Tourisme : les hôteliers divisés sur l’issue de l’année

Les arrivées continuent de progresser en dépit d’une situation économique et politique internationale perturbée. Un sondage réalisé en France auprès des distributeurs révèle que le Maroc est bien demandé.

En dépit de la crise internationale et des tensions politiques dans le monde arabe, le secteur touristique fait preuve d’une grande capacité de résistance. A la lumière des statistiques des neuf premiers mois de l’année que le ministère du tourisme vient de publier en prenant soin d’y noyer, pour la troisième année consécutive, les chiffres du mois d’août, très mauvais, comme chacun sait, en raison de Ramadan, la situation n’est pas aussi catastrophique qu’on pouvait le penser. Le nombre d’arrivées de touristes aux postes frontières a atteint 7,3 millions, soit une progression de 2% (+3% pour les touristes étrangers et +1% pour les MRE) par rapport à la même période de 2010. Les nuitées ont en revanche fléchi de 4,5%, s’établissant à 13,164 millions contre 13,8 millions (voir encadré). Les dégâts sont donc limités, et des signes annonciateurs pourraient inciter à l’optimisme sur le reste de l’année. D’après un sondage réalisé entre le 12 et le 20 octobre par le journal en ligne l’Echo Touristique auprès des distributeurs en France, les commandes pour les vacances de la Toussaint ont baissé substantiellement par rapport à l’année dernière chez la quasi-totalité des agences. Malgré tout, le Maroc «se vend bien»,  contrairement à la Tunisie et à l’Egypte. «Le Royaume chérifien, peut-on lire, tient toujours lieu de destination de repli, face à une Tunisie qui souffre».

Marrakech se plaint de l’insuffisance des dessertes aériennes

Un tel constat fait dans un des principaux pays émetteurs est rassurant. Mais les avis des opérateurs locaux sur l’évolution du marché sont très divergents. A Marrakech, par exemple, les uns affirment  que les affaires reprennent, même si le rythme est lent. Cette catégorie explique que la ville ocre devrait s’en sortir grâce à un tourisme de groupe et aux nationaux dont un bon nombre choisit d’y passer l’Aïd Al Adha. En effet, des hôtels de Marrakech, à l’instar de ceux d’autres villes, proposent déjà depuis plusieurs jours des formules pour l’Aïd à des prix alléchants, entre 300 et 400 DH pour un 4* et entre 600 et 750 DH pour un 5*. Certes, les hôtels n’affichent pas tous complets, mais ceux qui bougent arrivent à avoir de bons taux de remplissage. D’une manière générale, les établissements adossés à un réseau de distribution remuant se portent plutôt bien.
Pour une autre frange des hôteliers marrakchis, il y a péril en la demeure. Catastrophisme ou remarque fondée ? La question mérite d’être posée tant les opérateurs sont prompts à ruer dans les brancards dès qu’ils sont en face d’une contrainte, même mineure. La cause principale des difficultés du secteur, selon ces professionnels, est la réduction des vols sur Marrakech, et d’une manière générale l’insuffisance des dessertes aériennes à partir des marchés européens. Ils désignent carrément comme responsable Royal Air Maroc qui traverse pourtant une inquiétante zone de turbulences.
Pour Agadir, l’effet Toussaint n’a pas vraiment joué, selon un responsable du Conseil régional du tourisme (CRT) de la ville. La destination, selon lui, ne s’attend pas à de bons mois de novembre et de décembre, à moins d’une surprise de dernière minute.
Curieusement, c’est à Tanger où il y a très peu de désertes aériennes que les hôtels ont en ce moment le taux de remplissage le plus haut, soit en moyenne 60%, selon le CRT. Il est clair que cette ville profite largement de sa proximité avec l’Espagne pour attirer, en plus des touristes de ce pays, les étrangers en villégiature sur la Costa del sol. Pour mieux exploiter le potentiel du marché ibérique, le CRT, en collaboration avec l’Office national marocain du tourisme, s’apprête à ouvrir une représentation dans le sud de l’Espagne. Ce marché est attrayant, mais le renouveau de Tanger réside surtout dans le fait qu’elle est en train de muter vers un tourisme d’affaires. Les bons résultats sont donc conditionnés par une offre adaptée. En d’autres termes, les tour-opérateurs et les clients s’appuient sur des critères concrets pour vendre ou opter pour une destination. Ce n’est donc pas parce que les chiffres d’un mois sont mauvais, comme le craint apparemment le ministère de tutelle, qu’ils effaceront un pays de leur tablette.