Textiles : le ministre des finances parle de reprise, les industriels en doutent

En avril, les exportations ont progressé de 41 % par rapport au même mois de 2008.
Les industriels estiment que la comparaison est biaisée en raison du grand creux observé en avril de l’année dernière.

Sur quatre mois, le chiffre d’affaires à  l’export est en baisse de 2,35 %.
La profession s’attend à  deux
mois, mai et juin, très difficiles.

C’est avéré. Les exportations de produits textiles ont bien connu un léger rebond en avril. Elles ont totalisé 2,7 milliards de DH, soit 791 millions de plus par rapport au même mois de l’année précédente ou encore une progression de 41%. Ce taux de progression annoncé par Salaheddine Mezouar, ministre de l’économie et des finances, lors de la réunion du comité de veille stratégique organisée mardi 19 mai, avait pourtant surpris l’Association marocaine des industries du textile et de l’habillement (Amith).
C’est que, avancé de la sorte, au moment où les industriels, eux, vivent une réalité du terrain contrastée, le chiffre interpelle. Si les 41% dont parlait le ministre des finances sont authentifiés, il n’en demeure pas moins que, de l’autre côté, les exportations totales cumulées au titre des quatre premiers mois, elles, ont reculé de 2,35%, comparativement à l’égale période de 2008. Elles se sont élevées à 9,97 milliards de DH contre 10,21 milliards. Mais pour le ministère c’est ce contraste entre le mois d’avril et les trois premiers mois de l’année qui permet justement d’espérer un début de reprise. Et pour cause, durant les mois de janvier, février et mars 2009, les exportations mensuelles comparées aux mêmes mois de 2008 ont marqué des baisses respectives de 7%, 21% et 8,6%.
Pourtant, dans le secteur, cela ne suffit pas à rassurer. Première explication de quelques industriels : «Le mois d’avril de l’année dernière avait été difficile pour le secteur et particulièrement pour les entreprises exportant sur les marchés britannique et allemand, alors pourquoi comparer avec cette période ?», s’interroge un grand exportateur de la place qui a requis l’anonymat.

Feu de paille ou tendance lourde ?
Aucun segment, aussi bien la confection que la bonneterie, n’avait été épargné par les difficultés d’exportation. A l’origine de ce recul, la dépréciation de 13% de la livre sterling et la baisse de la consommation sur les marchés européens en général, et allemand en particulier.  Au-delà de ces deux facteurs explicatifs, la baisse enregistrée en avril 2008 était également due à la concurrence de l’Egypte qui, comme la Chine quelques années auparavant, était montée en puissance sur les marchés traditionnellement clients du Maroc. Les exportations égyptiennes avaient d’ailleurs évolué de 19% durant les quatre premiers mois de 2008.
«Avril 2008 a donc bien été un mois difficile pour notre secteur et ne peut être pris comme référence. Voilà pourquoi il faut rester prudent par rapport aux statistiques communiquées par le ministère des finances», explique un membre du bureau de l’Amith.
D’autres industriels, requérant l’anonymat, certainement pour ne pas se mettre en situation de confrontation avec le ministère, abondent dans le même sens. Sans vouloir minimiser cette hausse, qui est bien réelle, ils disent ne pas avoir de visibilité pour le reste de l’année. «On demeure prudent car l’augmentation enregistrée au cours de ce mois d’avril ne signifie pas que la reprise est là et que la tendance est générale. On ne sait pas comment les exportations de nos concurrents du pourtour méditerranéen ont évolué, ce qui nous pousse à dire que ce rebond est exceptionnel», pense un industriel de Rabat. Dans le même ordre d’idées, un industriel casablancais dira que «le rebond est bon pour notre moral», mais sans plus. Toutefois, ajoute-t-il, «nous sommes toujours dans l’expectative parce que la reprise n’est pas ressentie au niveau de notre travail quotidien». Pour étayer ses propos, ce même industriel souligne que «des contacts sont établis et des demandes d’échantillons enregistrées, mais le taux de réalisation est très faible». Apparemment, les ordres sur les petites séries sur lesquels misent beaucoup d’opérateurs ne tombent pas selon le rythme espéré.
Au demeurant, la profession n’est nullement rassurée. Certains industriels prévoient même une baisse des exportations au cours des mois de mai et juin. Mais tout dépendra de l’orientation de la demande étrangère. En avril, la consommation des ménages a légèrement augmenté dans certains pays européens, entre autres en France (+0,7% en avril) et en Allemagne (+0,5% au terme du premier trimestre par rapport au dernier de 2008), grâce aux programmes de relance et d’amélioration du pouvoir d’achat. Aux Etats-Unis, l’indice de confiance des consommateurs s’est également fortement redressé. Mais dans ces pays, les conjoncturistes se gardent encore de confirmer le maintien de cette tendance, tant la situation reste fragile.