Transport : Ghellab face à  la question des 3 000 agréments

Le secteur est miné par l’informel et le système opaque d’attribution des agréments. La majorité des transporteurs n’est pas structurée.

Osera-t-on toucher, enfin, au système des agréments de transport de voyageurs ? Alors que la réforme de cette branche d’activité est prévue depuis plus d’une décennie, et qu’une première tentative de réforme a eu lieu fin 1999, sous forme d’un projet de loi, (vite abandonnée sous la pression des transporteurs eux-mêmes), le dossier n’est plus monté en surface depuis, et la question des agréments est devenue même un sujet tabou.
Une réunion a eu lieu le 11 juillet, à Rabat, entre les représentants des professionnels conduits par Haj Omar Bennouna, président de la Fédération nationale de transport routier (FNTR) et Abdelillah Hifdi, président de la Fédération transport (CGEM), et le ministre de tutelle, Karim Ghellab. Ont été ainsi mis en évidence les différends liés à l’entrée en vigueur du nouveau code de la route, notamment tout ce qui est relatif au contrôle des autocars et à l’application stricte des dispositions relatives au temps de conduite des chauffeurs d’autocars. Les difficultés de ce genre de transport ont aussi été rappelées. Il s’agit, entre autres, de la formation du personnel, de la situation sociale des employés et de la vétusté du parc, souvent cause d’accidents. Les organisations professionnelles estiment qu’une réponse à toutes ces questions, ainsi que la catégorisation (classification des entreprises en différents groupes homogènes) des entreprises de transport, est un préalable à la modernisation du secteur.
Karim Ghellab a bien saisi le message, insistant sur le fait que cette catégorisation qui constitue la première étape pour la mise à niveau des entreprises de transport de voyageurs se fera en concertation avec les professionnels, de même que l’élaboration du nouveau système, c’est-à-dire la libération de cette activité.

3 900 autocars de transport de voyageurs en circulation

Les professionnels ont ainsi été invités à donner dès à présent leurs idées pour avancer dans cette direction. Deux commissions mixtes ont été formées dans ce but. La première doit se pencher sur les problèmes et les difficultés que rencontrent les transporteurs dans le cadre du nouveau code de la route, et la deuxième sur la catégorisation et la classification des entreprises de transport avec comme objectif l’élaboration des grands axes d’un contrat programme entre les professionnels et leur ministère de tutelle. Il faut savoir que libéraliser le transport routier de voyageurs n’est pas une mince affaire dans la mesure où il est basé sur le système des agréments qui est très opaque. Ainsi, le parc de transport en commun interurbain est constitué de près de 3 900 véhicules et le nombre d’agréments à plus de 3 000 souvent attribués à des personnalités (artistes, proches du pouvoir, hauts fonctionnaires, parlementaires) en récompense de services rendus à l’Etat ou au titre de leur contribution à l’image du pays. Impossible à supprimer, pour des raisons sociales… et politiques. Par ailleurs, le nombre d’entreprises de transport de voyageurs par route atteindrait actuellement les 2 000. Si l’on excepte quelques grandes entreprises structurées et d’autres relativement organisées, il reste une majorité de petites entreprises individuelles qu’il sera difficile d’inciter à se regrouper. Celles-ci travaillent souvent selon des méthodes archaïques qui se résument à exploiter un agrément, souvent en location, à payer un chauffeur et un graisseur, et de temps en temps une petite somme aux impôts.