Transport international routier : 400 entreprises structurées, 30 000 TPE et 40 000 informelles

Pas plus d’une dizaine d’entreprises marocaines spécialisées dans le TIR qui reste dominé par les étrangers. En 2009, le volume transporté s’est établi à  4,2 millions de tonnes, en baisse de 8% par rapport à  2008. Seule solution pour développer le secteur : le regroupement.

L e ministère de l’équipement et du transport veut en savoir un peu plus sur le transport international routier (TIR). Pour ce faire, une étude a été confiée au bureau d’études espagnol «Advanced Logistics Group». Cette étude comprend trois phases : un diagnostic de l’activité, l’élaboration d’un plan d’action, l’organisation d’un grand séminaire avec les acteurs du TIR et, enfin, un rapport final tenant compte des recommandations de ce séminaire. L’objectif final est de sortir le secteur de sa léthargie.
Pour l’heure, la première partie devant préciser et affiner les statistiques sur le TIR et identifier les obstacles à son développement est livrée, non sans difficulté. Il paraît que le bureau d’études s’est heurté à la rareté des sources  statistiques fiables sur cette activité, à l’exception cependant de celles de l’Office des changes concernant les flux commerciaux.
Néanmoins, on apprend que l’activité a évolué de manière positive entre 2000 et 2008, avant de chuter à cause de la crise mondiale. Ainsi, le volume des marchandises TIR a totalisé, en 2009, 4,2 millions de tonnes, en baisse de 8% par rapport à 2008, alors que le taux de croissance moyen annuel était de 7 % sur la période 2000 et 2008.La flotte reste très fragmentée et compte par conséquent une grande majorité d’entreprises de très petite taille. Du reste, les entreprises de transport de marchandises au Maroc sont classées dans cette étude en trois catégories. La première comprend les entreprises dites bien structurées dont le nombre ne dépasse pas 200 (moins de 1% du total). Elles disposent généralement de plus de 5 camions (tracteurs + remorques ou camions non articulés). Dans la deuxième, on trouve des entreprises peu structurées dont le nombre est compris entre 20 000 et 30 000. Ce sont souvent des personnes physiques qui travaillent pour leur compte avec 1 à 2 véhicules. Le reste est composé de transporteurs informels dont le nombre est estimé entre 30 000 et 40 000, possédant un seul véhicule.

Le Maroc n’a pas de flotte de camions pour faire l’export

Avec une telle physionomie, il devient difficile d’avoir une activité TIR performante, laquelle, d’après l’étude, ne représente pas plus de 10% de l’activité globale de transport de marchandises. Les entreprises plus ou moins structurées dédiées au TIR ne seraient que 403, dont 2% de sociétés de droit marocain domiciliées, pour la plupart à Casablanca et Tanger, et quelques-unes spécialisées en transport frigorifique et ayant leur siège à Agadir.
L’étude dresse, à partir de ces données et des entretiens avec les professionnels, un diagnostic qui décrit l’offre TIR marocaine comme faible et peu compétitive face aux donneurs d’ordre et aux entreprises européennes. Cette faiblesse découle certes de l’atomicité du secteur, mais aussi de la «jeunesse» et du manque d’expérience de ces entreprises, et particulièrement du manque de formation de leurs dirigeants. En d’autres termes, il existe bien quelques Marocains qui exercent le TIR, mais les grandes entreprises européennes dominent totalement le marché. Aujourd’hui, souligne l’étude «le Maroc n’a pas de parc pour faire de l’export (…), ce qui signifie une dépendance stratégique par rapport aux entreprises européennes». Cette absence d’une véritable force de frappe commerciale du TIR national s’exprime à travers la difficulté qu’il rencontre à trouver des chargements pour le retour. C’est que nos entreprises n’ont pas de représentants à l’étranger, ni de bureaux commerciaux en mesure de leur trouver des commandes. Ce faisant, elles s’abstiennent de faire de longues distances pour limiter les coûts relatifs au retour de leurs véhicules à vide.
La solution qui vient à l’esprit réside dans le groupement des entreprises TIR pour atteindre une taille conséquente. Le regroupement paraît la seule solution viable pour être compétitif, souligne en effet un spécialiste, notamment pour l’accès au financement et l’achat de matériel neuf, mais cela suppose un énorme changement dans les mentalités. «La confiance n’existe pas entre les transporteurs», conclut-il. La partie est donc loin d’être gagnée, tant les opérateurs, particulièrement ceux qui travaillent dans l’informel, semblent se satisfaire de leur mode de fonctionnement qui a pourtant montré ses limites depuis longtemps.