Textile : les méthodes des champions de l’export

Spécialisation et intégration de la production, organisation commerciale et logistique, R&D constituent les piliers de leur stratégie

En tête de liste, les groupes Kabbaj, Senoussi et Ratib.

Plus de 15 000 ouvriers ! C’est l’effectif employé aujourd’hui par trois groupes seulement, opérant dans l’industrie textile-habillement. Il s’agit en l’occurrence du groupe Senoussi (Legler), du groupe Kabbaj et, enfin, du groupe d’Abdelmoula Ratib. Ces trois opérateurs, de l’avis des professionnels du secteur, sont incontestablement les locomotives des exportations textiles du Maroc. Combien exportent-ils ? Aussi basique que cela puisse paraà®tre, la réponse à  une telle question est introuvable. Les patrons de ces trois mastodontes, contactés par La Vie éco, ne donneront pas leurs chiffres, concurrence oblige.

Abdelmoula Ratib, dont le groupe employait déjà , en 2005, plus de 6 000 ouvriers répartis sur plusieurs sociétés et quelque 22 plateaux de production, se montre discret, se contentant de souligner sa «forte présence sur les marchés étrangers avec des produits de qualité».

Les patrons des deux autres groupes, en revanche, seront un peu plus généreux en informations.
Totalement intégré, le groupe Kabbaj, qui regroupe 12 unités de production, opère depuis les années cinquante. Une de ses entreprises, Simtiss, spécialisée dans la fabrication des châles et foulards, a obtenu le premier prix lors de la première édition du Trophée de l’Export, en 1997. Depuis, le positionnement du groupe va en se renforçant sur les marchés étrangers. Il réalise aujourd’hui un chiffre d’affaires global de 300 MDH et exporte trois types de produits, notamment le fil, les pulls et les châles, les foulards et les djellabas.

Pour le segment de la filature, le groupe fabrique
8 000 tonnes par an dont 10% font l’objet d’exportation directe vers les pays européens (France, Italie, Espagne) alors que les 90% restants sont exportés indirectement. Autrement dit, le fil est vendu à  des entreprises exportatrices marocaines. Le groupe dispose de deux unités de filature produisant l’une pour le marché local et l’autre pour l’export.

Le groupe Kabbaj produit 2 millions de pièces/an destinées à  l’export
Avec une activité de bonneterie totalement intégrée, le groupe Kabbaj produit 2 millions de pièces/an destinées exclusivement à  l’export. Un volume que l’entreprise entend doubler à  l’horizon 2009.
Travaillant avec des centrales d’achat européennes ainsi que pour le compte de grandes marques (Baby Dior, Kenzo ou encore Armor-Lux), le groupe s’est doté d’une équipe de créateurs marocains et étrangers pour développer ses propres collections. Quatre à  cinq collections sont confectionnées annuellement.

Les châles, foulards et djellabas constituent le troisième type d’articles exporté par le groupe. Environ 50 000 pièces destinées à  l’export sortent quotidiennement des ateliers de Simtiss. Chaque jour, la cellule recherche développe 10 à  15 nouveaux modèles de foulards qui sont par la suite adaptés aux exigences (coloris et taille) des différents marchés.
Le groupe Senoussi est, quant à  lui, spécialisé dans le jean (denim) et la lingerie. Globalement, le groupe exporte, aujourd’hui, 18 millions de pièces par an dont 6 millions pour le jean et 12 millions pour la lingerie. Le groupe est en affaires avec les grandes marques étrangères, entre autres, Dior, Diesel et Chantelle.

Gap ferme son usine en Inde pour délocaliser au Maroc
La caractéristique du groupe est que toute sa production (denim, produits finis et lingerie) est exportée en Europe et aux Etats-Unis. Ce qui représente un chiffre d’affaires d’un milliard de DH, appelé à  croà®tre puisque le groupe vient de décrocher un gros contrat avec l’américain Gap. Ce dernier a récemment délocalisé au Maroc la production d’une usine fermée en Inde. Ce contrat porte sur l’exportation de près de 2 milliards de DH par an et les premières expéditions commenceront à  la mi-décembre 2007.

Pour la filière jean, totalement intégrée, le groupe a réalisé trois gros investissements avec le groupe Legler (1,2 milliard de DH), Atlantics Denim (300 MDH) et Martelli & Partner (300 MDH). Ce dernier contrat, notamment, porte sur la confection de 30 000 pièces par jour. Côté délavage, les nouvelles entités viendront renforcer la production de Top Wash, entreprise créée en 1990, qui est de l’ordre de 25 000 pièces/jour. Avec les nouveaux investissements, il faudra compter 60 000 pièces supplémentaires.

Et pour rester compétitif à  l’export, un maà®tre mot : la réactivité. Aussi bien dans les groupes Kabbaj que Senoussi, les dirigeants procèdent au suivi journalier des marchés cibles.
Côté délais de livraison, il n’y a pas droit à  l’erreur. Le groupe Senoussi livre ses commandes en 10 jours lorsque toute la matière première est disponible et 17 jours quand les intrants sont importés. Bien entendu, la chaà®ne logistique doit suivre. Le groupe projette ainsi la création, à  Tanger Med ou à  Tanger Free Zone (TFZ) d’un centre pour faire parvenir les colis au client sans passer par un transitaire.

Chez Kabbaj, les délais sont de 2 à  4 semaines en moyenne. Et pour répondre rapidement à  sa clientèle, le groupe effectue 75 % de ses expéditions de châles et foulards par avion.
Au final, il est clair qu’être un champion à  l’export ne s’improvise pas. Il y a toute une organisation derrière, un état d’esprit et, surtout, l’anticipation sur les tendances mondiales. Ces groupes ont en effet très tôt compris que leur survie passe par l’abandon de la sous-traitance pure et dure. Un constat auquel l’Amith était arrivée bien plus tard !