du tissu économique marocain, les stratégies et les démarches impulsées par les pouvoirs publics n’auront que des résultats limités. Cette mise à niveau a toutefois été amorcée à l’occasion de plusieurs initiatives comme les Moroccan Logistics Awards ou encore la Charte marocaine en faveur de la logistique verte. Cela dit, du chemin reste à parcourir, sachant que l’amélioration de la logistique de l’entreprise est l’un des investissements les plus rentables et qui ont un impact non seulement sur la baisse des coûts mais également sur les résultats commerciaux et donc financiers.

L’orientation de 2017 pour l’AMDL s’articule autour de la consolidation et de la mise en œuvre des nombreux programmes déjà en cours à l’instar de la logistique urbaine, la mise à niveau logistique des PME, la promotion de l’externalisation… Pour les nouveaux chantiers, M.Tazi assure le lancement d’un travail important sur plusieurs volets notamment le développement du concept des autoroutes de l’export et la logistique des administrations publiques, et de préciser : «Nous espérons voir en 2017 le projet de loi sur la logistique finalisé et adopté car il aura un impact structurant sur l’évolution du secteur à moyen et long termes. Nous visons également à obtenir des décisions cruciales sur les leviers de promotion des zones logistiques dans le cadre de la préparation du contrat programme Etat-AMDL».