Une saison estivale courte mais réussie

Elle a débuté tardivement le 20 juillet pour s’achever le 25 août. Tamouda Bay, M’diq et l’Oriental pâtissent encore du manque de restaurants et de structures d’animation. La reprise de l’activité touristique s’est confirmée à Al Hoceima grâce notamment à deux séjours royaux en été.

La saison touristique estivale aura été courte cette année. Elle n’aura commencé qu’à partir du 20 juillet pour s’achever le 25 août, notamment dans la région Nord plébiscitée par les touristes nationaux et les Marocains du monde (MDM) venus célébrer l’Aid Al Adha en famille. La haute saison s’est donc concentrée sur un seul mois. Cela explique la hausse généralisée des prix, les abus dans certains restaurants et la sur-fréquentation. «Nous avons réalisé durant le mois de juillet un taux d’occupation situé entre 50 et 70% malgré des prix d’hébergement divisés par deux. Alors qu’en août, le taux d’occupation est monté à 80% quatre à cinq jours avant la cérémonie d’allégeance organisée au Palais royal de Tétouan. A partir du 13 août, le taux d’occupation a frôlé 100% même si les prix étaient situés entre 2500 et 4000 DH/nuit et par appartement (minimum 4 personnes). Notre clientèle était composée majoritairement de nationaux. Les MDM semblent avoir changé de cap», déclare Khalid Lachiri, directeur du Mnar Castle, appart-hôtel à Tanger situé au Cap Malabata.

Même son de cloche à Tamouda Bay, la baie luxueuse de 24 kilomètres près de M’diq. Pour Noury Saladin, directeur général du Sofitel Tamouda Bay Beach & Spa et des hôtels Mercure Quemado, Mohammed V Al Hoceima et l’hôtel Mercure Rif Nador et vice-président du CRT Tanger-Tétouan- Al Hoceima, le taux d’occupation au Sofitel Tamouda Bay était de 89% en août. «La reprise de la destination Al Hoceima s’est confirmée. Nous avons gagné 12 points par rapport au même mois de 2018. Par contre, le profil du touriste a changé cette année. Nous avons reçu plus de MRE que de touristes locaux à Tamouda Bay et Al Hoceima», commente-t-il. Les MDM boudent-ils Tanger ? L’activité touristique à Al Hoceima a bénéficié cette année du retour des MDM mais aussi de deux séjours de 6 jours chacun du Souverain durant les mois de juillet et août dans la région.

Taux d’occupation en forte hausse à Al Hoceima

A Al Hoceima Bay, établissement de 91 chambres et 21 appartements, le taux de remplissage était de 100%. «Notons que nous avons affiché complet sans effort de promotion commerciale avec des prix situés entre 800 et 1300 DH/nuit selon la période de réservation. Notre clientèle se compose, elle, de 30% de nationaux, 40% de MDM et 30% de Corporate. La nouveauté cette année est l’ouverture des Chiringuito à la plage Sfiha à prix accessibles. Une famille de 4 personnes pouvait passer la journée à 250 DH, parasol et repas compris», dit non sans fierté Abdelmalek Himdi, ex-directeur du Resort ayant quitté en début septembre. Dans la station balnéaire de Saïdia dans l’Oriental, où la capacité litière frôle 6000 lits, la saison estivale était, à son tour, réussie, notamment pour l’hôtellerie. D’après Ibrahim Lamnouar, directeur commercial de l’hôtel Be live Grand Saïdia en formule All inclusive (tout compris), l’hôtel Belive Saïdia (488 chambres et suites) a réalisé un taux d’occupation qui dépasse 90% durant les mois de juillet et août. «Les Marocains représentent 30 à 40% de la clientèle de la saison estivale. Le reste de la clientèle est composé de Portugais et de Tchèques bénéficiant des allotements. Les TO garantissent le remplissage de 60 chambres par semaine pendant 4 mois alors que les Marocains réservent généralement à la dernière minute. Le prix moyen de la saison est de 600 à 700 DH/personne. Mais les nationaux ont payé environ 2000 DH/chambre», précise M. Lamnouar. Si l’hôtel Be live Grand Saïdia ouvre de fin mars à fin octobre, l’hôtel Oasis Atlantico Saidia Palace & Blue Pearl (ouvert l’été 2019) fait le pari de rester ouvert toute l’année.

