La ville ocre vise le top 20 des destinations mondiales du tourisme

Montagnes enneigées, palmeraies à perte de vue, plages atlantiques et vent marin, culture ancestrale, festivals internationaux… Marrakech et Essaouira ont des atouts indéniables qui n’ont pas fini de séduire les touristes du monde entier. En revanche, Safi reste à la traîne à cause d’une vocation portuaire et minière malgré des richesses historiques et naturelles
non négligeables.

Ville locomotive du tourisme marocain avec une capacité de 65 000 lits à fin 2016, Marrakech est particulièrement choyée. 324 vols hebdomadaires (aller-retour) la relient à une cinquantaine de destinations internationales dont un long courrier avec la ville de Doha au Qatar. Cela a joué en sa faveur. Les performances le démontrent. A fin août 2017, la ville affiche un taux d’occupation des établissements hôteliers classés de 52%, en hausse de 6 points par rapport à la même période de 2016. Mais les opérateurs sont loin d’être satisfaits, ils veulent encore plus de liaisons aériennes (bien qu’il y ait de nouvelles dessertes avec les pays de l’Est et la Scandinavie). «Nous avons besoin de 580 vols/semaine pour atteindre un taux d’occupation moyen optimal des établissements hôteliers de 65%», espère Hamid Bentahar, président du CRT de Marrakech-Safi.

L’objectif n’est pas démesuré. Avec sa diversité de produits (MICE, All Inclusive, tourisme haut de gamme et golfique), ses offres de divertissement et d’animation…, Marrakech a les moyens d’offrir à chaque touriste le produit qui lui sied. Cependant, des observateurs considèrent que l’expansion des offres All Inclusive est un facteur de dégradation du prestige de la destination. Hamid Bentahar n’est pas de cet avis. Pour lui, cette formule est un segment parmi d’autres. «Notre objectif est de diversifier les cibles. Nous souhaitons prendre une part de marché dans ce segment, mais aussi cibler les golfeurs, les couples… En tout cas, Marrakech affiche de bons résultats dans le tourisme de loisirs», déclare le président du CRT de la région. Le tourisme interne représente une part non négligeable dans le segment du tourisme de loisirs. Sur les neuf premiers mois de l’année, la clientèle marocaine représente 28% des nuitées et 37% des arrivées à Marrakech. L’objectif de la région est de pousser le tourisme interne jusqu’à 40% des nuitées, à l’instar des grandes destinations matures.

Le tourisme d’affaires, qui compte pour 15% de l’activité de la ville, demeure à son tour en dessous des ambitions du CRT. «Nous avons besoin d’améliorer le taux d’occupation des établissements hôteliers en semaine, qui reste encore en dessous de ce qui est enregistré pendant les week-ends. La construction d’un troisième palais d’exposition et de congrès d’une capacité de 5 000 places nous permettrait d’atteindre cet objectif», ajoute le président du CRT de la région.

Marrakech, première destination africaine

Autre préoccupation du CRT de Marrakech : l’animation et le divertissement. En plus de 400 restaurants classés et loungers, de musées (dernier en date dédié à l’œuvre d’Yves Saint-Laurent ouvert en octobre dernier), de festivals, de centres commerciaux, de pubs et de night-clubs, Marrakech espère développer des offres d’animation pour les plus jeunes et les familles. En plus de Palooza Land (parc thématique dédié à l’univers des dinosaures), elle aspire à attirer de grandes marques dans le volet animation au même titre que l’hôtellerie. Encore faut-il que la demande soit assez mature eu égard à l’envergure de l’investissement nécessaire.

En tout cas, on espère que l’arrivée de grandes signatures dans le divertissement pourrait produire le même effet que celle des grandes marques internationales de l’hôtellerie qui ont permis d’attirer une clientèle haut de gamme, devenue fidèle à la destination et qui a surtout contribué à rehausser l’aura de la ville au niveau international.

En attendant, l’offre hôtelière est amenée à se développer, même si beaucoup de patrons d’établissements parlent de surcapacité. Mais selon M. Bentahar, «Marrakech n’est pas en surcapacité litière. Elle a besoin de plus de moyens pour la commercialisation. Il est nécessaire de renforcer les dessertes aériennes pour attirer d’autres segments de clientèle et ainsi franchir un nouveau cap. Marrakech est classée première destination touristique africaine. Mais l’ambition est de figurer dans le top 20 mondial», ambitionne le directeur du CRT de la ville.

