Tourisme : « moins » pire qu’en janvier dernier mais la baisse reste inquiétante

A fin février dernier les arrivées étaient en baisse de 7% et les nuitées reculaient de 12%. Le taux d’occupation des hôtels n’excède pas 34%. Les arrivées par voie maritime en hausse, celles par voie aérienne en baisse.

Les perspectives de l’année 2012 continuent d’être préoccupantes pour les professionnels du tourisme et le ministère de tutelle. En effet, après un mois de janvier catastrophique au terme duquel les arrivées ont chuté de 9% et les nuitées de 17%, le bilan, un mois après, n’incite pas à l’optimisme : à fin février 2012, les arrivées aux frontières, par rapport aux deux premiers mois de 2011, ont enregistré, d’après les statistiques publiées par l’Observatoire du tourisme, une baisse de 7%.

Le nombre de nuitées dans les établissements d’hébergement classés a également reculé de 12% pendant que le taux d’occupation global s’établissait à 34%. Pour ne pas tomber dans le catastrophisme, et sachant que l’année 2011 a démarré sur de bonnes perspectives (hausse jusqu’à fin avril) avant d’être affecté par les effets de l’attentat du café Argana à Marrakech et les effets du printemps arabe, on signale que le nombre d’arrivées aux frontières à fin février 2012 est en hausse de 5% par rapport à la même période d’il y a 2 ans. Par contre, les nuitées sont, elles, en stagnation.

Les chiffres officiels à fin mars ne sont pas encore disponibles, mais il apparaît, selon des acteurs du secteur joints au téléphone par La Vie éco, qu’au meilleur des cas, la destination connaîtrait une stabilisation des arrivées par rapport au même mois d’il y a un an. Bref, le retour à la croissance, ou même à la stabilisation seulement, n’est pas encore gagné, et ce, malgré une meilleure affluence au cours de ce mois d’avril à Marrakech et Agadir, les deux premières destinations touristiques du pays, en raison des vacances scolaires en France et au Maroc.

En d’autres termes, il est clair que l’année 2012 ne sera pas bonne, mais certains signes montrent que le Royaume connaît un regain d’intérêt chez certains tour-opérateurs européens qui ont recommencé à le programmer, mais prudemment, après une période d’abstention due aux tensions politiques dans les pays arabes. Et le temps presse, car il reste à capitaliser sur les mois de mai, juin et les premières semaines de juillet pour sauver l’année, avant le mois de Ramadan qui arrive en plein été.

Le marché intérieur prend du poids

D’où la nécessité, maintes fois affirmée, d’intensifier la promotion, mais aussi, il faut le dire, d’harmoniser la communication officielle sur le secteur, laquelle part dans tous les sens, comme en témoignent certaines déclarations récentes de membres du gouvernement qui ont suscité des réactions très vives de la part de la Fédération nationale du tourisme (FNT) et des professionnels d’une manière générale. «Il ne sert à rien de dire qu’il faut augmenter le budget de promotion tout en se tirant  une balle dans le pied en faisant des déclarations non réfléchies et en prônant des mesures qui sanctionnent la destination», déclare un acteur du secteur.

Une meilleure politique de communication doit donc être menée sur tous les marchés, principalement sur les principaux émetteurs qui sont pratiquement tous en baisse. A commencer par la France dont les arrivées au terme des deux premiers mois de l’année reculent de 9%. Le marché italien a connu un repli de 26% et l’espagnol de 2%, alors que les marchés belge et hollandais enregistrent un recul de 4%.

Fait significatif : la baisse des arrivées par voie aérienne aux postes frontières qui ont enregistré globalement une décrue de 13% durant cette période, s’est plus accentuée dans les aéroports de Marrakech (-17%) et Agadir (-20%). L’aéroport Mohammed V de Casablanca a, quant à lui, perdu 10% de ses arrivées. En revanche, les arrivées par voies maritime et terrestre, donc principalement par le Nord, ont enregistré des hausses respectives de 15% et 5%.

Ces évolutions orientent forcément celles des nuitées dans ces destinations. A Marrakech et à Agadir, elles ont baissé de 14% et 20% par rapport aux deux premiers mois de 2011 qui, rappelons-le, étaient exceptionnels. Casablanca a affiché un recul de 3% et Fès 15%. Dans le même temps, Ouarzazate qui broie du noir depuis plusieurs années enregistre une chute de 35%.
Tanger est l’une des rares destinations à donner satisfaction sur cet indicateur qui s’est amélioré de 12%, ce qui ne peut s’expliquer uniquement par les arrivées par voie maritime et terrestre. L’inauguration officielle de l’usine Renault y a beaucoup contribué.

Cette baisse quasi générale des nuitées est à imputer aux marchés français et allemand avec une chute de 15% chacun. Moins prononcée sur le marché espagnol, la contraction est de 11%.
Les nuitées des touristes arabes, en progression de 7%, sont encore insuffisantes pour amortir le choc. Soulignons dans le même sens que la part des nationaux est de plus en plus importante avec aujourd’hui 28%. En dépit de cette conjoncture somme toute difficile, les entrées de devises ont connu une hausse de 4%, s’établissant à 8 milliards de DH au terme des deux premiers mois.