Tourisme de croisière : la reprise est attendue en 2020

Par rapport à 2016, les arrivées ont chuté de 34% en 2017. Après avoir obtenu le rétablissement du niveau 1 de sécurité dans les ports, le ministère du tourisme incite les compagnies de croisières à reprogrammer le Maroc dans leur itinéraire.

 

Tourisme de croisière

Le tourisme de croisière connaît une chute vertigineuse dans les ports marocains. D’après les statistiques de l’Agence nationale des ports (ANP), le nombre de passagers dans le port de Tanger-Ville a baissé de 75% en 2017 par rapport à 2016. Au port de Casablanca, la baisse était de 37% en 2017. A Safi, 1056 passagers ont été accueillis en 2016 et aucun en 2017. Seule Agadir a connu une appréciation de 30% du nombre de passagers. La baisse totale du nombre de croisiéristes est de 34,4%.

Cette chute est due à l’instauration du niveau de sécurité 2 dans les ports marocains. Cette norme est respectée lors de situations exceptionnelles. «Ce niveau de vigilance est un état de contrôle perçu comme excessif. Chaque escale dans les ports marocains nécessite des autorisations, documents à l’appui. Des fouilles sont possibles à bord en cas d’objet suspect. Même les taxis ne pouvaient pas rentrer au port pour chercher les croisiéristes. Tout cela a perturbé le trafic», explique Najib Cherfaoui, expert maritime.

Costa Group annonce un retour progressif

Résultat : les compagnies de croisières ont déprogrammé le Maroc de leur itinéraire de croisière. A titre d’exemple, la compagnie italienne Costa Group réalisait entre 90 et 120 escales au Maroc par an. «En 2017, seules 20 à 25 escales étaient programmées et une dizaine en 2018. L’année prochaine, cette compagnie prévoit trois escales dans les ports marocains. Mais nous nous attendons à une reprise fin 2019 ou 2020», affirme Jalil Madih, directeur général d’Alizées Travel, agence de voyages et réceptive.

Depuis février 2018, le niveau de sécurité a été abaissé au niveau 1. Mais l’impact ne sera pas automatique. Les compagnies de croisières programment une destination dans un circuit deux ans à l’avance. «Le ministère du tourisme a fait un travail de lobbying mené par Lamia Boutaleb auprès de compagnies de croisières européennes, telles que Costa, MSC, et américaines, Norwegian Cruise Line et Seaborn, pour qu’elles renouent avec nos ports. Je pense qu’à partir de fin 2019 voire 2020, le tourisme de croisières va reprendre», déclare M. Madih. Mohamed Ouanaya, PDG de la SAPT (Société d’aménagement du port de Tanger-Ville) est sur la même longueur d’onde. Le port de Tanger-Ville pourra recevoir jusqu’à trois paquebots en même temps. L’ambition du PDG de la SAPT est d’en faire un port en tête de ligne, à l’instar de Barcelone et Marseille. Etant située à proximité d’un aéroport international et dotée d’une bonne infrastructure hôtelière, Tanger a les atouts idoines pour séduire les croisiéristes

Agadir peu fréquentée, faute d’infrastructures

«Le Maroc est très sollicité par les compagnies de croisières, d’autant plus qu’il offre la commodité : proximité et prix bas. Néanmoins, à cause du manque d’infrastructures, nous refusons des croisiéristes. A titre d’exemple, au port d’Agadir, les bateaux ne peuvent pas accoster faute de place dédiée. Il faut attendre le déchargement des navires de marchandises. A Casablanca, heureusement qu’il existe un quai non équipé de grues où le paquebot peut accoster. Mais le terminal de croisières ne sera prêt qu’en 2020, au même titre que celui de Tanger», explique M. Cherfaoui.
Au-delà des critères techniques, les compagnies s’intéressent aussi aux destinations touristiques rentables. C’est l’un des critères les plus importants dans le choix d’une escale. «Cette rentabilité passe par la vente des excursions à bord. Aujourd’hui, Casablanca est la destination préférée des armateurs car elle offre le plus de choix d’excursions dans la Médina, mais aussi vers Marrakech et El Jadida…», remarque Madiha Rihane, DG de Naxo, agence maritime consignataire de navires. Le port de Safi est aussi apprécié pour son passé de cité portugaise et sa proximité avec Marrakech.
Avec une dépense moyenne de 80 euros/jour, le croisiériste reste un client intéressant. Ce budget est encore plus élevé durant les escales «overnight» pendant lesquels des excursions sont organisées dans les villes voisines et des nuits d’hôtels consommées. Comme chaque paquebot accueille jusqu’à 3 000 passagers, les retombées financières peuvent être conséquentes.

Madiha Rihane, DG de Naxo, pointe du doigt la concurrence «déloyale» des compagnies de croisières menée par les guides touristiques qui vendent, à la sortie du port, des excursions 30% moins cher qu’à bord. «Nous avons reçu des retours de la part des compagnies de croisières qui dénoncent ces pratiques et menacent de déprogrammer Tanger de leur circuit», déplore-t-elle. Pour Mohamed Ouanaya, les prix des excursions demeurent un maillon de la chaîne au même titre que les transports, la diversité de l’offre, l’infrastructure du port, l’accueil… «L’offre doit être globalement attrayante pour capter les croisiéristes, d’autant plus que Tanger propose des excursions vers des destinations pittoresques, à l’instar de Tétouan, Chaouen, Asilah et Larache. Encore faut-il promouvoir le Nord autant que l’a été Marrakech», suggère-t-il. Pour rappel, le projet du port de Tanger-Ville inclut un terminal de croisières qui est dans sa deuxième phase d’extension. L’objectif est d’accueillir 300 000 croisiéristes en 2020 et 750 000 en 2025.