Transport du personnel : les opérateurs structurés bousculés par les pratiques des nouveaux entrants

Plusieurs transporteurs avancent que l’activité a progressé de 10 à  20% en 2013. Certains opérateurs structurés pointent du doigt la concurrence déloyale des nouvelles sociétés qui bradent les prix. Il faut en moyenne 200 véhicules pour être réellement compétitif.

Le segment du transport du personnel est en pleine reconfiguration. Plusieurs opérateurs structurés annoncent des croissances comprises entre 10 et 20% en 2013. «L’activité est portée en premier lieu par le développement des zones industrielles généralement éloignées des centres urbains. De plus, les entreprises, préférant se concentrer sur leur métier de base, apprécient le fait que le prestataire assure le transport des effectifs de bout en bout, avec ponctualité, dans des tranches horaires difficiles, notamment pour des métiers arrimées à l’international à l’instar des centres d’appel», explique Noureddine Safadi, président de la Fédération national du transport du personnel (FNTP), affiliée à la Fédération nationale du transport (FNT). Cependant, cette croissance n’est pas ressentie de manière uniforme.

«Même si la demande augmente, notre chiffre d’affaires a subi deux baisses successives notamment en raison de l’entrée de nouveaux petits acteurs sur le marché», affirme le directeur d’un transporteur qui figure parmi le top 5 du secteur. Comme lui, plusieurs autres acteurs estiment qu’en dehors des opérateurs disposant d’un parc dépassant les 200 véhicules, et qui, de ce fait, réalisent des économies d’échelle, le reste a été sérieusement bousculé par l’arrivée des nouvelles sociétés. «La majorité de ces entrants pratiquent des prix défiant toute concurrence vu qu’elles n’ont pas de charges de structure qui grèvent la compétitivité des entreprises structurées. Elles travaillent parfois avec un parc vieux de plusieurs années, ne déclarent pas leurs chauffeurs et n’ont ni techniciens ni garage où entretenir leurs véhicules», se plaint la même source.

Des marges faibles pour des investissements très lourds

Pour comprendre la configuration actuelle du marché, il faut remonter quelques années en arrière. En effet, depuis les années 1990, pour faire du transport du personnel, les sociétés de transport devaient avoir exercé 5 ans dans le transport touristique ou de voyageurs pour pouvoir migrer vers celui du personnel, ceci étant de surcroît conditionné par l’obtention d’une autorisation exceptionnelle du ministère de tutelle. Mais «depuis novembre 2012, avec l’entrée en vigueur du nouveau cahier des charges de la profession, le transport du personnel pour autrui (à différencier du transport du personnel pour son propre compte) est reconnu en tant que segment à part entière, entièrement indépendant du tourisme», fait remarquer M. Safadi.

Par conséquent, l’accès à la profession s’est trouvé ouvert à tout nouvel entrant. Il suffit d’avoir un contrat avec le donneur d’ordre. Selon plusieurs opérateurs, ceci a donné lieu à l’anarchie. «Je défie quiconque respectant religieusement les conditions d’exercice par rapport à la qualité du parc et ses engagements sociaux, et payant régulièrement ses traites, de se faire une marge», martèle le même directeur qui a requis l’anonymat.

Selon des professionnels, les opérateurs structurés facturent en moyenne entre 500 et 600 DH la rotation simple (entrée et sortie du personnel), 900 DH les deux fois huit (transport de deux shift) et 750 DH les trois fois huit. «A ce prix, un autocar acheté à 2,2 MDH et devant être remboursé à crédit à 2,8 MDH rapporte au meilleur des cas, s’il est actif 24h/24, 46 000 à 50 000 DH le mois.

Entre la traite, les frais du carburant, la rémunération du chauffeur, les frais du technicien et l’assurance, le calcul est vite fait. Aucune marge n’est encore possible», confie un opérateur. Pour les petits bus, le constat ne change pas trop. Acheté entre 450 000 et 500 000 DH, ils rapportent entre 25000 et 24 000 DH mensuellement, à peine de quoi payer la traite et le carburant selon les transporteurs. «La décompensation a enfoncé le clou. Le poste du carburant représente désormais entre 40 et 47% de nos coûts», affirme M. Safadi. De quoi faire réfléchir les investisseurs qui sont tentés par ce secteur.