L’hôtel Oasis Atlantico Saidia Palace Saïdia parie sur plusieurs segments de clients

Gonçalo Ramos, directeur général d’Oasis Atlantico Saidia Palace Saïdia, un établissement de 600 chambres (1228 lits), s’enorgueillit d’une saison estivale excellente. «Nous avons réalisé un taux d’occupation de 96% en août avec une clientèle de Portugais, de Tchèques et de Marocains. Les nationaux représentent 60% de la clientèle ayant réservé via agences et TO marocains à des prix situés entre 1 800 et 2 200 DH/chambre en All inclusive», explique M. Gonçalo. A partir de novembre, l’hôtel passe à la formule BB (Bed & Breakfast) avec la possibilité de demi-pension. «On lorgne les joueurs de golf (Saïdia dispose de deux parcours), l’évènementiel et le marché du tourisme senior à l’international. Il y a énormément de possibilités que nous espérons saisir», dit-il avec optimisme. Néanmoins, le manque d’animation, de restaurants et de mise à niveau de l’arrière-pays, sans omettre l’absence d’un palais des congrès, risque de ralentir les ambitions de M.Gonçalo.

Les visiteurs des villes et des stations balnéaires de la côte méditerranéenne du nord du Royaume ont été surpris d’une hausse vertigineuse des prix des repas dans les restaurants et des consommations dans les cafés et certains hôtels. Des tickets de restaurants de factures astronomiques ont circulé sur les réseaux sociaux à tort ou à raison. En réalité, les prix flambent durant la saison estivale limitée à deux mois dans l’année. Poussés par l’appât du gain, certains professionnels du tourisme et de la restauration essaient donc de réaliser le maximum de chiffre d’affaires dans une période record. Au moment où le contrôle des autorités se fait rare ou nonchalant, les prix continuent d’augmenter chaque année, particulièrement dans la restauration et café. Le sentiment d’arnaque des voyageurs grandit. Cela se traduit par un taux de retour faible vers la destination. Comment y remédier ? «Il faut impérativement allonger la période estivale. Alors que la Costa Del Sol espagnole voisine accueille des touristes de fin mars à début octobre à des prix situés pour Marbella entre 130 et 180 euros/nuit en basse saison et jusqu’à 300 euros en haute saison, nous subissons l’afflux en juillet et août. Le reste de l’année ou moyen, voire faible en hiver», déplore M. Saladin du Sofitel Tamouda Bay. Les Marocains préfèrent aujourd’hui se rendre en Espagne, au Portugal et en Grèce où les prix sont plus ou moins corrects, le choix des attractions touristiques et des restaurants est beaucoup plus riche. Bénéficiant jadis de bon nombre de touristes espagnols, la région nord est aujourd’hui plombée par la congestion de la frontière de Bab Sebta. «Jusqu’aux années 2000, on recevait toute l’année des visiteurs espagnols qui venaient chaque week-end à Marina Smir et Mdiq. On avait 150 abonnés espagnols au spa de l’hôtel et 350 membres du golf de Cabo. Aujourd’hui, plus rien. Même les Marocains qui partent faire leurs emplettes à Sebta préfèrent y passer la nuit pour éviter les files de voitures à la frontière alors que l’hôtellerie du Nord du Maroc est bien meilleure», renchérit la même source. Avec l’arrivée du Ritz Carlton et du Saint Regis à Tamouda Bay, il faudra impérativement créer de l’animation pour attirer et fidéliser les touristes qui arrivent. Une offre meilleure de restaurants (seulement trois de qualité sont ouverts dans la baie) mais aussi d’animation, et de plages privées aménagées est nécessaire. En attendant, en 2018, environ 900 000 Marocains ont visité l’Espagne contre 814 000 Espagnols au Maroc. Les professionnels du tourisme espagnols sont ravis.