Thé : 20% de la consommation est satisfaite par les importations frauduleuses !

Jusqu’alors, la plus grande partie du thé de contrebande provenait des provinces sahariennes. Avec 7 000 tonnes importées illégalement depuis le début de l’année 2013, Mellilia devient la principale source d’approvisionnement des fraudeurs.

Les importations de thé ont reculé de 3,4% à fin août 2013. D’après les statistiques de l’Office des changes, elles se sont situées à 34 800 tonnes contre 36 100 tonnes pour la même période de 2012. Un recul qui n’est certainement pas dû à une baisse de la consommation nationale -elle est toujours de l’ordre de 2 kilogrammes par habitant-, mais plutôt à la conjugaison de deux phénomènes. La première porte sur l’importance des importations en sous-facturation et en contrebande de thé. Auparavant, ces opérations frauduleuses se faisaient à partir des provinces du Sud et spécifiquement de Laâyoune. A présent, le phénomène s’est aggravé puisque les importations illégales se font aussi de Mellilia. Selon un opérateur, le volume en provenance de l’Oriental est estimé à 7 000 tonnes depuis le début de l’année 2013. Il est à rappeler que la quantité importée illégalement via Laâyoune est de l’ordre de 5 000 tonnes, soit à peu près 10% des importations globales du Maroc qui sont de 55 000 à 60000 tonnes annuellement. En définitive, c’est par ces deux voies clandestines d’approvisionnement que transitent 20% du thé consommé localement.

Le deuxième phénomène concerne l’existence de stocks constitués en 2012 par les professionnels du secteur en prévision d’une hausse des prix du thé en Chine, principal fournisseur du Maroc et dont les exportations sont estimées à 220 000 tonnes annuellement sur une production globale de 1,8 million de tonnes. En effet, la Chine devait réviser ses prix à la hausse -cela ne s’est pas fait en fin de compte- en raison de la rareté de la main-d’œuvre causée par un important exode rural des jeunes qui a entraîné le triplement du salaire minimum depuis 2005 (600 à 2000 yuans). S’ajoute à tout cela le fait que le marché domestique chinois, suite à une amélioration du pouvoir d’achat, est très demandeur, et les pouvoirs publics dudit pays entendent assurer son approvisionnement régulier, modérant ainsi leurs ventes à l’étranger.

Eu égard à la reconfiguration du marché, plusieurs opérateurs sur les 400 que compte le pays ont décidé de ne plus importer de thé. «Au Sud de Marrakech, plusieurs importateurs organisés et même ceux qui s’adonnaient à l’importation illégale ont arrêté leur activité à cause de l’importance des volumes en provenance de Mellilia», indique un opérateur implanté à Casablanca. 

Les cinq plus gros importateurs ont constitué une association pour organiser leur riposte

De plus en plus affaiblis par les importations illégales (contrebande et sous-facturation), les importateurs structurés réclament une révision à la baisse des droits d’importation qui se situent aujourd’hui à 59,85%. «Une telle décision dissuaderait les importateurs peu scrupuleux parce qu’ils ne seront plus aussi compétitifs. De plus, le niveau des droits d’importation est injustifié puisque nous n’avons aucune production nationale à protéger!», explique un opérateur. Il est à noter que la première mouture du projet de Loi de finances de 2014 prévoyait l’augmentation du taux de TVA pour le porter à 20% contre 14% actuellement. Mais, au grand soulagement des opérateurs, cette proposition, qui sans nul doute serait suivie d’une hausse des prix, si bien sûr ils tenaient à préserver leurs marges, n’a pas été retenue dans la version définitive soumise en début de semaine au Parlement.

Pour mieux défendre leurs intérêts et faire entendre leur voix, les cinq plus gros importateurs de la place (Groupe Belfkih, Belakhdar, Sultan, Asta et Somathés) ont créé l’Association des professionnels du thé au Maroc (APTM). Il faut rappeler que la profession a envoyé, depuis le début de 2013, plusieurs correspondances au gouvernement afin de le sensibiliser aux difficultés que connaît le secteur et pour demander des entrevues avec les ministères concernés. Aucune suite n’a été donnée, selon les professionnels, à ce jour. La nouvelle association entend «défendre ses intérêts et réaliser des études du marché afin de faire un diagnostic pointu». Ce qui permettrait éventuellement d’arrêter des mesures pour remédier aux problèmes actuels.