Logistique : Le secteur de la logistique atteint sa vitesse de croisière

Plusieurs réalisations sont à mettre à l’actif du secteur comme le développement des zones logistiques, la baisse du loyer de l’immobilier, la mise en place d’une charte de la logistique verte, le programme de mise à niveau logistique…

Le secteur de la logistique affiche une évolution remarquable depuis 2010. Elle se manifeste notamment par l’émergence des premières zones logistiques modernes et d’envergure, principalement dans les régions de Casablanca et de Tanger, le développement du tissu des acteurs logistiques avec l’entrée sur le marché national d’opérateurs internationaux de référence et le renforcement des opérateurs nationaux, la réduction des coûts logistiques d’entreposage et de traversée du détroit de Gibraltar, l’évolution de l’offre de formation logistique, la création d’emplois avec près de 20 000 nouveaux emplois nets chez les acteurs logistiques (hors emplois logistiques chez les clients) et la notoriété du Maroc sur le plan régional en tant que hub logistique émergent et pôle d’expertise confirmé.

L’évolution du secteur est constatée également au niveau du chiffre d’affaires sectoriel qui a enregistré une amélioration de 5,2% en moyenne annuelle de 2010 à 2015, ce qui dépasse le taux de croissance de l’économie nationale. Toutefois, cette croissance a ralenti en 2016 puisqu’elle devrait ressortir à 1% seulement, du moins c’est ce qui ressort du chiffre d’affaires déclaré des entreprises du secteur. «Cette évolution est à prendre avec des pincettes, précise l’Agence marocaine de développement de la logistique (AMDL), puisque les principaux secteurs consommateurs de la logistique se portent bien dont notamment l’industrie exportatrice qui inclut des secteurs de taille comme l’automotive, l’aéronautique, l’automobile, le textile…». Parallèlement, la consommation et le commerce locaux sont sur un trend haussier confirmé d’année en année. Un autre facteur est en train de tirer la logistique vers le haut, il s’agit des flux qui impactent le secteur mais sans pour autant qu’ils concernent le pays.  C’est le cas de grands opérateurs comme Decathlon, Adidas, Bosch qui ont installé des hubs logistiques pour desservir le marché marocain en infime partie, mais surtout pour couvrir toute la région et notamment le marché africain.

Le secteur de la logistique s’est renforcé de certains actifs logistiques. En effet, cette année a connu certaines mises en service, à savoir Friopuerto, la 1ère installation frigorifique au sein de Tanger Med de 5 500 m2 couverts, portée par des investisseurs espagnols, américains et marocains. A coté, l’opérateur Militzer & Münch a mis en service une installation à la zone franche TFZ à Tanger de 10 000 m2.

Les actifs logistiques se développent

Plus récemment, le groupe Safari, à travers sa filiale la Compagnie commerciale charbonnière et maritime (CCCM), s’est associé au groupe allemand Rhenus logistics, en vue de développer des entrepôts sous douane à Tit Mellil et à Tanger. Sur une échelle plus réduite mais sur un maillon plus spécifique qui est le frêt aérien, UPS a mis en place une plateforme au niveau de la zone de frêt de l’aéroport Mohammed V. En terrains aménagés, Tetouan Park a ouvert et comprend plusieurs offres immobilières de terrains aménagés aussi bien pour l’industrie que pour la logistique.

Loyer immobilier : Tanger sur le même trend baissier que Casablanca

Le prix du loyer de l’immobilier logistique reste assez compétitif. Il a subi une baisse importante depuis 2010 à Casablanca notamment, en raison de la multiplication des opérateurs dans le marché, la diversification de l’offre de prestations de services logistiques et le développement d’une offre d’immobilier de qualité. En effet, grâce aux importants investissements réalisés par les opérateurs publics et privés, le prix moyen de location de l’immobilier logistique prêt à l’emploi (Classe A) dans la région de Casablanca a baissé de près de 35% durant les six dernières années, en passant de 62 DH/m2/mois en 2010 à 40 DH actuellement. Le coût d’entreposage a également baissé pour atteindre 1,9 DH/jour/palette en moyenne actuellement au lieu de 3 DH/jour/palette en 2010. Il faut dire que ce trend baissier n’est pas le propre de la région de Casablanca. Il est amorcé dans la région du Nord également, où certains projets sont en cours de développement. «Le loyer logistique est plutôt baissier dans cette zone, même si l’offre n’est pas aussi pléthorique qu’à Casablanca», assure Younes Tazi, DG de l’AMDL.

