Textile : les entreprises tentent de réaménager les congés pour ne pas perdre les commandes

Les commandes rapides de plus en plus nombreuses. Certains industriels ont retenu leurs employés pour les réaliser.
Aucune visibilité sur les commandes du mois de septembre.

Après un premier semestre difficile, durant lequel elles ont dû gérer leur temps de travail, les entreprises du textile sont aujourd’hui contraintes de gérer leurs plannings des congés. La reprise de l’activité attendue et Ramadan sont deux événements avec lesquels les patrons doivent compter pour organiser le travail durant ce mois d’août qui, en général, est un mois de congé. Habituellement, les usines ferment pour une durée de trois semaines durant cette période. Mais pour cette année, beaucoup d’entre elles vont devoir revoir leur planning. A cause de Ramadan mais surtout parce qu’aujourd’hui plusieurs entreprises ont pu décrocher des commandes de réassort qu’elles devront réaliser rapidement.
Chez Marysa, fabricant d’articles en chaîne et trame, les employés partiront en congé les deux dernières semaines du mois d’août. «Nous ne pouvons pas faire autrement, explique le DG, Jalil Raïss. Car, actuellement, nous avons beaucoup de commandes à livrer». Heureusement, souligne-t-il, «les employés, conscients de la difficulté de la conjoncture actuelle et de la nécessité de faire des sacrifices, ne se sont pas opposés à ce réaménagement». Sacrifice doublement nécessaire car l’entreprise n’a aucune visibilité pour le mois de septembre et il faudra gagner des points vis-à-vis de la concurrence en arrivant à réaliser des commandes rapides en un temps réduit. A l’instar de toutes les unités du secteur, Marysa a connu un premier semestre difficile et compte donc se rattraper avec les commandes actuelles. Sans vouloir donner une estimation de ses commandes, le patron précise qu’il y a une reprise d’activité qui se traduira certainement par une légère amélioration du chiffre d’affaires qui s’est situé en 2008 à 30 MDH.
Et c’est cette même reprise des commandes qui a poussé les responsables de Inter Linge, producteur et exportateur de lingerie et de maillots de bain, à étaler les vacances de ses ouvriers sur la période allant du 15 juin au 15 août. «Nous avons organisé le personnel en quatre groupes qui auront chacun droit à deux semaines de vacances. Ce planning qui sera bouclé à la mi-août va nous permettre de réaliser nos engagements, notamment les petites commandes que nous devons réaliser dans des délais très courts parfois ne dépassant pas une semaine», souligne Idrissi Kaïtouni, le directeur général de l’entreprise.

La reprise pour après septembre
Il estime par ailleurs que son entreprise doit impérativement mobiliser tous les moyens nécessaires pour répondre aux exigences des donneurs d’ordre surtout qu’il n’y a aucune visibilité pour septembre. Plusieurs industriels le confirment d’ailleurs. Raison pour laquelle certaines entreprises ont décidé de la fermeture générale des usines pendant tout le mois d’août. Pour M.S., patron d’une unité de confection, «il est inutile de garder les ouvriers sur place alors que nous n’avons pratiquement pas de commandes à réaliser actuellement. Autant laisser les employés profiter du mois d’août». En contrepartie, il a dû expliquer à ses ouvriers qu’ils risquaient de ne pas avoir de vacances à l’occasion de Aïd Al Adha, au cas où la reprise de l’activité se confirmerait. «C’est la première fois que nous arrêtons complètement notre activité durant cette période car chez nous les vacances annuelles coïncidaient toujours avec Aïd Al Adha et seules les personnes ayant des enfants ou devant se marier prenaient des vacances en été», explique le DG. Son cas n’est pas isolé. Un industriel installé à Rabat, exportant exclusivement sur le marché britannique, a aussi décidé d’arrêter, pour la première fois, la production durant le mois d’août. «Pour l’instant, nous n’avons pas de commandes car nous venons de faire des livraisons. L’activité reprendra en septembre et nous nous y préparons déjà. Deux de mes directeurs et moi-même ne partons pas en congé car nous sommes en train de négocier des contrats que nous devons réaliser pour la fin de l’année. Si les discussions aboutissent nous demanderons à quelques ouvrières de venir réaliser les échantillons moyennant une prime».
Les entreprises tentent donc, en fonction de leurs carnets de commandes, de planifier les vacances en essayant de contenter à la fois les employés et les donneurs d’ordre. «Si nous répondons aux exigences des donneurs d’ordre et réalisons, dans de très brefs délais, leurs commandes nous serons gagnants et il y aura certainement un retour d’ascenseur !», pense Jalil Raiss. Un retour d’ascenseur qui se traduira bien entendu par des commandes qui permettront, espèrent les industriels,  d’améliorer ou de maintenir les performances de 2008.