Logistique : Entretien avec mohammed talal, pdg de la voie express

La Voie Express dispose de plateformes totalisant une surface de 238 000 m2, en propre et sous gestion. Son activité a crû de 30% en 2016 mais la société, à l’instar de toutes les autres, déplore la prolifération des dépôts informels qui pénalisent le développement du secteur. D’où la nécessité
d’étendre les missions de l’AMDL à la régulation.

Certains rapportent que l’année 2016 a été particulièrement difficile pour les opérateurs de la logistique. Qu’en est-il pour La Voie Express ?

Ce n’est pas le cas pour nous. 2016 était une bonne année avec un taux de croissance de plus de 30%. Cette évolution a été réalisée grâce à notre stratégie qui mise beaucoup sur la Recherche&Développement, sur l’innovation en terme de produits, sur la compétitivité ainsi que sur l’encadrement. Nous avons en 2016 doublé l’encadrement de nos employés qui totalisent 900 sur tout le Maroc. Ceci permet de créer de la valeur et de réduire le coût de nos prestations. Nous avons également procédé à l’ouverture du capital de notre société au fonds d’investissement Afric Invest qui nous accompagne aussi bien en termes d’expertise que de croissance. A ce titre, nous avons pris une part de 70% du capital de Tex Courrier qui est la 1ère société sénégalaise de logistique.

Sur le haut niveau de la logistique (entrepôts de stockage, préparation de commandes, et toutes les opérations à forte valeur ajoutée), nous avons tourné à plein régime.

Nous avons aussi réussi à accroître notre surface de 20 000 m2 pour atteindre actuellement près de 238 000 m2 en propre et sous gestion pour le compte de clients de renom comme Cosumar, Carrefour, Imperial Tobacco, Procter&Gamble… Je précise que notre portefeuille est riche de
14 800 clients, toutes catégories confondues, allant de la grosse structure au petit commerce. Par ailleurs, nos dépôts répondent aux normes internationales puisqu’ils sont certifiés ONSSA, ISO 9001 et ISO 14 001.

L’on déplore souvent la cherté du foncier qui dissuade les investisseurs de se lancer dans le secteur de la logistique pour créer des plateformes. Comment votre société réussit-elle à tirer son épingle du jeu ?

Je ne suis pas de cet avis. A mon sens, le problème du foncier a été réglé puisqu’il a été identifié, sécurisé et assaini dans le cadre du contrat programme de l’AMDL 2010-2015, notamment dans la région de Casablanca. Je suis convaincu que le foncier n’est pas la grande difficulté, mais plutôt la productivité du bâtiment construit. Certains bâtiments logistiques disposent d’une capacité de stockage d’une demi-palette au mètre carré. Cela est clairement non rentable par rapport à un autre qui dispose d’une capacité de 2 palettes au m2. De même pour les niveaux de stockage et donc la hauteur des entrepôts qui doivent être maximisés pour répondre aux besoins des clients. La productivité se mesure aussi à travers le nombre de portes de chargement et de déchargement. Un batiment de 5 000 m2 avec 2 portes par exemple ne peut réaliser en une journée de travail que 32 chargements/déchargements à raison de 2 opérations toutes les 30 minutes. Ce qui n’est pas du tout productif. A La Voie Express, nous avons créé une filiale dédiée à l’immobilier logistique. Nous avons construit nos plateformes pour nos propres besoins et nos bâtiments sont édifiés sur 13 mètres de hauteur avec 6 niveaux de stockages et 8 portes de chargement/déchargement. Ainsi, au lieu de 32 camions/jour en activité dans l’exemple que je vous ai cité,  nous dépassons la centaine d’opérations quotidiennement. En résumé, nous, logisticiens professionnels, n’accordons que peu d’importance au coût du foncier. Ce qui nous intéresse, c’est essentiellement la palette stockée, manipulée et préparée. Je rajoute aussi une chose: un bâtiment bien construit, de telle sorte à maximiser le stockage et les opérations contribue également à augmenter la productivité du personnel.

En parlant de personnel, comment arrivez-vous à dénicher des profils en adéquation avec vos besoins ?

Les profils dans le secteur logistique sont rares, ou encore en inadéquation avec les besoins du marché et de notre entreprise. Nous avons pris conscience de cette problématique bien avant et avons donc dispensé aux recrues des formations aussi bien en interne qu’en externe. Nous sommes très sensibles à ce volet, surtout que nos clients sont des donneurs d’ordre de grande taille qui exigent certaines prestations, des fois pointues, que ce soit en matière de système d’information ou autres. Ce qui nous amène à former continuellement notre personnel.

Mis à part la formation, quelles sont les principales contraintes du métier ?

La principale contrainte du métier reste l’informel. Aujourd’hui, beaucoup d’opérateurs continuent de stocker de manière aléatoire, dans des dépôts informels, pour échapper au fisc, pour fuir la traçabilité de l’activité, ou encore pour éviter de payer les taxes dont la TVA, ce qui leur permet de vendre moins cher sur le marché que les concurrents. Ceci crée une concurrence déloyale envers les opérateurs structurés et organisés qui enregistrent un manque à gagner du fait de l’existence de ces stockages non conformes. Il faut donc encadrer le secteur, à travers la mise en place d’une loi qui donne à l’AMDL un rôle de régulation. Elle devrait non seulement permette à l’AMDL de constater, mais aussi de réprimander et sanctionner, tout comme l’ONP pour le secteur de la pêche, l’ANRT pour les télécommunications ou autres. Aujourd’hui, aucune entité n’est désignée pour contrôler les opérateurs du secteur. Mettre en place une brigade de contrôle de tout conteneur qui quitte le port pour s’assurer de l’endroit du stockage et de ses conditions serait nécessaire avec tout ce que cela se rapporte comme exigences en matière de disposition de système informatique, de respect de la chaîne de froid, de système de lutte contre les insectes…

Comment se déroule cette année pour La Voie Express et quels sont vos projets d’avenir?

2017 sera une excellente année pour nous. Tous nos bâtiments tournent à plein régime et il est clair qu’à fin 2017 ou début 2018, nous serons à la conquête d’autres surfaces de stockage. Nous sommes également en cours de préparation d’un projet de croissance externe en vue d’intégrer la partie overseas, mais aussi la partie logistique avec de la création de la valeur, notamment pour le secteur agroalimentaire et informatique.  A côté, nous misons sur l’Afrique où nous déployons nos projets de développement. D’abord au Sénégal où nous comptons étendre nos partenariats dans les autres villes, à savoir Saint Louis, Touba, Thiès. La cote d’Ivoire est également dans notre viseur. En outre, nous sommes en train de répondre à des appels d’offres internationaux. Après avoir remporté un contrat avec la marque vestimentaire «petit bateau», nous attendons pour cet été le résultat d’un appel d’offres d’un client étranger opérant dans l’électroménager pour une superficie sous gestion de 70 000 m2. Par ailleurs, nous prétendons à une certification RSE en 2018, surtout après la signature de la récente convention collective, qui est la 1ère du genre dans le secteur et la 48e pour La Voie  Express.En résumé, nous ambitionnons de devenir dans un horizon de 3 ans, la 1ère entreprise dans le secteur du transport et la logistique au Maroc.