Qui sont Mohamed Boubouh et Jalil Skali, candidats uniques à la présidence et vice-présidence de l’Amith

Leur programme recouvre la défense des intérêts du secteur, la lutte contre la concurrence déloyale et l’informel, ainsi que la restauration de l’image du made in Morocco.

Depuis quelques années, les élections relatives à la présidence de l’Association marocaine des industries de textile et d’habillement (Amith) ne suscitent plus une très grande passion dans la profession. Celles qui se tiendront le 18 juin ne dérogeaient pas à la règle. Jusqu’à lundi 3 juin, quand à la surprise générale,  Karim Tazi, actuel président, et candidat pour un deuxième mandat de trois ans (2019-2022),déclare quitter la course. « Après une tournée régionale et différentes rencontres avec les opérateurs du secteur, force est de constater que l’AMITH est menacée d’une fracture palpable pouvant conduire à une division, fragilisant ainsi l’association et sa crédibilité », lance tout de go Karim Tazi, actuel président de l’Amith et jusqu’à hier hier candidat pour un deuxième mandat.

C’est donc le tandem Mohamed Boubouh, administrateur du groupe Vita qui gère 9 unités industrielles (7 à Tanger et 2 à Casablanca), et Jalil Skali, DG de Palmeraie industries (Dolidol, lematelas.com, Jobelsa Automotive), qui doit convaincre les 379 industriels membres de l’Amith. L’un de leurs premiers objectifs est d’élargir l’effectif des membres grâce à un potentiel de 1 600 entreprises de textile dans le pays. «Nous avons dans notre programme certes plusieurs points communs avec celui de Karim Tazi. Mais nous espérons surtout faire de l’Amith l’interlocuteur de référence du secteur textile au Maroc et le point d’entrée pour tout investisseur, tout client ou toute institution qui s’intéresse au Maroc», poursuit M. Skali. En résumé, un changement dans la continuité avec une nouvelle manière de faire.

Encourager l’investissement dans l’amont du textile

«Notre gouvernance tranchera complètement avec ce qui a prévalu jusque-là. On prévoit de créer une structure permanente, solide et à l’écoute des industriels, indépendamment de leur taille, de leur activité ou de leur localisation dans le territoire national. Notre but est d’utiliser l’intelligence collective et de fédérer tout le monde», déclare le DG de Palmeraie Industries. Les maux du secteur qui emploie 400 000 personnes, informel compris, sont connus : contrebande, importations massives, concurrence déloyale, rétrécissement des parts de marché des marques marocaines, difficultés de recherche de nouveaux clients…

De la sous-traitance à la co-traitance et au produit fini

«A l’export, nous avons un mono-client énorme en l’occurrence Inditex qui a façonné l’industrie du textile à Tanger. Le Maroc peut jouer un rôle crucial dans le fast-fashion en Europe et aux Etats-Unis. Aujourd’hui, la problématique des grandes marques est celle des stocks. Nous pouvons livrer des commandes entre 4 et 6 semaines et avec de l’investissement marocain en amont du textile, honorer des commandes de 40 000 à 60 000 pièces. Le Plan d’accélération industrielle (PAI) du ministère de l’industrie accompagne les entreprises dans les différents plans. Encore faut-il encourager sa mise en œuvre et atteindre tous ses objectifs», abonde M. Boubouh.

L’autre challenge du tandem Boubouh-Skali est de redonner au made in Morocco et à la marque Maroc son image d’antan. Que ce soit à l’export ou dans le marché local. «Nous espérons migrer de la sous-traitance vers la co-traitance et le produit fini. Certaines entreprises l’ont déjà fait, à l’instar de Vita Couture (marque Anae). Pour les autres, il faudra créer un bras armé pour obtenir la conformité sociale exigée par les donneurs d’ordre. Concernant la formation, les instituts doivent adapter leur cursus à la demande des industriels. Nous aspirons également à faire migrer plus d’entreprises informelles vers le circuit formel grâce à l’appui du ministère de tutelle», déclare M. Skali. En tout cas, le tandem promet de créer une cellule de veille pour détecter les actions extérieures susceptibles d’avoir un impact négatif sur le secteur (effets des ALE, des nouvelles réglementations…), et de se réunir tous les trois mois avec les acteurs du marché local afin d’étudier et de répondre à leurs doléances.

Un poids lourd du secteur textile

Agé de 50 ans, M. Boubouh est ingénieur lauréat de l’ex-ENSITM, devenue aujourd’hui l’Ecole nationale supérieure d’ingénieurs Sud-Alsace. Il a entamé sa carrière dans le conseil, avant d’intégrer le secteur du textile au Maroc par le biais de la direction de deux grandes unités industrielles de Tanger.

Quelques années plus tard, il fonde son propre groupe qui compte aujourd’hui 9 unités industrielles, basées à Tanger et à Casablanca, et qui emploient plus de 3 000 salariés. Il est administrateur du groupe Vita qui détient également la marque Anae (5 boutiques au Maroc). Ces neuf unités opèrent sur plusieurs maillons de la chaîne de valeur textile, de la plateforme de design et de créativité à l’impression digitale, et la confection en sous-traitance, co-traitance et produit fini.

Il allie les expériences du public et du privé

Agé de 45 ans, M. Skali est lauréat de l’Ecole Centrale de Lyon. Il est aujourd’hui directeur général du groupe Palmeraie Industries (Dolidol, lematelas.com, Jobelsa Automotive).
Avec plus de 20 ans d’expérience dans les domaines de la stratégie, de l’organisation, de la finance (CDG) et des projets de transformation, M. Skali a occupé plusieurs hautes fonctions, dans le public et le privé, dont celle de directeur général adjoint de l’Office national des pêches de 2006 à 2011.