Bilan médiocre du secteur du tourisme entre 2000 et 2015 selon le Comex

Si les hôtels classés de Marrakech et Casablanca ont bénéficié d’une croissance de nuitées, les ETS de Fès, Ouarzazate et Agadir ont connu une érosion du nombre de nuitée. Pour sa part, le taux d’occupation national a chuté de 52% en 2006 à environ 40% en 2015. Le Comité des experts recommande toujours l’orientation vers le tourisme balnéaire.

Durant la conférence de présentation des résultats du bilan du tourisme organisée mardi 18 septembre au Sofitel de Casablanca, Amyn Alami, co-fondateur de la banque d’affaires CFG et membre du comité des experts (Comex) a dévoilé devant un parterre de journalistes et de professionnels du tourisme, chiffres à l’appui, les performances du secteur entre 2000 et 2015. «Il faut oublier la vision 2020 et élaborer une nouvelle vision 2030 plus réaliste», a-t-il clamé haut et fort. C’est en effet l’objectif inavoué du Comex qui épingle les failles de la vision 2010 et reconnaît l’atteinte de deux objectifs seulement: la capacité litière (136.000 lits supplémentaires) et les recettes de voyages. En termes d’arrivées de touristes, le Maroc n’a reçu que 5,2 millions de touristes étrangers face à un objectif affiché de 10 millions de TES. En terme de nuitées, le Maroc a gagné 1,2 millions de nuitées supplémentaires déclarées en 15 ans. Marrakech, Casablanca, Essaouira, Oujda-Saidia et El Jadida sont gagnantes. Par contre, Fès a perdu 119.000 nuitées, Agadir (198.000) et Ouarzazate (300 000) à cause notamment du recul des circuits touristiques durant la période 2000-2015.

Beaucoup plus de capacité créée que de nuitées réalisées

«Au même moment, nous avons construit 136.000 lits supplémentaires. On est en surcapacité», déclare M. Alami. La capacité litière de Marrakech a atteint 70.000 lits, une capacité multipliée par 3,8 en 15 ans (croissance de 9,3%/an). Agadir a fait moins bien. Mais la station a pu multiplier par 1,8 son nombre de lits pour atteindre 30.000 (croissance de 3,9%/an). Cependant, 32% des capacités hôtelières classées sont considérées non opérationnelles en 2015. Ce qui nécessite très probablement des rénovations ou réouvertures. En tout cas, face à cette euphorie d’investissement hôtelier, le taux d’occupation national a chuté allant de 52% en 2006 à environ 40% en 2015. A Marrakech, le taux d’occupation est passé de 67% à 50%. A Agadir, la chute a été plus marquée passant de 69 à 49%. Le réseau aérien s’est certes densifié grâce à l’Open Sky (1643 vols dont 83% nationaux (estimation du Comex)). Les rotations nationales ont elles baissé de 21%. En outre, la compagnie nationale a perdu de son hégémonie dans les autres aéroports nationaux (à part Mohamed V à Casablanca où elle caracole en tête avec 68% de part de marché). A Rabat, sa part de marché est de 29%, à Marrakech (5%), Fès (5% également) et Agadir (1%), selon le Comex. A en croire M. Alami, les compagnies aériennes internationales contrôlent le ciel à hauteur de 72% à Marrakech, 81% à Agadir, 100% à Essaouira et Oujda, 90% à Nador, 86% à Fès 80% à Tanger et 45% à Rabat . Face à ces maigres performances, le Comex recommande un doublement des capacités de la RAM grâce au renforcement de la mise de l’Etat. Au regard de l’offre touristique, le Comex conseille une concentration sur l’offre balnéaire avec des petites stations entre Agadir et Essaouira et une grande station au sud du royaume et enfin des études de marché laborieuses. Avec quels moyens? Le Comex nous le dira peut-être.