Textile : les commandes de réassort devraient relancer les exportations

Les industriels sont plus optimistes pour le deuxième semestre. Ils se plaignent des règles d’origine et espèrent profiter des délocalisations chinoises n Solide progression des exportations vers l’Europe.

En sous-activité durant le premier semestre 2015, les entreprises exportatrices de textile espèrent une reprise au cours de la seconde moitié de l’année. «Nous avons actuellement une meilleure visibilité qu’au cours du premier semestre consacré à la mise en boutique des collections et donc plus calme en termes de production. Pour cette rentrée, nous sentons un petit frémissement, car c’est la période de réassort», dit un industriel exportateur. Quelques-uns de ses confrères parlent aussi de reprise en soulignant que leurs entreprises, même si elles ne font pas le plein, ont déjà plusieurs commandes de réassort. Mais, pour d’autres, la livraison des commandes risque d’être retardée parce que nombre d’ouvriers prennent leur congé annuel la période d’Aid Al Adha.

Malgré ce vent de reprise qui commence à souffler, les professionnels du textile restent prudents sur la performance des exportations pour l’année 2015. D’après les statistiques de l’Office des changes, le secteur a réalisé, à fin août, un chiffre d’affaires de 18,4 milliards de DH à l’export. Atteindra-t-il la barre des 30 milliards à la fin de l’exercice ? Les industriels se refusent à tout pronostic. Cependant, ils estiment que «la stratégie actuelle de délocalisation entreprise par la Chine pourrait bénéficier au textile marocain, si l’on arrive à décrocher ne serait-ce qu’un petit pourcentage du business délocalisé». La Chine, rappelons-le, en raison du renchérissement du coût de fabrication et de logistique, a opté pour la délocalisation vers les pays limitrophes, notamment le Cambodge, l’Inde et le Bangladesh, qui ont enregistré de ce fait, d’après les statistiques d’Eurostat, des évolutions importantes. Les exportations de ces trois pays vers l’Union Européenne ont progressé respectivement de 49%, 30% et 37% au cours de la période 2012-2015.
Le Maroc contrôle 3,2% du marché de l’UE

Ces trois pays se partagent, avec la Turquie, la Tunisie, la Chine et le Maroc, 80% des importations d’habillement de l’Union Européenne. Le Royaume détient 3,2% de ce marché. Une part qui pourrait, selon l’Association marocaine des industries du textile et de l’habillement, «croître moyennant une consolidation des fondamentaux du secteur pour répondre aux besoins des marchés européens». Et l’Amith de souligner «la nécessité pour le Maroc de profiter de la stratégie de délocalisation de la Chine». Elle invite l’administration marocaine à revoir le dispositif des règles d’origine qui désavantage aujourd’hui l’industrie textile locale. Ce qui permettrait d’améliorer le positionnement et d’étoffer l’offre marocaine. Celle-ci est essentiellement destinée à la France, l’Espagne, l’Italie, le Royaume-Uni et l’Allemagne. Le marché espagnol, premier importateur d’habillement marocain, absorbe 1,2 milliard d’euros et enregistre une évolution de 14%. Il est suivi du marché français qui importe 826 millions d’euros avec une petite croissance de 1%. Sur les marchés italien, britannique et allemand, les exportations ont augmenté de 9%, 12% et 7%, respectivement à 95, 184 et 260 millions d’euros.

Aujourd’hui classé au sixième rang, le Maroc a vu ses exportations progresser régulièrement durant les trois dernières années. Les chiffres communiqués par Eurostat situent la hausse à 10% entre 2012-2015 (premier semestre). Une performance encourageante, estime l’Amith, comparée à celle des concurrents directs comme la Turquie qui affiche une hausse de 5% seulement, et la Tunisie qui marque un repli de 6%.

Globalement, les exportations marocaines vers l’UE sont passées de 2 à 2,4 milliards d’euros entre 2012-2015. Elles portent essentiellement sur le prêt-à-porter féminin, masculin et le sportswear. Selon des professionnels du secteur, le vêtement pour enfants et la lingerie arrivent en seconde position. Par produit, les professionnels soulignent que la demande porte en premier lieu sur le pantalon en tissu et en denim, la chemise et le tee-shirt. Le textile de maison aurait besoin, soulignent les professionnels, d’un petit coup de pouce pour pouvoir résister à la concurrence turque, «très vive sur cette filière», dit-on.