Traçabilité, la contrainte a été surmontée

Les grands producteurs de produits agroalimentaires qui ont anticipé sur les nouvelles mesures européennes tirent leur épingle du jeu.
Globalement, l’accès des produits marocains au marché européen n’est pas plus difficile aujourd’hui qu’auparavant.

Deux mois après l’entrée en vigueur de la directive de l’Union européenne relative au respect par les produits importés des normes de traçabilité en application dans tous les pays membres, la situation est rassurante pour les exportateurs marocains. C’est du moins la synthèse des appréciations formulées par l’EACCE (Etablissement autonome de contrôle et de coordination des exportations), l’ONP (Office national de la pêche) et d’autres opérateurs que La Vie éco a sollicités pour faire le point sur la situation. Pourtant, à trois mois de l’échéance du 1er janvier 2005, la situation semblait alarmante. On se rappelle en effet que les résultats de l’enquête de l’EACCE, à fin juillet 2004, étaient de nature à susciter des craintes quant à l’application de la traçabilité définie comme «la capacité de retracer, à travers toutes les étapes de la production, du conditionnement, de la transformation et de la distribution, le cheminement d’une denrée alimentaire, d’un aliment pour animaux ou d’une substance destinée à être incorporée dans une denrée alimentaire».

En matière de pêche, 76% du tonnage exporté satisfaisait déjà à la traçabilité en juillet 2004
Ainsi, selon les données qui ressortaient de cette étude, seules 28 % des entreprises nationales (représentant néanmoins 53 % des exportations) étaient dotées d’un système de traçabilité pour les agrumes. En ce qui concerne les primeurs, 27 % du volume – pour 9 % des entreprises exportatrices – répondaient aux nouvelles normes. Quant aux produits végétaux transformés, ce sont 17 % des opérateurs, réalisant 55 % du volume total, qui étaient en conformité. En matière de produits de la pêche – rare satisfaction -, 76 % du tonnage exporté répondait déjà à la date de l’enquête aux exigences du système de traçabilité européen.
Que dit, aujourd’hui, l’EACCE ? Pour son responsable de la communication, Mohamed Ziati, «ce sont les petits opérateurs qui avaient fait montre de frilosité. Mais, au moment crucial, tout le monde, sachant ne pas avoir le choix, s’est conformé aux directives, d’une manière ou d’une autre. D’ailleurs, il n’y a pas plus de rejet de produits destinés à l’export qu’auparavant. L’évaluation que doivent faire nos délégués sur la question, à travers le Royaume, est en phase de réalisation. Mais les prémices augurent d’une situation satisfaisante».
Même son de cloche du côté de l’ONP. Selon les responsables, la situation évolue positivement. Ils précisent que, même au niveau de l’Union européenne, le règlement instituant la traçabilité n’est pas appliqué à la lettre car des difficultés de mise en place sont rencontrées au sein de l’UE.
Il est expliqué que l’exportateur national continue de travailler avec un cahier des charges, d’un commun accord avec l’importateur européen. Ce dernier impose ses conditions de gré à gré. Globalement, se félicite l’office, le Maroc n’est pas en retard.
Nizar Benslimane, DG de Teledyne, entreprise dont le cœur de métier est l’informatique, l’équipement en lecteurs à barres, en matériel d’étiquetage ou encore de pose automatique, confirme ces propos. «Notre business est en pleine croissance et les clients viennent vers nous de toutes les régions du Maroc, de Dakhla et d’ailleurs, pour acquérir du matériel. Ils achètent des ordinateurs mobiles, du matériel de pose d’étiquetage ou encore des logiciels. Il faut dire que les gros producteurs et les groupes d’exportateurs n’ont pas attendu ces derniers mois pour se mettre à niveau. Sur la centaine de stations d’emballage sur le pays, toutes disposent de l’équipement nécessaire. Le coût est de l’ordre de 100 000 à 200 000 DH», explique-t-il.
La norme HACCP sera exigée en 2006
Fatiha Charrat, du groupe Delassus, précise que pour son groupe la traçabilité ne s’arrête pas au conditionnement mais va jusqu’au verger. Du reste, ajoute-t-elle, les grands producteurs, à travers les certifications, les process de production ou encore les méthodes de travail ont insensiblement mené ces entreprises à des performances telles qu’elles étaient en avance sur les contraintes actuelles, depuis longtemps. Pour cette responsable, «nous sommes dans une traçabilité plus exigeante que les normes actuelles, dans la rationalisation de l’utilisation de l’eau, des produits chimiques, des engrais, des analyses du sol… Par exemple, notre groupe applique le système de surveillance des points critiques HACCP depuis plusieurs années déjà, alors que cette exigence ne sera opposée aux produits marocains à l’export qu’à partir de 2006».
Quant à Samir Tazi, de Fresh Fruts, à Agadir, il souligne que les références exigées par les grandes chaînes ont aidé les producteurs à être en avance. Dès 1995, cette entreprise avait commencé à s’équiper, ce qui lui a permis, entre autres, de respecter la limite maximale de résidus. A ce jour, il n’y a aucun problème à signaler, explique ce producteur .