Tourisme durable : le Maroc, leader dans la région mais…

Ce segment est porté par de nombreuses initiatives locales. Récompensées par les Trophées Maroc du tourisme responsable, elles animent des activités et projets pour le bien de la communauté locale.

En cette période de vaches maigres pour la destination Maroc, la conjoncture étant ce qu’elle est, le pays peut trouver du réconfort en se rappelant qu’il reste une destination reconnue dans le segment du tourisme durable. Si celui-ci souffre encore d’un manque de visibilité ou d’une promotion dédiée, il ne saurait manquer d’initiatives. Les efforts sont en effet nombreux et certains se voient même récompensés au Maroc et à l’étranger, à l’image d’Atlas Kasbah, récemment salué par le Trophée international du tourisme responsable au World Travel Market à Londres après avoir obtenu un trophée Maroc du tourisme responsable en 2009, de Terres Nomades, récompensé par la 5e édition des Trophées Maroc du tourisme responsable (2014), ou encore la structure Naturally Morocco, saluée quant à elle en 2009 par ces mêmes trophées. Depuis leur lancement en 2008, les Trophées Maroc du tourisme durable, décernés par le ministère de tutelle et l’Office national marocain du tourisme (ONMT), ont récompensé une vingtaine d’acteurs, du gîte au musée, en passant par des tour-opérateurs dédiés.

Quand on parle de tourisme durable, on parle avant tout, comme le rappelle le ministre du tourisme, Lahcen Haddad, d’«un tourisme créateur de richesses et d’emplois décents, soucieux de la valorisation des ressources naturelles et de notre patrimoine culturel, et qui préserve notre identité marocaine».

Dans les régions reculées, le tourisme ne crée pas seulement de la valeur…

Chacun des acteurs, à son échelle, participe à la vie de la communauté locale, s’approvisionne auprès de producteurs locaux, initie des projets pour le bien de la communauté et se veut responsable envers l’environnement. «Depuis notre installation, en 2009, nous avons développé des activités responsables aussi bien en interne qu’avec la population locale. Nous organisons des randonnées à dos d’âne, sensibilisons la communauté au respect de l’environnement en la faisant participer à des campagnes de ramassage des sacs en plastique, etc.», confie Hassan Aboutayeb, gérant de l’écolodge Atlas Kasbah situé à une dizaine de kilomètres d’Agadir. L’agence de voyages Terres Nomades, qui possède également une maison d’hôtes à Anergui, dans le Haut-Atlas, illustre également le concept de tourisme responsable. «Nous avons créé l’Association Anergui pour le développement et la culture que nous finançons totalement par l’agence de voyages qui reverse 2% de chaque voyage. Nous avons ainsi pu créer une classe multimédia et gérons la maison de la maman qui s’occupe des futures mamans quelques jours avant leur accouchement», explique Lahcen Agoujil, fondateur de Terres Nomades. Construite en pisé, la maison d’hôtes est équipée de panneaux solaires, d’une fosse septique à traitement naturel. Elle trie ses déchets et les recycle dans la mesure du possible. Quant à la Galloise Jane Bayley, c’est du côté de Taroudant qu’elle opère dans sa maison d’hôtes «La Maison anglaise». Outre ses efforts pour le respect de l’environnement, cette dernière n’a pas hésité à initier des projets de soutien à la communauté, qu’il s’agisse d’aider les apiculteurs de la région, les enfants aveugles ou encore de lancer un projet de fabrication de savon. Dans ces régions parfois reculées, le tourisme ne crée pas seulement de la valeur. Il anime la communauté en espérant limiter l’exode rural.

Provenant principalement d’Europe ou d’Amérique du Nord, la clientèle de ces établissements est généralement sensible au concept et se trouve même très souvent impliquée lors de son séjour.

Un segment tout aussi sensible à la conjoncture

Toutefois, elle n’ignore pas pour autant la conjoncture. «Nous vivons la conjoncture comme le reste du secteur. Il ne faut pas oublier que le client a le choix. L’année est difficile mais nous devons défendre l’image de notre destination. Par rapport à nos ambitions, il y a encore beaucoup à faire», déclare M. Aboutayeb. «Depuis l’assassinat du randonneur français, nous avons enregistré une baisse de 40% de notre activité car nous travaillons beaucoup avec la clientèle francophone», confie pour sa part M. Agoujil. Motivés par une réelle sensibilité pour la durabilité, ces opérateurs du tourisme durable ne cherchent pas à maximiser leur profit, ce qui les expose davantage à la situation actuelle. «Ce n’est pas un projet dans lequel nous nous enrichissons. Nous sommes dans l’équilibre, tout simplement», avoue le gérant d’Atlas Kasbah.

Si les initiatives sont nombreuses, la communication, quant à elle, au-delà des Trophées, mérite un effort supplémentaire. La concurrence est tout aussi rude dans le tourisme durable. «Nous aimerions que l’ONMT soit davantage à nos côtés. Nous vivons un véritable déficit en termes de communication du tourisme durable. Nous sommes même loin derrière la Tunisie», regrette un opérateur.