Transmission de PME : ce que proposent les banques

Le marché de la transmission est encore peu profond du fait des considérations culturelles. Appel à une banque d’affaires, recours aux services d’un cabinet d’avocat et recherche directe de repreneurs potentiels par le cédant sont les trois voies en vogue. L’univers des repreneurs potentiels est généralement constitué d’industriels nationaux ou internationaux ou de fonds d’investissement.

Pour une bonne partie des PME créées durant les décennies 60-80, la relève est loin d’être assurée. De ce fait, préparer la transmission est aujourd’hui un enjeu économique de taille pour ce tissu qui constitue le gros de la machine productive et le garant de son dynamisme. Une transmission bien organisée peut accélérer le développement d’une entreprise, lui éviter des difficultés en changeant de main et rendre liquide tout ou partie du patrimoine de l’actionnaire (ouverture de capital ou cession totale). Un vœu pour l’instant. De l’aveu même des promoteurs et des banquiers, bon nombre de PME ne survivent pas à la deuxième génération et les plus persévérantes disparaissent à la troisième.

Pourquoi ? En plus de l’écueil culturel qui empêche de parler de succession du vivant du propriétaire, la transmission était mal gérée du fait de la méconnaissance des solutions existantes, du manque d’appui et d’accompagnement, mais également de la rareté des possibilités de prise en charge par le secteur bancaire.

Face à ce constat, les banques s’emploient depuis plus de 6 ans à répondre au besoin exprimé dans la transmission à destination des PME. Reste que pour le moment, ce marché n’est pas aussi profond pour exiger des stratégies et process industrialisés de masse. «On recense quelques centaines d’opérations par an. Le gros de la transmission se fait de gré à gré dans le cercle de connaissances du cédant et sans recours automatique au conseil et au financement des banques», explique un cadre à la BMCE Bank of Africa qui ajoute que plusieurs transmissions sont financées par fonds propres. Il souligne que la majorité écrasante des affaires présentées à la banque concerne le financement et la définition de la valeur de l’entreprise.

L’offre des banques couvre toutes les étapes de l’opération de transmission

En gros, trois scénarios existent dans le circuit de la transmission : appel à une banque d’affaires, recours aux services d’un cabinet d’avocat et recherche directe par le cédant de repreneurs potentiels dans son cercle immédiat pour des considérations de confidentialité, notamment en cas de transmission motivée par des difficultés.

Selon un cadre de la Société Générale, l’univers des repreneurs potentiels est généralement constitué d’industriels nationaux ou internationaux ou de fonds d’investissement. «Dans tous ces schémas il faut absolument se faire accompagner pour réussir le deal et préparer l’opération, sachant qu’en moyenne un projet de transmission nécessite entre 3 et 5 ans», expliquent des banquiers.

Une analyse sommaire des offres de quelques établissements de la place, notamment les faiseurs du marché, montre que le dispositif proposé à la PME est global et intégré. Il est destiné à la fois aux cédants et aux acquéreurs.

L’offre couvre toutes les étapes de l’opération de transmission, de la sensibilisation et de l’information, au financement, en passant par le dispositif d’accompagnement pour faciliter la concrétisation et la mise en œuvre de la relève entrepreneuriale. «Si la banque d’affaires coiffe la transmission, d’autres représentations de la banque peuvent être mises à contribution et prendre en charge un volet de la transmission. Il s’agit de la banque de détail si le financement se fait à crédit et la banque privée pour des solutions de gestion patrimoniale», explique un cadre de BMCE Bank of Africa. Il ajoute qu’en général, l’offre bancaire de transmission d’entreprises est cataloguée. Elle ne diffère pas dans ses grandes lignes d’un établissement à l’autre.

Un point nodal à souligner: le financement de l’opération, si elle se fait à crédit, est assorti de la garantie publique de la Caisse centrale de garantie (CCG) à travers son produit «Damane Transmission». Lancé en 2014, ce dernier est dédié à la garantie des crédits bancaires destinés au financement de la reprise d’entreprise. Damane Transmission couvre 60% des crédits bancaires consentis par les banques pour le financement de la transmission d’entreprise dans la limite de 10 MDH par opération ; et 20 MDH sur une même entreprise, tous concours de garantie confondus. La garantie couvre les programmes portant sur la transmission de la majorité du capital ou sur le rachat par un des actionnaires ou associés majoritaires d’une minorité du capital ou sur la reprise de fonds de commerce.

Un colloque sur la transmission des PME en préparation

A la CCG, on informe que les demandes de bénéficier de la garantie sont présentées à travers la banque du bénéficiaire et que la réponse se fait en 10 jours ouvrables. A noter qu’en cas de montage adossé à la garantie de la CCG, le repreneur doit s’acquitter, en plus, de 2% flat (HT) du montant du crédit (en cas de plafonnement de la garantie, l’assiette à retenir est l’équivalent du crédit qui correspond à la garantie donnée).

Récemment, Attijariwafa bank vient de mettre sur le marché une offre dédiée à la transmission pour les PME dénommée Plan Relève. Selon le management de la banque, ce package se veut une réponse complète et concrète à tous les besoins en matière d’acquisition, de cession ou de transmission d’entreprise. Il comprend, à travers l’accompagnement pour le diagnostic de l’entreprise, des solutions spécifiques de financement des projets d’acquisition d’affaires existantes, la mise en relation avec des experts à même d’assister et de conseiller tout au long de l’opération et des solutions sur-mesure de gestion patrimoniale privée et professionnelle en s’appuyant sur l’expertise de la banque privée du groupe.

L’offre de la BMCE Bank of Africa ne déroge pas à la règle. Le responsable de la banque affirme que l’offre est globale et touche à tous les volets de l’opération de transmission. Auprès de la Banque Populaire, Upline Corporate Finance informe que la banque met en place des solutions au cas par cas selon les spécificités et les besoins de chaque montage, en relevant qu’elle est très présente sur ce genre d’opérations.
Par ailleurs, le volet de la sensibilisation et la vulgarisation font partie intégrante des dispositifs de toutes les banques. Enjeu : informer les entreprises des différents schémas de transmission familiale et du patrimoine, ainsi que les étapes de ce processus à construire sur une communication et une collaboration intergénérationnelle pour mieux le réussir. AWB vient d’organiser deux séminaires à Fès et à Rabat. La BMCE Bank informe qu’un grand colloque est en gestation, et ce, en collaboration avec la CCG.