Tourisme : l’hébergement informel fait toujours de la résistance

L’opération nationale de régularisation n’a pas donné les résultats escomptés, mais quelques villes touristiques poursuivent le travail. A Marrakech, près de 280 maisons d’hôtes sont sorties de l’informel depuis 2015. Les résultats sont faibles à Rabat et Fès. Des pourparlers sont en cours entre l’Exécutif et Airbnb pour régler le problème du parc locatif des particuliers.

L’informel dans l’hôtellerie et l’hébergement donne encore du fil à retordre aux professionnels du tourisme, mais aussi au ministère de tutelle. Evasion fiscale, non-respect des normes sanitaires et d’hygiène, rabattage des clients, non-paiement des charges sociales des salariés…, cette activité brouille l’image de tout un secteur. Pouvoirs publics et associations professionnelles tentent vaille que vaille d’y remédier. La campagne de régularisation a démarré en 2012 après la publication d’une circulaire conjointe des ministères de l’intérieur et du tourisme visant à régulariser la situation des unités d’hébergement non classées. Mais l’opération menée par les délégations du tourisme n’avait pas donné les résultats escomptés. Elle a même été stoppée en 2014 par des sit-in organisés dans plusieurs villes par les propriétaires visés. La situation arrêtée au 14 janvier 2013 (derniers chiffres nationaux disponibles) fait état du recensement de 2 250 établissements correspondant à 46 000 lits, dont 1 207 établissements ont fait l’objet d’une première visite. Sur 338 établissements classables immédiatement et 543 classables moyennant des délais, seuls 275 avaient déposé des demandes de régularisation.

Plusieurs acteurs mobilisés

En dépit des résistances, certaines délégations du tourisme ont continué les opérations de recensement et de régularisation. Il en est ainsi de celle de Marrakech. Depuis 2015 et jusqu’à ce jour, une commission composée de représentants de la délégation du tourisme, de la wilaya, des services d’hygiène, de la protection civile et de différentes associations a pu visiter plus de 590 établissements. A ce jour, 280 maisons d’hôtes ont été classées, 74 ont été déclarées à usage familial par leurs propriétaires, 43 ne répondent pas aux exigences de régularisation et le reste est en cours de traitement. «Nous avons commencé par la Médina de Marrakech qui concentre le plus grand nombre de maisons d’hôtes non classées. Nous avons également recensé les appartements qui malheureusement ne peuvent être régularisés car ne faisant pas partie des hébergements touristiques», déclare Fadoua Chbani Idrissi, déléguée du tourisme de Marrakech. Au même moment, des visites ont été programmées en collaboration avec l’autorité locale, pour s’assurer que les unités fermées et celles déclarées à usage familial ne reçoivent pas de clients. «Cette démarche menée à Marrakech est généralisée aux différentes régions présentant les mêmes problématiques. L’objectif est d’uniformiser les mesures entreprises», explique une source au ministère du tourisme, du transport aérien, de l’artisanat et de l’économie sociale. Toujours d’après le ministère de tutelle, 22 établissements d’une capacité totale de 121 chambres et 24 suites ont été régularisés à Fès. A Rabat, seules six unités se sont conformées à la loi et sept s’y préparent.
Situation compliquée avec Airbnb

Mais aujourd’hui, la menace pour l’Etat et les établissements hôteliers classés vient des sites de réservation en ligne. C’est pour prendre en main ce problème qu’une délégation du ministère du tourisme, du transport aérien, de l’artisanat et de l’économie sociale s’est réunie avec les représentants de Booking.com et d’Airbnb durant l’été 2017. «Ces actions de sensibilisation ont pour objectif d’inciter l’ensemble des acteurs interférant en amont et en aval de toute activité d’hébergement touristique à se conformer à la loi 61.00 portant statut des établissements touristiques», déclare notre source au ministère. En d’autres termes, le ministère voulait pousser les sites à ne pas commercialiser des nuitées dans des établissements non classés. D’après la délégation du tourisme de Marrakech, le site de réservation en ligne Booking.com ne commercialise plus aucun établissement non classé au Maroc. Sa méthode : verrouiller en amont en délivrant un identifiant unique de classement (IUC). «La majorité des établissements disposent de cet IUC qui permet d’accéder à la vente à travers Booking.com», explique Fadoua Chbani Idrissi. Et pour plus d’efficacité, le ministère a même demandé à collaborer avec les plateformes pour un échange et un recoupement des données. Le but est d’identifier les unités d’hébergement non classées. En second lieu, il a été convenu de choisir des unités non classées de la plateforme et les accompagner pour qu’elles puissent exercer légalement.

Le ministère de tutelle profite donc de la présence des plateformes de commercialisation pour poursuivre cette démarche de reclassement. Mais le problème semble plus compliqué avec la plateforme communautaire de location et de réservation de logements de particuliers Airbnb. «Les discussions sont en cours entre les représentants du ministère et ceux de la plateforme américaine pour instaurer une démarche adéquate (différente de celle enclenchée avec Booking) et installer des outils de verrouillage. Mais l’idée est au stade embryonnaire», poursuit Mme Chbani Idrissi. Le ministère veut surtout prévenir le client qui opte pour Airbnb qu’il achète un hébergement non classé.