Touria Sbiri : Une aventurière dans l’univers du recyclage de déchets

L’environnement et l’humain c’est ce qui la motive pour aller plus loin. Après plusieurs années dans la filière en France et au Maroc, la femme d’affaires va investir 50 millions de DH dans un centre de tri dans la région de Mohammédia.

Le milieu du recyclage, des chineurs et des collecteurs est un monde plutôt masculin. C’est pourtant là que fait carrière depuis de longues années l’inspirante Touria Sbiri, PDG de Serp Recyclage Maroc et présidente de la Fédération des recycleurs collecteurs et chineurs (Federec). Quand elle retrace son parcours, cette femme d’affaires chevronnée n’oublie rien. Tout d’abord, l’immigration de ses parents en France en 1975 alors qu’elle n’avait que 5 ans. Cette originaire de Marrakech, après avoir connu la vie dans une grande maison et la vie au grand air en communauté dans son quartier Douar Al Koudia, se retrouve à Dijon alors qu’elle était encore dans la petite enfance. De ces premières années et même de son adolescence, elle gardera des marques à l’esprit de la discrimination et du racisme dans les établissements scolaires qu’elle a fréquentés. Des souvenirs indélébiles qu’elle raconte avec force détails.
Diplômée en comptabilité en France, elle sera de nouveau confrontée au même phénomène dans sa recherche d’emploi mais ne décrochera pas. C’est ainsi avec persévérance qu’elle réussira à obtenir sa première embauche et parviendra, malgré encore une fois la discrimination, qu’elle rencontrera dans l’exercice de son travail, à faire sa place dans une entreprise de transport international.

Passionnée par son métier

Ses premiers pas dans le recyclage, elle les fera en France dans une entreprise de réemploi du carton. Elle intégrera par la suite en 2000 une société de gestion de déchets à Paris mais très vite dès 2004, forte de son expérience dans le privé, elle se lance à son compte et crée en France comme au Maroc la société Serp recyclage, spécialisée dans la gestion et la valorisation des déchets industriels et ménagers, signant ainsi son retour dans son pays natal. C’est là qu’elle décidera de s’installer définitivement dès 2013 après avoir cédé sa société en France, ayant fait sa place au Maroc dans le domaine. Elle a en effet réussi à se positionner auprès de grandes entreprises industrielles. Une belle évolution pour son entreprise qui n’avait commencé son activité qu’avec un camion et 4 employés. Aujourd’hui l’entité dispose de onze camions, emploie 110 personnes et s’active à travers plusieurs régions dans le Royaume.
L’aventure continue aujourd’hui pour la femme d’affaires qui a contribué il y a un an à la création de la Federec. Une fédération pour réunir les forces des différentes filières du secteur (chineurs, récupérateurs, grossistes) et agir en synergie. L’activité enregistrant de nombreuses contraintes tel l’informel et la hausse des cours du pétrole qui constitue selon Touria Sbiri, 55% des charges de l’activité. Toujours passionnée par son métier qui, pour elle, réunit l’humain et l’environnement, la femme d’affaires veut maintenant aller plus loin dans son business. Sur six ha, dans la région de Mohammédia, elle s’investit dans l’aménagement d’un centre de tri, une décharge de déchets industriels avec pour objectif le zéro déchet et la transformation de ce qui est collecté en compost ou en combustible de substitution. L’enveloppe dédiée au projet est de 50 millions de DH.
En attendant, son parcours exemplaire a été couronné tout dernièrement de l’award de l’économie circulaire, décerné par la Fédération des femmes chefs d’entreprises lors du 69e Congrès mondial des femmes chefs d’entreprises durant lequel ont été représentés 35 pays.