L’OMCL prend en charge l’immobilier et la formation

L’observatoire marocain de la compétitivité logistique (OMCL) a entamé une phase plus opérationnelle. En effet, l’établissement vient de lancer ses premières enquêtes dont une qui touche l’immobilier logistique. L’objectif étant de donner une idée exhaustive et précise sur les actifs logistiques existants aujourd’hui, tous types confondus et ce, sur les 3 principales régions du pays, à savoir Casablanca, Tanger et Agadir. Cette enquête devra passer par quelques phases pilotes : elle sera testée sur un territoire délimité pour ensuite être dupliquée à grande échelle. Parmi les chantiers de l’observatoire aussi, la mise en place d’un ensemble d’indicateurs d’emploi-formation. En effet, dans un cadre de partenariat avec la SFI, un outil informatique sera élaboré, permettant de disposer de nombre de fonctionnalités aussi bien pour les chercheurs d’emplois et de stages que pour les recruteurs. Il mettra aussi à la disposition des utilisateurs du portail un ensemble d’informations qui concernent le secteur. Actuellement, la phase conception est achevée et le projet a amorcé la phase technique.

Le projet de loi sur la logistique en cours d’élaboration

Le projet de loi sur la logistique est toujours en cours de préparation. Il vient de clore une étape importante relative à l’analyse du cadre existant par rapport aux dispositions à introduire.  «C’est un sujet assez compliqué car plusieurs paramètres doivent être pris en compte, comme l’aménagement du territoire, le code de commerce…», explique M. Tazi qui ajoute : «Nous concevons cette loi comme un moyen permettant la transition logistique du pays. Elle doit apporter des dispositions qui améliorent la situation actuelle, sans pour autant qu’elle soit avant-gardiste au point d’être inapplicable».

Son but est d’encourager les bonnes pratiques, lutter contre l’informel, apporter des facilitations administratives dans l’exercice des métiers et encadrer les actions de certains acteurs. Ainsi, la conformité des opérateurs logistiques sur certains aspects serait l’un des champs concernés par le projet de loi. Il s’agit notamment de l’immobilier logistique et des métiers logistiques. Ces derniers, dont les acteurs de la messagerie ou les freight forwarders, ne sont ni encadrés par un cadre réglementaire ni reconnus comme profession. Du coup, la loi devra s’atteler à mettre en place des conditions minimales à remplir pour exercer ces métiers. De même pour les pratiques logistiques qui seraient réglementées à travers des contrats de bail type et des contrats de prestation logistique, par l’obligation de contracter une assurance pour certains aspects ou encore de déclarer le stock sur un type d’installations. En tout cas, l’AMDL s’est fixé comme objectif, l’automne prochain, pour que le projet soit discuté avec les professionnels du secteur et le gouvernement

L’AMDL a entamé plusieurs actions en 2016

L’AMDL s’est penchée sur le programme de mise à niveau logistique des PME en 2016. Il est actuellement en instance de signature de conventions avec les parties intéressées, à savoir les finances, la CGEM et les principaux acteurs du secteur. Ce programme d’appui, destiné aussi bien aux chargeurs qu’aux prestataires logistiques prévoit des financements d’actions de mise à niveau pour 600 entreprises. Il est étalé sur 5 ans avec une première étape limitée à 2 ans, soit à fin 2018. L’agence s’est aussi attelée, entre autres, à finaliser le programme national relatif à la logistique urbaine et l’amorce des premières actions au niveau de Casablanca, à promouvoir le plan d’action de promotion de l’externalisation logistique auprès des entreprises et à conclure les premiers partenariats opérationnels entre des acteurs marocains et leurs homologues de pays africains.

Parallèlement, l’agence a initié, en partenariat avec la CGEM, la constitution d’un pool issu de la communauté logistique pour l’élaboration d’une charte de logistique verte. Une dizaine d’acteurs et une soixantaine d’acteurs avaient rejoint la charte et d’autres souhaitent le faire. Dans ce cadre, l’AMDL porte plusieurs actions liées à la création d’un trophée dédié à la green logistics, d’un label green logistics et à la mise en place de 2 guides: l’un concerne les installations logistiques vertes et l’autre se rapporte à la mutualisation logistique entre opérateurs.

Par ailleurs, en termes de structuration de projets de zones logistiques, l’agence vient de lancer deux études de marché sur 2 nouvelles régions, à savoir l’Oriental et Béni Mellal-Khénifra, en partenariat avec la BEI. Elles devraient concerner la conception des zones, l’étude environnementale et la rentabilité financière.

Certains acteurs consommateurs de la logistique considèrent le Maroc comme un hub logistique. Ils y installent des plateformes, les développent ou encore contribuent à enrichir la palette d’offres en ramenant d’autres opérateurs. Decathlon par exemple, qui s’était déjà installée l’année précédente, en mettant en place un entrepôt d’une superficie de 6 000 m2 à Tanger Med, compte l’étendre pour atteindre 20 000 m2. De son côté, Adidas compte aussi prendre pied à Tanger Med également, à travers la construction en cours d’un entrepôt de 10 000 m2. Pour son activité, l’opérateur s’est fait accompagner d’un opérateur logistic, Emirates Logistics, en vue de gérer ses activités, ce qui contribuera à enrichir davantage la palette d’offre des prestataires internationaux de renom au Maroc. Adidas envisage aussi de s’implanter à Casablanca, avec un entrepôt en location.