La station Mogador redimensionnée

Essaouira, l’autre ville touristique de la région, tout aussi importante en termes de potentiel culturel, naturel et pittoresque, ne manque pas d’intérêt. En cette fin du mois d’octobre, Mogador (de son nom portugais) a accueilli le festival des andalousies atlantiques qui met en avant la tolérance et la culture commune de la cité mélange entre juive, musulmane et chrétienne. L’engouement pour ce festival, initié par André Azoulay, président fondateur de l’association Essaouira-Mogador, est incommensurable. La ville accueille également le festival du jazz sous l’arganier ou encore le printemps musical des alizés et le festival Gnaoua.

A côté de cette vocation culturelle, Essaouira attire les visiteurs en quête d’authenticité, de dépaysement et de sports nautiques. La ville a même été classée par le guide «Best in Travel 2018» 6e destination mondiale offrant le meilleur rapport qualité/prix. C’est une consécration pour la cité dont la Médina a été inscrite au patrimoine mondial de l’Unesco. «Essaouira a un cachet particulier. On y prône un tourisme de qualité éloigné des formules All Inclusive qui génèrent des masses de visiteurs», commente Redwane Khanne, président du Conseil provincial du tourisme et président du Conseil d’administration de l’association Essaouira-Mogador.

Exit donc les 8 000 lits annoncés, il y a quelques années, dans la station Mogador. «Aujourd’hui, le projet est redimensionné. Seul un hôtel d’une capacité de 150 lits y est ouvert depuis 2011, avec un golf 18 trous ; un 2e en cours d’achèvement», dit M. Khanne.

Malgré tout, cette ville considérée comme city Break pour la clientèle de Marrakech, s’impose comme destination à part entière dans la région. Ses 6 000 lits, dont 1 713 (fin 2016) pour les maisons d’hôtes et 1 074 pour les hôtels une étoile, lui confèrent une taille humaine.

En dépit d’une offre informelle, source d’évasion fiscale et de dégradation de l’image de la destination, les autorités ne désespèrent pas d’améliorer les performances. A fin août, le taux d’occupation a fait un bond de 3 points par rapport à la même période de 2016 pour atteindre 34%.

Pour M. Khanne, la destination a également besoin de diversifier son offre et d’une couverture aérienne plus dense. «Nous orientons désormais les investisseurs vers des projets d’animation et de divertissement. D’ailleurs, pour mettre en évidence la dimension atlantique de la ville, nous sommes en train de réaliser un projet d’aquarium avec la Rochelle», précise-t-il.

Au volet aérien, Essaouira est reliée directement à Londres, Paris, Lyon et Charleroi à raison de 2 à 3 vols hebdomadaires. D’autres lignes vers l’Allemagne, les pays de l’Est et la Grande-Bretagne sont attendues. Au niveau intérieur, Royal Air Maroc effectue trois liaisons hebdomadaires à partir de Casablanca.

Safi : une vocation touristique à développer

Pour sa part, Safi est connue pour être une ville minière et portuaire sans vocation touristique. «Mais le nouveau découpage régional nous impose une vocation touristique. Par conséquent, nous sensibilisons les élus locaux et les décideurs safiotes à l’importance du développement du tourisme pour la ville», explique Mohamed Memlouk, délégué provincial du tourisme de Safi. Tout reste à faire dans ce domaine. Malgré ses 150 km de plages où 4 sont aménagées et labellisées pavillon bleu, une capacité litière de 1 000 lits, des monuments historiques portugais (dont Qasr Al Bahr qui a perdu un tiers de sa superficie emportée par la mer), l’activité touristique ne décolle pas. Les problèmes des faux guides (que le ministère espère former), du manque d’animation, de propreté et de signalétique persistent. Pourtant, Safi est parmi les villes offrant les 4 meilleurs ports de croisières au Maroc. Cet avantage attend toujours d’être mis en valeur. Idem pour l’offre balnéaire. Une station balnéaire (UrbaGolf) devait être développée par des investisseurs espagnols au niveau de la plage de Souiria, à 30 km du centre, mais «après une étude d’impact sur l’environnement et suite à la crise économique de 2008, le projet a été délaissé», déplore M. Memlouk.

La priorité semble avoir été donnée -c’est tout aussi important pour le rayonnement de la ville- au gigantesque complexe portuaire destiné aux secteurs de l’énergie et de l’industrie chimique. Le tourisme attendra, peut être pas pour longtemps compte tenu des effets d’entraînement sur le reste de l’économie locale que peuvent produire les gros investissements industriels. C’est ce qu’espèrent les opérateurs.