Transport de voyageurs VIP : des conditions draconiennes pour sélectionner les opérateurs

Les autocars devraient emprunter le réseau routier national au lieu des autoroutes. Le patron doit être au minimum titulaire d’un bac+3 ou d’un diplôme équivalent. Des professionnels jugent que le cahier des charges est trop sévère et certaines dispositions inapplicables.

Le ministère de l’équipement et du transport a annoncé, lundi 15 juillet, qu’il avait «entamé la délivrance de nouveaux agréments aux transporteurs utilisant des autocars de haute qualité, ayant les mêmes standards de confort que ceux de la première classe susceptibles de  transporter 32 à 35 voyageurs dans des conditions de grand confort». Il s’agit, on s’en rappelle, d’une annonce qui avait été faite en novembre 2012 pour attirer de nouveaux investisseurs dans le secteur, mais qui avait été suspendue suite aux protestations d’une partie des opérateurs. L’idée de base était d’offrir un nouveau service de haute qualité en assurant des liaisons point à point, portes fermées, et en empruntant uniquement les autoroutes, sans transiter par les gares routières. Cette idée a, semble-t-il, évolué puisque le ministère de tutelle parle, aujourd’hui, d’autocars qui vont «opérer sur le même réseau routier exploité par les transporteurs de voyageurs et selon les mêmes horaires et tarifs fixés pour les autocars de première classe, en vue d’éviter toute sorte de concurrence déloyale en période de basse saison». Il est difficile d’expliquer ce rétropédalage qui revient à mettre aux côtés des autocars de première classe de 48 places, d’autres véhicules de 32 à 35 places avec les mêmes critères de confort. Mais, ce nouveau service est soumis à un cahier des charges plutôt draconien, pour ne pas dire utopique, eu égard à l’état du secteur du transport de voyageurs en général. Du reste, les transporteurs n’ont pas manqué, à travers leurs remarques, de relever certaines dispositions inapplicables, soit parce qu’elles ne sont pas réalistes, soit parce qu’elles sont non conformes au dahir du 12 novembre 1963 qui régit le transport de voyageurs.

Ainsi de l’organisation et de la logistique de l’entreprise agréée dans ce cadre. Le cahier des charges précise que celle-ci doit être organisée en trois pôles : administratif et financier, exploitation, et entretien. Dans chaque pôle, précise-t-on, le responsable doit être titulaire d’un bac +3 ou d’un diplôme équivalent, et tous les employés doivent être liés à leur entreprise par un contrat à durée indéterminée (CDI). Les transporteurs, quant à eux, préfèrent parler de «contrat conforme au code du travail».

Le cahier des charges est très strict sur le confort et la sécurité des passagers

Le cahier des charges précise aussi que l’exploitant doit avoir en propriété une gare routière dans les villes de départ et d’arrivée de ses autocars, chose à laquelle les transporteurs rétorquent qu’il n’est pas nécessaire que cette gare appartienne au transporteur. Ceci dit, la gare routière doit avoir une salle d’attente avec climatisation, Wifi, télévision, journaux, distributeurs de boissons, etc.

Par ailleurs, l’entreprise doit avoir un site internet, avec la possibilité pour le client de réserver et d’imprimer son titre de voyage. Le système GPS est aussi exigé pour suivre les mouvements de ses véhicules.

Autre condition à respecter, le transporteur doit avoir son propre garage pour l’entretien et la réparation, alors qu’aujourd’hui ce sont des services qui sont de plus en plus sous-traités, ce que les transporteurs n’ont pas manqué de relever. Quant aux conducteurs, ils doivent être bien formés et titulaires d’une carte professionnelle conformément à la loi.

Les autocars qui seront mis dans ce circuit doivent, selon le cahier des charges, être neufs et être retirés de ce circuit après 4 ans d’exploitation, durée que les transporteurs jugent trop courte et qu’ils veulent porter à 6 ans, étant donné l’importance des investissements et de l’entretien. Il va de soi que les véhicules doivent disposer de tous les équipements de confort : climatisation, ceintures de sécurité, accoudoirs, coussins, sonnette pour appeler, 3 écrans TV, radio et même des couvertures pour les voyages de nuit, Wifi, distributeurs de boissons, réfrigérateur…

Certaines exigences font plutôt sourire, et les professionnels préfèrent demander plus de souplesse, notamment sur le nombre de sièges, lequel devrait, selon eux, se situer entre 19 et 39 sièges selon les besoins.

S’en suivent d’autres dispositions sur le temps de conduite et de repos conformément au code de la route, le transport des bagages et d’autres encore portant sur la fréquence des visites techniques, ainsi que des mesures relatives au traitement des litiges qui peuvent survenir entre les clients et les transporteurs.

Il est possible que ces critères soient allégés, mais on n’en sait pas plus pour le moment. Tout dépend de l’attrait que ce nouveau service aura auprès des investisseurs.