Transport international routier : une structuration au forceps

Le volume des marchandises a progressé de plus de 50% en cinq ans. Chronopost sonne la charge en lançant un service «colis économique routier» pour les bagages non accompagnés de moins de 30 kg.

Le transport routier international de marchandises (TIRM) et de voyageurs (TIRV) est en phase de structuration. L’anarchie, le trafic informel de marchandises et les infractions aux réglementations en vigueur, qui échappaient jusque-là aux organismes de contrôle, sont la cible de plusieurs actions menées, soit unilatéralement par le Maroc et par l’Espagne, soit conjointement dans le cadre des travaux de la Commission mixte maroco-espagnole, réunie à Rabat les 11 et 12 juin 2019. Le durcissement des contrôles aux frontières, mis en place par l’Espagne, intervient au moment où les volumes des marchandises transportées, ainsi que le nombre de voyageurs acheminés, évoluent de manière exponentielle. Un rapport du ministère de l’équipement, présenté à l’occasion desdits travaux, fait ressortir que le volume des marchandises exportées est passé de 1,581 million de tonnes (35,1 milliards de DH en valeur) en 2013 à 2,228 millions de tonnes (64,94 milliards de DH en valeur) en 2018, pour une évolution de 85%. Sur la même période, celui des marchandises importées est, quant à lui, passé de 4,615 millions de tonnes (51,63 milliards de DH en valeur) à 6,119 millions (76,07 milliards de DH en valeur), en progression de 47%. Le renforcement des contrôles intervient en réponse à la recrudescence du trafic informel de colis et de marchandises, car les nouvelles dispositions prises par l’Espagne introduisent, entre autres, l’obligation d’adosser chaque bagage à un voyageur, qui devra passer ses effets personnels au scanner et justifier leur contenu. Les bagages non accompagnés seront immédiatement saisis.

Activité illégale

Cette question a été débattue lors de la Commission mixte, car la partie marocaine s’inquiète du rallongement des files d’attente au moment où le pays s’apprête à recevoir ses ressortissants basés à l’étranger. Cette dernière a rappelé que les voyageurs marocains sont autorisés, depuis 2014, à placer leurs bagages en soute, et noté que la période d’été était marquée par une augmentation significative du volume des rentrées au Maroc. Une opération qui risque d’être fortement estropiée par les nouvelles mesures. Pourtant, et même si la partie espagnole affirme avoir pris note de ces éléments, aucune réponse officielle n’a encore été transmise au ministère de tutelle. Plus encore, les autorités espagnoles appliquent les dispositions prévues dans l’accord bilatéral signé dans ce sens en 2015, ce qui limite de facto les recours pour un éventuel retour à la fluidité des passages.

Cette situation se révèle dangereuse pour plusieurs opérateurs spécialisés dans le transport international de voyageurs, qui acheminent en même temps des marchandises et des colis. Certains en ont même fait leur activité principale. Contactés par La Vie éco, plusieurs d’entre eux ont refusé de réagir à la nouvelle, d’autres ont souhaité se confier sous couvert d’anonymat. «L’Espagne applique une loi qui existe depuis 2015. Il n’y a aucun durcissement à proprement dit, et la question du timing ne rentre pas en ligne de compte. La loi existe, et elle doit être appliquée», nous confie un opérateur. Toutefois, «force est de constater que ce mode de transport, qui reste illégal, rappelons-le, pique d’importantes parts de marchés au TIR. Les colis sont transportés à des prix défiant toute concurrence, et tout cela échappe au contrôle et à la douane», poursuit-il, regrettant que «parfois, il arrive que la demande soit si importante que plusieurs transporteurs de voyageurs se laissent séduire par l’opportunité». Selon la même source, «la position de l’Espagne est compréhensible».

Alternative à l’informel

Abderrahim El Idrissi Bakine, directeur général de EMS Chronopost International Maroc, confirme que le phénomène du transport international routier informel de colis non accompagnés prend de l’ampleur d’année en année. «La demande est forte au Maroc car les prix sont attractifs, et les services disponibles sont rarement adaptés à ce type de besoin», souligne-t-il. Et de poursuivre: «C’est, d’ailleurs, la raison pour laquelle Chronopost a tout récemment lancé le service Colis Economique Routier pour les colis et bagages non accompagnés de moins de 30 kg». Le DG de Chronopost fait savoir que 28 pays européens sont desservis, avec livraison à domicile. «En se positionnant sur ce segment, je pense que nous arriverons à restructurer ce marché et à proposer une solution alternative à l’informel», pronostique-t-il.

Selon lui, si un professionnel propose un service similaire, pour un coût moyen relativement identique à celui pratiqué par ces transporteurs, il n’y a plus de raison pour faire appel au circuit informel pour acheminer ses colis. Les demandeurs opéreront en toute légalité, sans avoir à s’inquiéter des contrôles, tout en étant assurés que leurs colis arriveront à destination dans les temps et en toute sécurité. «Nous avons été les premiers et les seuls à nous positionner sur ce segment parce que le transport international routier de colis fait partie de nos spécialités en Europe. Ce n’est donc pas une réaction inconsciente à l’actualité, mais le produit d’une stratégie mûrement pensée, adaptée aux besoins réels des expéditeurs marocains par voie routière», poursuit le DG de la filiale marocaine du leader mondial du transport de colis, confirmant une reconfiguration prochaine et quasi certaine des TIR.