Logistique : Formation : l’offre s’élargit mais peine à s’adapter à la demande

La dynamique du secteur de la logistique se traduit par une importante création d’emplois et les besoins sont encore importants. L’offre de formation suit la dynamique avec une capacité en constante progression, que ce soit chez le public ou chez le privé. Mais l’inadéquation des profils formés avec les besoins des entreprises pose toujours problème.

Le secteur de la logistique recrute en masse! Entre 2010 et 2015, près de 20000 emplois nets ont été créés, soit une moyenne de 4000 emplois par an rien que chez les prestataires logistiques, selon l’Agence marocaine de développement de le logistique (AMDL). «Ces chiffres n’incluent pas les emplois logistiques chez les entreprises dont la logistique n’est pas le métier principal. C’est très respectable dans un contexte où de grands secteurs ont perdu jusqu’à 60000 emplois et avec des hypothèses de croissance beaucoup plus importantes», avance Younès Tazi, DG de l’AMDL. En 2016, l’ANAPEC a pour sa part inséré environ 400 personnes dans des métiers de la logistique, dont 85% dans des fonctions de stockage, manutention, routage et manœuvre. Le reste concerne des métiers de Responsables logistiques et d’Agents de transit.

Cette performance s’explique par la forte dynamique de croissance que connait le secteur de la logistique mais également par l’amélioration de l’offre de formation depuis le lancement de la stratégie nationale en 2010. En volume, l’offre a presque triplé entre 2010 et 2015 pour passer de moins de 2 000 sièges pédagogiques à plus de 7 500 actuellement. «Il faut rappeler que le Maroc d’aujourd’hui dispose de pas moins de 120 établissements offrant des formations dans le domaine de la logistique dont 67 établissements privés et 57 publics», précise Rabii El Gomri, Professeur de Supply chain management à l’ISTL. Et de poursuivre : «De nombreuses initiatives ont été entreprises pour étoffer l’offre de formation à l’image de celles de l’Office de la formation professionnelle et de la promotion du travail qui a développé une capacité permettant l’accueil de 3 160 stagiaires dans les métiers du transport et de la logistique en mettant en œuvre plusieurs actions dont celle relative à la création de nouveaux centres dédiés à la formation dans les métiers de la logistique et du transport multimodal».

Toutefois, le secteur de la logistique pâtit encore de certains maux relatifs au capital humain. En effet, le marché de l’emploi se caractérise toujours par une inadéquation entre l’offre et la demande en termes de profils, en particulier pour les métiers des opérateurs. En ce qui concerne les techniciens spécialisés, il y a plus ou moins un équilibre quantitatif. Pour les managers et cadres par contre, on note un excédent. «Malheureusement, tout le monde s’est focalisé sur les formations supérieures diplômantes type master ou ingénieur, mais le côté terrain a été totalement oublié tels que les caristes d’entreposages, en industrie, les chargeurs de camions, la gestion de stocks, le transport des matières dangereuses…», se désole Driss Herrati, directeur du centre Avenir formation. Tendance confirmée du côté de l’AMDL : «On forme un peu trop en haut de la pyramide et un peu moins au niveau de la base de la pyramide. En termes d’adéquation avec les besoins des entreprises, c’est une autre paire de manches ; malgré une offre de formation diversifiée, les entreprises continuent de se plaindre de la rareté des profils adaptés à leurs besoins. Cela démontre que bien qu’il y ait des efforts des acteurs de la formation privés ou publics à monter ces formations avec les entreprises, il reste un grand gap», analyse le président de l’AMDL.

Du coup, de plus en plus d’entreprises forment leur propre personnel. On voit ainsi apparaître certaines formations en cours de carrière qualifiante, répondant plus à leurs besoins. En 2016, du côté de l’ANAPEC, plus de 100 personnes ont été formées sur des emplois-métiers logistiques, notamment des opérateurs logistiques et des magasiniers/gestionnaires de stocks, dans le cadre de la formation à la carte et de la formation qualifiante. Le taux d’insertion de la formation à la carte atteint 100%.

Les besoins en formation évoluent parallèlement à la maturité de la pratique de la logistique au sein des entreprises et leur degré de modernisation. Planifier l’offre de formation en tenant compte des besoins des entreprises reste donc un défi de taille. «Les besoins se sophistiquent et très peu d’entreprises sont capables de prédire leurs besoins par type de profils sur les trois prochaines années. D’ailleurs, ce n’est pas une difficulté propre à la logistique, cela concerne tous les domaines…», note Younes Tazi. La formation est un processus assez long qui ne produit pas des profils instantanément. De quelques mois à quelques années sont nécessaires pour former un bon profil. «C’est pour cela que la plateforme de l’observatoire sur l’éducation et la formation est importante, car ce serait le moyen de mutualiser les besoins de tout le monde et mettre en place des indicateurs qui permettront d’ajuster l’offre de formation, vu qu’on pourra suivre les indicateurs comme le taux d’intégration, les filières les plus demandées… Le système va alors s’auto-réguler. Ce qui finit par arriver après quelques promotions. L’idée est d’éviter de perdre des promotions qui ne remplissent pas les besoins des entreprises et former selon les besoins», explique le président de l’AMDL. Cela passera notamment par une uniformisation des métiers de la logistique, projet en cours de finalisation par l’Agence. Il s’agit de référencer les emplois et métiers du secteur de la logistique avec la création d’une codification et d’une référence commune à l’ensemble des acteurs pour mieux adapter l’offre à la demande sur le marché de l’emploi avec un référentiel qui décrit le type de qualification, le cursus suivi… En effet, il a été noté que le même métier peut être appelé différemment selon les secteurs. La particularité de ce travail est que l’accent est mis sur l’approche par compétence (APC) dans les méthodologies de l’ingénierie de formation. La méthode canadienne a été utilisée dans d’autres secteurs et a donné satisfaction, comme dans le secteur aéronautique notamment. Sa philosophie est de partir des besoins des entreprises et des compétences requises pour remonter jusqu’à la formation. «Le plan national de formation est en cours d’élaboration. Dans la stratégie nationale intégrée de la logistique de 2010, il y avait déjà un plan nationale de formation. Néanmoins, là, ce sera une actualisation sur la base d’un nouveau référentiel des emplois et métiers dans le secteur, plus détaillé, plus pointu et proche des besoins des entreprises en terme de profils et de métiers», conclut Younes Tazi.