La Station de Tamuda Bay lorgne les touristes haut de gamme

La station n’abrite que trois hôtels de luxe, en attendant l’ouverture du Ritz Carlton et du Saint Regis à l’horizon 2021. La rareté de l’offre de restaurants et d’animation réduit l’attractivité de la région malgré ses atouts naturels.

Etalée sur plus de 24 kilomètres le long de la Méditerranée, de Cabo Negro à Fnideq et entrecoupée de trois marinas, M’diq, Kabila et Marina Smir, la luxueuse station de Tamuda Bay aspire à une meilleure notoriété. Elle n’abrite pour le moment que trois hôtels, le Sofitel Tamuda Bay Beach & Spa (82 chambres, 17 suites et 5 villas), le Marina Smir hôtel & Spa (119 chambres et suites) et le Banyan Tree (92 villas), en attendant l’arrivée du Ritz Carlton en 2020 et de Saint Regis en 2021.

Comme certaines de ses consœurs au nord-est du Royaume, la station pâtit d’une saisonnalité chronique. «La très haute saison touristique débute fin juin et s’achève début septembre. On y réalise un taux d’occupation de 97%. La moyenne saison s’étale de mai à mi-octobre où le taux d’occupation moyen de l’hôtel frôle 60%. Durant la basse saison de novembre à avril, le taux de remplissage moyen est de 45%. Sur l’année, la clientèle du Sofitel Tamuda Bay est à 75% nationale. En été, celle-ci monte à 90%», déclare Noury Saladin, directeur général du Sofitel Tamuda Bay Beach & Spa et vice-président du CRT de la région Tanger-Tétouan-Al Hoceima et du CPT de la station. Et pour cause, la région reste très mal desservie par les compagnies aériennes, en plus d’une animation limitée à une portion congrue.

Faible connectivité aérienne

On observe toutefois quelques améliorations sur le plan aérien. Depuis avril, l’aéroport Sania Ramel de Tétouan, le plus proche de la station, est en effet relié à Malaga par un vol direct opéré par Ryanair. Il a été réalisé grâce à l’accompagnement de l’ONMT et du CRT de la région Tanger-Tétouan-Al Hoceima. «Grâce à ce vol, nous avons doublé le nombre de touristes espagnols qui visitent la région. Mais elle demeure une clientèle low-cost attirée par l’histoire de la ville, l’arrière-pays et les plages avoisinantes», commente M. Saladin. Ce vol vient s’ajouter aux liaisons Tétouan-Casablanca, effectué deux fois par semaine, et Tétouan-Liège (Belgique), en période estivale.

Pour rompre avec la saisonnalité, le vice-président du CRT de la région se tourne vers la clientèle locale issue de Casablanca et de Rabat d’autant plus que le prix en haute saison est de 4500 DH/chambre double et descend jusqu’à 2000 DH en basse saison. «Avec l’arrivée d’Al Boraq, nous comptons lancer une offre promotionnelle pour la clientèle de Rabat. Nous proposons d’ailleurs la navette entre Tanger et M’diq. Nous nous intéressons également à la clientèle corporate B to C par le biais de packages séminaires qui incluent l’expérience du train LGV Al Boraq», ajoute M. Saladin. Le marché espagnol, notamment à partir de Barcelone et de Madrid, intéresse également les promoteurs de la station.

Une offre d’animations à améliorer dans la station

«Nous travaillons avec le bureau de vente espagnol. Nous essayons également de nous appuyer sur l’aéroport de Tanger qui reçoit 40 vols par semaine en basse saison. Notre bureau de vente à Paris nous procure également beaucoup de visibilité. En tout cas, les Français restent notre première clientèle étrangère suivie des Espagnols, des Saoudiens et enfin des Anglais, Allemands et Hollandais. Nous recevons également de plus en plus de clients chinois en partance vers Chefchaouen qui en a reçu 18 000 en 2018, notamment à travers le circuit Angleterre-Espagne-Tanger Med-Chaouen», déclare le directeur de l’hôtel géré par AccorHotels.

A propos de l’animation, la station ne fait pas le poids face à la Costa Del Sol voisine. A titre d’exemple, seulement cinq restaurants classés sont ouverts pendant la saison estivale. La situation aurait pu s’améliorer si l’arrière-pays, dans un rayon de 1h à 1h30 de Belyounech à Akchour, les produits du terroir, la culture andalouse à Chaouen et Tétouan avaient été beaucoup plus mis en valeur. Un autre atout, les activités nautiques de la baie de Tamuda, accessibles depuis Marina Smir sont 50% moins chères qu’en Espagne et en Italie.

Pour le reste, un grand mall type outlet est en projet à Martil. Ce n’est pas suffisant pour rivaliser avec le sud de l’Espagne, mais il est possible de mieux faire. Encore faut-il attirer plus d’investisseurs et faciliter les procédures administratives.

Située à 28 km de M’diq et à 7 km de l’enclave espagnole de Sebta, Belyounech est accessible par voie express. Elle se trouve exactement entre Fnideq et Ksar Sghir bordée des deux côtés par quatre ports : Sebta, Tarifa, Gibraltar et Ksar Sghir. Cette région perchée sur les premiers contreforts du Rif jouit de criques bien que difficilement accessibles. Le paysage est d’une beauté époustouflante et la nature y est encore vierge. Du brouillard et des vents couvrent habituellement la région. Pour le randonneur aguerri, le printemps et l’été restent des périodes idéales pour découvrir la zone. On peut y apercevoir le fameux îlot Persil ou îlot de Leila – nom marocain- et un spectacle de goélands à couper le souffle. Seul bémol, Belyounech souffre de problèmes d’accessibilité, d’absence de signalétique. «Les douars situés dans l’arrière-pays sont, à leur tour, difficiles à atteindre sauf en 4X4. Lorsque nous faisons venir des touristes pour un programme de trois jours, on est obligé de les héberger en ville à cause de l’inexistence de gîtes, de refuges et de campings dont les autorisations sont difficiles à obtenir. Et pour cause, tout est centralisé à Rabat. Des campagnes de promotion sont tout aussi nécessaires pour attirer des touristes en continu», déclare un guide de la région installé à M’diq.