Tourisme : Marrakech en grande difficulté, mais l’Etat ne prévoit pas de plan de promotion dans l’immédiat

L’été se présente plutôt mal. Certains hôtels profitent du creux pour fermer ou faire des travaux. Selon l’ONMT, il n’y aura pas de campagne de promotion à  l’étranger avant septembre.

Les professionnels du tourisme s’attendent à des mois difficiles. Déjà, le mois de mai est déclaré mauvais par une majorité  d’entre eux, avant même que les statistiques officielles ne soient publiées, et la situation se complique en raison du manque de visibilité pour l’été. Aujourd’hui, le secteur est pris en tenaille entre la raréfaction de la demande dans les marchés émetteurs et la baisse de la consommation intérieure. Cette situation est inédite dans la mesure où, jusqu’à présent, les hôteliers se rabattaient traditionnellement sur les nationaux pour atténuer la défection des touristes étrangers -il y a eu plusieurs chocs qui ont été amortis depuis plus d’une dizaine d’années, même si cette catégorie ne suscite pas encore l’intérêt qu’elle mérite dans les plans des professionnels, mais aussi du gouvernement. Pour s’en convaincre, il  suffit d’évaluer l’avancement des chantiers destinés au tourisme intérieur dans la Vision 2010. Tous ces facteurs font qu’on perçoit des signes annonciateurs d’un repli des arrivées touristiques qu’on a réussi à contenir jusqu’au mois d’avril (voir page 18). La contraction de la demande extérieure, explique Fouzi Zemrani, patron de Z Tours, s’accompagne d’une pression à la baisse sur les tarifs que le voyagiste est obligé de répercuter sur les autres maillons de la chaîne (hôteliers, restaurateurs et d’autres prestataires de services).

Promotion : l’exemple tunisien a tempéré les ardeurs des professionnels locaux

Il faut se rendre à l’évidence, affirme Jean-Jacques Bouchet, DG de Fram Maroc,  que «nous avons fait une croix sur l’été, et ce n’est ni la faute des touristes ni celles des TO, mais de la sinistrose qui sévit en France et dans d’autres pays européens». M. Bouchet rappelle par la même occasion que, depuis un an au moins, les TO ne peuvent même plus compter sur les ventes de dernière minute qui permettaient parfois de sauver les meubles. Du reste, le patron de Fram est tellement convaincu que l’été ne sera pas bon qu’il a décidé de fermer pour rénovation un de ses hôtels à Marrakech afin de préparer la rentrée de septembre. Et ce n’est pas un cas isolé dans la ville ocre. D’autres hôtels sont fermés pour les mêmes raisons et certains sont en train de réduire leur personnel, non pas en licenciant, mais en accordant des congés sans solde ou des jours de récupération.
Pour garder leur effectif, des établissements de plus petites tailles vont même jusqu’à mutualiser une partie de leurs salariés à l’occasion d’une grosse opération nécessitant le recours à des occasionnels.
Ce diagnostic est confirmé par Hamid Addou, le DG de l’Office national marocain du tourisme (ONMT) qui rappelle que les quatre premiers mois de l’année ont été globalement bons malgré la conjoncture difficile, puisqu’ils se sont soldés par une croissance à deux chiffres en terme d’arrivées. Mais, poursuit M. Addou, «l’attentat de la place Jamaa Lafna nous a fait beaucoup de mal, et il est certain qu’au cours des mois de juin, juillet et août, nous allons assister à un recul».
Maintenant, les avis divergent sur les moyens de remédier à cette situation. Certains professionnels réclament un soutien de la part des pouvoirs publics aux entreprises touristiques, sous forme d’allègement de charges sociales ou de report du paiement de certains impôts. D’autres demandent une intensification de la promotion dans les pays émetteurs. Sauf que, dans l’état actuel des choses, ce genre d’actions de soutien n’est pas possible. En effet, d’une part, l’état des finances publiques ne permet pas au gouvernement d’aider un secteur, même pourvoyeur de devises, en lui accordant des avantages d’une manière ou d’une autre. D’autre part, selon de nombreux professionnels mêmes, injecter de l’argent dans la promotion ne servirait à rien dans la conjoncture politique actuelle. Le cas de la Tunisie est à cet égard instructif : la récente campagne de promotion plutôt sympathique dans les pays émetteurs n’a eu aucun effet sur la décision des touristes de retourner rapidement en Tunisie, de l’aveu même du président de la Fédération des agences de voyages tunisiennes. Celui-ci a estimé, en effet, lors d’une conférence de presse tenue récemment, que «les réservations pour l’été sont en baisse de 50 à 60%». Ainsi, les autorités marocaines ont clairement signifié aux professionnels qu’il n’y aura pas de campagne de promotion pour le tourisme au niveau des marchés émetteurs avant septembre prochain, échéance à laquelle est prévue une campagne ajustée à la conjoncture qui prévaudra. En revanche, il est prévu une campagne active pour le tourisme interne, en été,  dans les villes, précise le DG de l’ONMT,  «où les professionnels seraient partie prenante pour s’impliquer en faisant des offres aux nationaux».