Tourisme : bilan en demi-teinte pour les vacances de fin d’année

D’Agadir à Tanger, les professionnels estiment avoir évité le pire mais être en deçà des chiffres réalisés en 2014. Partis à la dernière minute pour profiter des week-ends prolongés, les Marocains ont permis un sursaut d’activité non négligeable.

Pour les fêtes de fin d’année, le bilan se révèle finalement mitigé dans la plupart des destinations touristiques du Royaume, entre sursaut de dernière minute de l’activité grâce à la clientèle marocaine et réalisations tout de même en deçà de celles de 2014. Si le pire a été évité, la conjoncture demeurant difficile et imprévisible, les professionnels restent partagés. Certains s’estiment satisfaits, évoquant des taux d’occupation très honorables, d’autres préfèrent rester réalistes, constatant la baisse des dépenses et de la durée de séjour des touristes, étrangers ou nationaux.

A Marrakech d’abord, ce double sentiment est particulièrement perceptible. «Marrakech n’a pas fait le plein mais des hôtels ont été remplis», nous confie un opérateur de la ville ocre. Et de poursuivre : «Il y a effectivement eu une pointe de fièvre en fin d’année mais, au final, on ne peut que constater un tassement de l’activité à l’image de ce que l’on a connu sur l’ensemble de l’année 2015». Sur place, les rues étaient pourtant remplies. Sur l’autoroute, la voie était elle aussi chargée dans le sens du retour vers Casablanca, dimanche 27 décembre. «La ville était comble mais on se demande où ont logé ces clients. En appartement? En famille ?», se demande un autre spécialiste du tourisme. «Nous sommes satisfaits car nous nous attendions à pire. La clientèle marocaine ainsi qu’une clientèle étrangère habituée ont sauvé cette fin d’année», commente pour sa part Abdellatif Abouricha, responsable de la communication au Conseil régional du tourisme (CRT) de Marrakech.

Les 4 et 5* de Marrakech s’en tirent bien

D’autres commentateurs préfèrent voir le verre à moitié vide. «Nous sommes loin des tendances observées les années précédentes. Toutes clientèles confondues, nous devrions connaître une baisse de 10 à 20% de l’activité par rapport aux années précédentes», renchérit un autre. Néanmoins, certains établissements, à commencer par les 4 et 5*, ont réalisé de belles performances pour ces fêtes de fin d’année, allant jusqu’à afficher complet.

Près de la moitié des hôtels classés de la ville, en particulier ceux situés dans le quartier de l’Hivernage et les hôtels-clubs, aurait en effet enregistré des taux d’occupation proches de 100%. En revanche, les établissements situés dans la Palmeraie et dans le quartier Agdal ainsi que les 3* n’ont, d’après notre source, pas fait le plein. Bien entendu, le succès de tel ou tel établissement repose en grande partie sur ses efforts commerciaux et de communication. Reste que le comportement des touristes a sensiblement évolué, au grand dam des hôteliers. «La donne a changé. Les touristes veulent voyager mais ils dépensent moins et restent moins longtemps», analyse M. Abouricha.

A Agadir, le bilan est tout aussi contrasté. Dès le 26 décembre, les hôtels ont commencé à se remplir. Les établissements situés en front de mer et d’autres parmi ceux installés en deuxième ligne ont en effet enregistré entre 60 et 95% de taux d’occupation, nous confirme-t-on du côté du CRT de la ville.

Fin d’année morose à Tanger

«A Agadir, il y avait de la disponibilité. Aucun hôtel n’a affiché complet mais une poignée a dépassé les 90% de taux d’occupation», résume pour sa part Chafik Mahfoud Filali, président de l’Association régionale de l’industrie hôtelière (ARIH) d’Agadir. Selon lui, la présence de la clientèle étrangère, avec en tête les Britanniques, les Allemands et les Français, s’est faite davantage sentir que celle des touristes nationaux. Plus au nord, la tendance n’est pas bien différente. A Fès, alors qu’on prépare la signature du plan d’action de promotion 2016 avec l’Office national marocain du tourisme (ONMT), le sursaut de la clientèle marocaine a permis de compenser légèrement l’absence notable de la clientèle étrangère. «Malgré ce sursaut, nous finirons en deçà de l’année précédente», temporise Driss Faceh, président du CRT de Fès-Boulemane. A Tanger, enfin, la fin d’année ne restera pas davantage dans les annales du secteur du tourisme. «Ça n’a pas été extraordinaire. La destination manque de visibilité et souffre encore du manque d’animation», commente Abdelghani Ragala, directeur du CRT. Les hôteliers sont également invités à revoir leur politique de prix et à proposer des formules hébergement+ dîner pour des occasions telles que celle du Réveillon de fin d’année. D’Agadir à Tanger, les prochaines semaines s’annoncent difficiles. Si les chutes de neige se poursuivent en Europe, l’année commencera mal pour les différentes destinations du Royaume. Professionnels et institutionnels auront fort à faire dans les Salons internationaux du tourisme, à commencer par le Fitur de Madrid qui commence le 20 janvier. De la même façon, la campagne Kounouz Biladi, lancée le 30 décembre dernier pour les prochaines vacances scolaires, doit séduire les touristes nationaux, à défaut d’avoir convaincu les opérateurs.