Transfert d’argent : Bank Al-Maghrib freine l’octroi des agréments

La Banque centrale est plus soucieuse d’assainir le secteur que d’autoriser de nouvelles sociétés. En 2012, l’activité a progressé de 23.7% en volume par rapport à  2011. Pour mieux sécuriser le marché, le capital minimum des sociétés de transfert de fonds est porté à  6 MDH.

L’activité de transfert d’argent résiste sur les premiers mois de l’année. Selon les opérateurs, le nombre de transactions se maintient à des niveaux qui laissent espérer un bon cru pour l’année en cours. «Nous affichons des ratios d’exploitation corrects sur les transferts domestiques et sur ceux à l’international dans une moindre mesure», rapporte le responsable d’un intermédiaire de la place. D’autres opérateurs affirment que bien que leur activité ait connu une baisse par rapport aux années passées, du fait de la concurrence des nouveaux entrants, ils arrivent tant bien que mal à tenir grâce aux autres prestations, notamment l’activité de change manuel.

Il faut dire que le business, qui a attiré durant les dernières années plusieurs acteurs, est connu pour être juteux. En 2012, le nombre de transactions a culminé à près de 15 millions pour un chiffre d’affaires de plus de 40 milliards de DH. Mieux encore, l’activité d’intermédiation en transfert de fonds a progressé de 23,7%. Et ce, malgré un environnement peu propice lié à la crise de la zone euro et à la baisse des recettes voyages et des transferts des MRE, d’après les données de l’Association professionnelle des sociétés de financement (APSF) à laquelle font partie trois grandes sociétés sur la dizaine que compte le secteur.

Sur cette liste d’opérateurs en exercice aujourd’hui, plusieurs ont investi le marché durant la dernière décennie et beaucoup d’autres attendent, encouragés surtout par le caractère non capitalistique de l’activité et l’importance de la cible du métier, en l’occurrence toute la population non bancarisée. Le transfert de fonds se basant sur un business model où la société qui obtient l’agrément de Bank Al-Maghrib peut exercer à travers des mandataires comme elle peut détenir ses propres agences. L’attrait de l’activité fait en sorte que les demandes d’agréments continuent d’affluer à la Direction de la supervision bancaire, selon des sources proches du secteur. Alors que ces dernières relèvent que les requêtes ne sont plus traités et parlent même d’une saturation du marché, les responsables de Bank Al-Maghrib se montrent moins catégoriques. «Depuis 2006-2007, BAM a beaucoup assaini parmi les sociétés de transfert d’argent et leurs mandataires. Nous avons responsabilisé sociétés et mandataires, et nous les avons incités à faire le vrai ménage, à défaut nous n’avons pas manqué de sévir en retirant plusieurs agréments. Aujourd’hui, nous ne voulons pas que cela se reproduise. Du coup, nous sommes plus attelés à continuer le travail d’assainissement qu’à agréer de nouveaux entrants», confie une source à BAM. D’autant plus qu’à cette date, le marché était en ébullition et n’était pas suffisamment protégé contre les écarts, à l’image de ceux de la société Quick money.

Un code de conduite pour éviter les manquements

Parallèlement à ces efforts d’assainissement, la Direction de la supervision bancaire a émis en avril 2012 une directive relative aux conditions d’exercice de l’activité d’intermédiation en matière de transfert de fonds, qui a annulé et remplacé la lettre circulaire de 2007. Son principal apport est le relèvement du capital minimum des opérateurs à 6 MDH au lieu de 3 millions auparavant.

«Cette directive a aussi précisé les dispositions relatives aux relations des sociétés de transfert de fonds avec leurs mandataires, et a délimité le périmètre des activités susceptibles d’être exercées par ces sociétés, en plus de leur activité principale, à savoir des opérations à caractère financier comme le change manuel, l’encaissement des redevances pour le compte de tiers, etc.», explique un responsable à BAM.
De son côté, la profession s’est dotée, en mai 2011, d’un code déontologique de l’intermédiation en matière de transfert de fonds, document de référence pour les opérateurs du secteur, fixant des normes élevées de conduite vis-à-vis de la clientèle, des confrères et des tiers, et ce, en réponse aux cas de manquements qui surviennent de temps à autre dans le secteur.

Par ailleurs, les professionnels nourrissent beaucoup d’espoir sur le projet de réforme de la loi bancaire. Ce dernier prévoit entre autres  une nouvelle catégorie d’opérateurs qu’il assimile aux établissements de crédit : les établissements de paiement. En vertu de ce texte, ces derniers sont ceux qui offrent un ou plusieurs services de paiement, les services de paiement englobant notamment les opérations de transfert de fonds.