Tourisme : Une reprise en trompe l’œil ?

Les indicateurs du secteur plaident pour un redressement de la situation. Le taux de récupération est estimé inférieur de 40% par rapport à 2019. La reprise effective est conditionnée par la levée de l’obligation de présenter un test PCR négatif à l’entrée au pays.

Tous les ingrédients, ou presque, sont présents pour une reprise effective du secteur touristique. D’ailleurs, plusieurs indicateurs plaident pour une bonne tenue du secteur et ce, depuis la réouverture des frontières aériennes. En effet, le volume du trafic commercial a atteint 2,2 millions de passagers du 7 février à fin mars, et 28 404 vols, hissant ainsi le taux de récupération à 65% pour les passagers et 75% pour les mouvements aéroportuaires. Notons tout de même que sur les 26 aéroports ouverts à la circulation aérienne, à peine 17 d’entre eux sont desservis depuis la réouverture du ciel aérien.

L’office national des aéroports prévoit un taux moyen prévisionnel de récupération du trafic passagers des aéroports du Maroc de 75%, par rapport à 2019. Il dépasserait les 100% pour plusieurs aéroports (Aéroports de Tanger et de Nador : 104%, Aéroport d’Al Hoceima : 106%, Aéroport d’Oujda: 108%, Aéroport de Tétouan : 537%). Concernant la connectivité, la saison d’été 2022 sera marquée par la création de 48 nouvelles lignes, à savoir 2 à l’aéroport MohammedV, 12 à Marrakech, 11 à Agadir et 9 au niveau de l’aéroport de Nador. A côté, 48 routes aériennes pour plusieurs aéroports seront mises en place (Aéroport Mohammed V : Al Manama et Koweït city. Aéroport de Tanger : Rome et Londres-Stansted. Aéroport de Oujda : Barcelone, Séville, Montpelier et Nantes…).

De leur côté, les recettes voyages se sont établies à 9,7 milliards de DH au 1er trimestre, en accroissement de 79,6% par rapport à la même période en 2021. Néanmoins, ces recettes accusent une baisse de 43,6% par rapport au 1er trimestre de l’année 2020, avant le 1er confinement. C’est dire que tout est bon pour repartir sur une bonne base. Reste une seule variante qui n’est pas du ressort des opérateurs touristiques. Il s’agit de la levée de la restriction de présenter un test PCR au niveau des aéroports et des ports marocains. «La demande pour la destination Maroc est bien manifestée, mais le bât blesse au niveau du taux de sa reconversion sur le terrain. Avec cette exigence du passeport vaccinal en plus d’un test anti-Covid, nous ne faisons que faciliter la tâche aux destinations concurrentes au Maroc», se désole Hamid Bentahar, président de la CNT. Chaque jour qui passe représente des pertes en plus. Le constat s’impose sérieusement quand on sait que l’impact de cette décision, toujours d’actualité, pourrait s’étendre sur les 12 mois à venir. Pour cause, les touristes étrangers réservent leur destination 6 mois jusqu’à 1 an à l’avance.

En dépit de cela, la reprise de l’activité est visible, aux dires des opérateurs contactés. Sauf que le taux de récupération est nettement inférieur à celui enregistré en 2019 ; une baisse atteignant 40%. Autre constat : cette reprise est redevable principalement à la clientèle locale, sur certaines destinations, comme celles de l’Oriental. Quentin Bourru, General manager de Radisson Blue Resort & Residences à Al Hoceima, explique que ce redressement de l’activité n’est pas forcément corrélé à l’amélioration des conditions sanitaires mais plutôt à la saison même, qui est connue par l’arrivée de touristes nationaux. «Tout le travail qui aurait dû être réalisé bien avant l’hiver n’a pas été fait. Nous aurions pu conclure des contrats avec des tours-opérateurs de l’Europe du Sud et de l’Est si cette restriction avait été levée», indique M.Bourru. Il faut dire aussi que cette région n’est pas choyée au niveau de la desserte aérienne. «Avec par exemple un vol par semaine depuis la Belgique, l’aéroport d’Al Hoceima n’a pas cette dimension internationale requise pour séduire les étrangers», ajoute M.Bourru. En tout cas, notre source estime que le taux d’occupation actuel se situe entre 15 et 20% et pourrait atteindre les 70%, à partir de juin.

Cette situation de reprise mitigée est d’autant plus visible par la poursuite de la fermeture de certains établissements hôteliers et des Riads, qui préfèrent attendre un allègement total des restrictions sanitaires pour prétendre à un retour normal de l’activité plutôt que de rouvrir et se trouver face à l’incapacité de couvrir leurs charges. Ceci touche plusieurs villes, dont Agadir qui affiche un taux d’occupation variant entre 10% pour certains établissements et 30% pour d’autres. «Bien qu’il y ait eu une bonne affluence des touristes en cette période qui coïncide avec les fêtes de Pâques et de Pessah, cela n’a pas été suffisant pour remplir toute la capacité litière d’Agadir. La vitesse de croisière n’a pas encore été atteinte», signale Rachid Dahmaz, président du CRT d’Agadir. Ce dernier prévoit un taux d’occupation de 90% pendant la saison estivale, réalisé essentiellement par les locaux, sachant que le marché national constitue 40% de la production nationale. Ce qui manque est lié surtout aux vols charters, quand bien même les produits balnéaires seraient présents pour la destination d’Agadir et ses environs. «Actuellement, nous devons nous préparer pour la saison d’hiver qui continue d’attirer les touristes. Cela reste conditionné par la levée de l’obligation de disposer d’un test PCR qui ralentit cette relance touristique», conclut M.Dahmaz.