Traitement des déchets électroniques : un danger que le Maroc ne mesure pas encore !

Les substances contenues dans les écrans cathodiques, les ordinateurs et divers appareils sont extrêmement dangereuses pour l’environnement.
L’essentiel des volumes est racheté par le secteur informel et ne fait pas l’objet de traitement adéquat.

Ordinateurs, téléphones, électroménager…., vous êtes-vous déjà demandé ce que ces appareils devenaient en fin de vie ? Au Maroc, très peu se posent malheureusement la question. Or la toxicité de ces déchets d’équipements électriques et électroniques, plus communément appelés DEEE ou D3E, depuis longtemps établie, dépasse de loin celle de tout autre déchet pour l’environnement. Contenant divers matériaux toxiques, comme le mercure, le gallium ou l’arsenic, et précieux tels que l’or et le cuivre, les DEEE doivent être théoriquement traités selon la Convention de Bâle sur le contrôle des mouvements transfrontaliers de déchets dangereux et de leur élimination, entrée en vigueur en 1992. Le texte, auquel le Maroc a adhéré en 1995, vise à limiter le transfert des déchets dangereux, dont ceux électroniques, des pays développés vers les pays en développement. Depuis, la loi marocaine 28-00 relative à la gestion et à l’élimination des déchets a été adoptée. Mais elle ne comporte aucune disposition spécifique quant au traitement des DEEE. Seul un décret d’application dédié à ce type de déchets changerait la donne. Et il y a urgence. Car d’après la dernière étude en date concernant le Maroc, qui remonte à 2000, sur le million de tonnes de déchets industriels produits chaque année, 70 000 sont des déchets issus de l’industrie mécanique, métallurgique, électrique et électronique, soit 7% des déchets industriels. Bien qu’il n’existe pas de chiffre fiable sur le gisement des DEEE à proprement parler au Maroc, comme nous le confirme Mme Hanzaz, directrice du Centre marocain de production propre (CMPP), il n’est pas risqué d’avancer que leurs volumes ont augmenté depuis. En cause, une croissance industrielle évidente et un accès aux nouvelles technologies, et donc à leur renouvellement, plus facile. La question du traitement et de la revalorisation des DEEE est «préoccupante d’une part au vu des quantités produites en augmentation continue avec un impact sur l’environnement grave, et, d’autre part, du fait des opportunités de recyclage et de valorisation qu’ils présentent», précise Mme Hanzaz.

Un processus de traitement complexe

Le développement du secteur du traitement des DEEE ne serait non seulement bénéfique à la qualité de notre environnement mais également à l’activité économique. La création d’emplois sous-qualifiés, voire qualifiés, serait une aubaine pour le Maroc. Et pourtant, seule une poignée d’opérateurs spécialisés dans le domaine de la collecte, du démantèlement, du recyclage et du traitement des DEEE opère aujourd’hui au Maroc. Parmi eux, Valdeme, société spécialisée dans la valorisation des métaux. Installée depuis 10 ans au Maroc et disposant d’un effectif de 24 personnes, Valdeme récupère également les DEEE auprès des administrations, des banques et des industriels de l’informatique, de l’électronique et de l’aéronautique. Ces derniers lancent des appels d’offres par lots en fonction des stocks de déchets. Le prestataire se charge ensuite de les acheminer vers sa plateforme, de les démanteler puis de les acheminer vers des filières spécialisées, parfois à l’étranger. «Nous traitons 10 tonnes de déchets électroniques chaque mois, ce qui ne représente que 4% de nos déchets traités et moins de 1% de notre chiffre d’affaires, qui s’est élevé à 45 MDH en 2009» , annonce Philippe Baudet, DG de Valdeme. L’entreprise s’est notamment spécialisée dans le traitement des écrans à tubes cathodiques dont les poudres luminescentes contenant de l’arsenic ou du mercure sont extrêmement dangereuses pour l’environnement. Valdeme vient d’ailleurs de mettre au point un système qui permet de traiter jusqu’à 150 écrans par jour avec la contribution de 4 personnes alors qu’une machine dédiée à ce traitement permettrait d’en traiter jusqu’à 350 écrans par jour avec la participation de 2 personnes. Mais le gisement au Maroc n’est pas assez rentable pour initier un tel investissement. Aujourd’hui, en revanche, les écrans plats soulèvent une autre question. Bien que leur mise en décharge génère moins de dégâts que les écrans à tube cathodique, ils contiennent des métaux rares comme le plomb dont la récupération coûterait moins cher que l’extraction elle-même. De quoi motiver les générateurs de déchets à veiller au bon traitement des DEEE.

Une vraie filière à créer

Autre opérateur du marché, Managem, filiale d’Ona, s’est spécialisé dans le traitement et la valorisation des cartes, notamment présentes dans les unités centrales des ordinateurs. Il faut toutefois rester prudent dans le choix de son prestataire. Aucune certification ou labellisation ne permet aujourd’hui de comparer objectivement les différents opérateurs. Selon M. Baudet, 80% du volume est collecté par les opérateurs du secteur informel qui, «proposant des conditions économiques beaucoup plus avantageuses, captent l’essentiel des gisements sans qu’aucun contrôle ne puisse être fait». A ce propos, il lance un cri d’alarme : «Trop d’acteurs locaux ne jouent pas le rôle qu’ils devraient jouer et je pense notamment à certaines multinationales ou grands groupes marocains qui génèrent d’importantes quantités de déchets en ne se préoccupant que de l’aspect financier et en aucun cas de leur devenir, ou encore d’institutions qui ne remplissent pas leur rôle de fédérateur  ou qui ne mettent pas en place des règles pour limiter l’informel». Tout un défi attend le Maroc. «Il faut créer une vraie filière de gestion des déchets électroniques avec de vrais professionnels mais aussi avec d’autres industriels qu’il faudra encadrer afin qu’ils se développent en adéquation avec les besoins et contraintes de cette activité», suggère le patron de Valdeme. Il précise que «cette filière doit commencer par l’expansion et/ou la création d’unités de démantèlement. Puis viennent les filières post-démontage qui seront le maillon final pour que réussisse l’expansion de cette activité et qui, plus est, devront être locales afin de réduire au maximum les coûts et la logistique mais aussi pour générer localement des matières premières».