Transport : le ministère décidé à juguler la flambée des prix pendant les périodes de grande affluence

Le nombre des agréments exceptionnels sera plus élevé que l’année dernière. Les guichets des gares doivent désormais afficher les tarifs pratiqués à cette occasion et les respecter. Un inspecteur doté d’un adjoint sont installés dans toutes les gares routières du Royaume.

la veille des vacances scolaires et à l’approche de l’Aïd, le ministère du transport se prépare comme à l’accoutumée à l’afflux des voyageurs, mais surtout à la flambée inéluctable des tarifs qu’il occasionne. Une réunion a été tenue ces derniers jours avec les transporteurs pour discuter du nombre des agréments exceptionnels qui seront octroyés pour répondre à la demande croissante. «Cette année nous allons accorder un nombre plus important par rapport à la saison précédente pour qu’il n’y ait pas d’importantes hausses des prix», confie Najib Boulif, ministre délégué chargé du transport, qui annonce plusieurs autres mesures allant dans le même sens. Ainsi, tous les guichets des gares doivent désormais afficher les tarifs et les respecter. Pour s’en assurer, le ministère a décidé, par le biais de ses services, de renforcer le contrôle dans les gares routières. «Nous avons procédé à la nomination d’un inspecteur et son adjoint dans toutes les gares routières du Royaume», ajoute M. Boulif.

Pour le ministère, ces mesures sont à même à résoudre le problème de la fluctuation des tarifs en période de pic. Un avis qui n’est pas du tout partagé par les professionnels qui soulignent que le problème se pose d’abord dans la nature des agréments exceptionnels accordés aux différents transporteurs. «Ces autorisations donnent en effet droit uniquement à des allers simples. Par conséquent, les autocars circulant avec ce document ne peuvent pas transporter des passagers sur le chemin du retour».

Ils expliquent : «Cette contrainte rend le coût de revient de la place deux fois plus cher que d’habitude. Comme il est impossible d’appliquer pour le même trajet deux tarifs différents pour les autocars ayant une autorisation permanente et ceux qui circulent grâce à des autorisations temporaires, la charge est donc partagée en fonction des places vendues. Cela implique une hausse des prix qui pourrait atteindre 50%».

La solution réside dans la réforme

Si les opérateurs structurés pratiquent des tarifs calculés sur la base du coût de revient de la place durant les périodes de grosse affluence, il en va autrement chez les non structurés. En guise d’exemple, à la gare Ouled Ziane, les prix sont souvent deux à trois plus élevés que ce qui est affiché. Les professionnels confirment, sans un brin de culpabilité, que ces occasions permettent de compenser les pertes accusées en basse saison. Selon un opérateur, «les tarifs pratiqués sur le marché sont toujours inférieurs à ceux fixés par l’arrêté ministériel de 1996». Pourtant, certains experts du secteur assurent, en se basant sur ce texte, que les prix pratiqués et affichés aux guichets des gares dépassent nettement les plafonds autorisés, même si de nombreux transporteurs soutiennent mordicus le contraire.

En tout cas, la grille semble très compliquée et difficile à appliquer. En effet, le décret prévoit trois types de tarifications maximales applicables pour les transports de voyageurs par autocars de transport en commun dans l’ensemble du territoire national. Les prix varient ainsi en fonction du trajet et de la qualité de l’autocar. Le tarif des trajets inférieurs à 100 km est fixé à 0,2363 DH le kilomètre pour les autocars de 1ère classe de luxe, à 0,1884 DH le kilomètre pour ceux de la 1ère classe et à 0,1439 DH/km pour les autocars de la 2e classe. Pour les parcours supérieurs à 110 km, elle s’établit respectivement pour les trois catégories d’autocars à 0,2143DH/km, 0,1716DH/km et 0,1298DH/km. Ces tarifs peuvent toutefois être majorés en fonction de la nature du trajet (15% pour les pistes carrossables, 30% pour les routes moyennement accidentées et 60% pour les routes de montagnes).

Cela se passe autrement sur le terrain. Pour illustration, le prix d’un billet Casa-Oujda (600 km de distance) chez les sociétés qui exploitent des autocars considérés comme 1ère classe de luxe tourne autour de 200 DH, alors qu’il doit être à moins de 150 DH. Ce même billet est vendu en période normale à 160 DH à la gare Ouled Ziane alors que les autocars sont de 2e catégorie. Par conséquent, cette destination doit être affichée autour de 80 DH. Même si on y ajoute les taxes, les prix autorisés sont en dessous de ce qui est réclamé pour un voyage. On peut donc dire que les opérateurs du secteur de transport des voyageurs, structurés ou non, font fi de la réglementation. A tout le moins sur les tarifs qui, faut-il le souligner, n’ont pas officiellement bougé depuis 20 ans.

Malgré toutes les contraintes, le secteur est bel et bien réformable. Il revient à la tutelle de faire plus de pédagogie pour expliquer le bien-fondé du projet qu’il porte depuis quelques années. Mais en face, il faudra aussi que les opérateurs et autres détenteurs d’agréments montrent une réelle volonté de coopérer.