Textile, le Maroc est-il prêt pour l’après-2008 ?

En janvier prochain, les quotas imposés par l’Europe sur les produits chinois prendront fin.
Les responsables de l’Amith se disent confiants et mettent en avant les marchés sûrs comme l’Espagne et la France
Les petites unités de textile restent menacées.

Amesure que 2008 approche, le secteur textile retrouve le triste souvenir de la crise vécue en 2005. A cette époque-là, le secteur était dans une mauvaise passe, voyant son marché traditionnel, l’Europe, crouler sous les produits chinois. Depuis, beaucoup de choses se sont passées. L’industrie a pu capitaliser sur sa crise pour faire sa révolution même si, il est vrai, l’instauration des quotas en Europe y a été pour quelque chose. Des quotas qui seront levés justement en janvier 2008. Et la question se pose de nouveau : le secteur est-il prêt cette fois-ci à affronter la concurrence asiatique ?

Apparemment, on ne se fait pas trop de soucis. Karim Tazi, président de l’Association marocaine du textile et de l’habillement (Amith), est optimiste. Autrement dit, il n’y aura pas un grand impact sur les exportations marocaines. Pour étayer ses propos, M. Tazi avance essentiellement deux raisons. La première est que les exportations marocaines ont totalisé un chiffre record de 30 milliards de DH en 2006, alors que la Chine a, et cela est de notoriété publique, largement dépassé ses quotas sur l’Europe en exportant à partir des pays satellites comme Hong-Kong, le Vietnam, le Laos ainsi que Taïwan.

La performance de 2006 est donc la preuve que le Maroc a les capacités de se positionner sur les marchés européens malgré la concurrence chinoise. Deuxièmement, les industriels locaux ont pu, en 2006, avoir de nouveaux clients qui ne risquent pas de se tourner vers la Chine au moment où les quotas seront levés. C’est le cas de l’Espagne, par exemple. Devenu le premier débouché des exportations marocaines en 2006 (9 milliards de DH en 2006), l’Espagne offrira encore, selon la profession, des opportunités pour le secteur après 2008.

En effet, le groupe Inditex, propriétaire de la marque Zara, fait aujourd’hui travailler quelque 120 entreprises marocaines et compte, durant l’année en cours, porter le nombre de ses sous-traitants à 200. «L’Espagne est aujourd’hui un marché sûr pour le Maroc avec lequel il y a un grand potentiel à développer, notamment dans le créneau de la mode à cycle court», explique le président de l’Amith. Autre exemple : celui du groupe français Decathlon qui a, lui aussi, renforcé son positionnement sur le marché marocain. Il fait travailler, selon les périodes, entre 40 et 50 entreprises marocaines.

Des efforts à faire sur le marché américain
Dans le milieu du textile-habillement, on estime que les entreprises – du moins celles qui ne l’ont pas encore fait – doivent tout de même entamer leur mise à niveau industrielle et renforcer leur positionnement sur le marché européen traditionnel, tout comme des efforts doivent être faits sur le marché américain.

Pour accompagner le secteur, l’Amith et le ministère du commerce et de l’industrie entreprennent des actions en vue de renforcer le positionnement du Maroc. C’est dans ce sens que Salah Eddine Mezouar, ministre du commerce, de l’industrie et de la mise à niveau de l’économie, doit se rendre en Chine. Autre action, de l’Amith cette fois-ci: la rencontre qui devait se tenir le 28 mars avec le Groupement professionnel des banques du Maroc (GPBM) pour sensibiliser les banques à la nécessité d’accompagner des industriels. Les banques, dit-on dans le milieu textile, sont frileuses et gardent toujours à l’esprit la crise qu’a connue le secteur en 2005. «Si le top management des banques est conscient de la situation, les chefs d’agences ne semblent pas, quant à eux, connaître le secteur», raconte un industriel.

Les mesures du plan «Emergence» en retard
Si les responsables de l’Amith ne s’inquiètent pas pour la période d’après 2008, certains industriels demeurent sceptiques. «Nous sommes tout seuls face à la concurrence. Nos entreprises livrent au quotidien une véritable bataille pour survivre d’autant plus que nous n’avons pas encore senti les retombées du Plan Emergence», se plaint un industriel. Les opérateurs sont, en effet, nombreux à s’impatienter face au retard enregistré par la mise en place de certaines mesures prévues par le plan, plus particulièrement deux aujourd’hui bloquées : le fonds de promotion et l’accès au financement de la restructuration financière et de la mise à niveau.

Le gouvernement n’a toujours pas, pour des raisons administratives relevant des Finances, débloqué le budget annuel pour 2006. Rappelons que le gouvernement a prévu un budget annuel de 20 MDH sur une durée de trois années. Quant au Foman, «les banques ne nous suivent pas du tout sur ce registre, ce qui est bien dommage», dit un exportateur. Il importe toutefois de souligner que plusieurs mesures sont aujourd’hui mises en œuvre, notamment la baisse des droits de douane sur les intrants demandée par les opérateurs, ainsi que la catégorisation des entreprises.

Focus
Le Sud fait du lobbying auprès de l’Europe

La fin des quotas négociés avec la Chine par l’Union européenne et les Etats-Unis était à l’ordre du jour du forum de réflexion «Collabotex», une plateforme de concertation entre les opérateurs du textile dans les pays de la rive du Sud de la Méditerranée. Organisé à la fin 2006 à Tanger, ce forum a invité les gouvernements concernés à adopter une stratégie commune consistant à sensibiliser la Commission européenne à l’adoption d’un démantèlement progressif, sur 5 ans, des quotas fixés aux produits chinois afin d’atténuer l’impact d’une levée brutale du dispositif.

D’autre part, il leur est également recommandé d’ouvrir un dialogue avec le gouvernement chinois. Des discussions que le Maroc entamera au cours du mois d’avril. En effet, profitant de l’annonce de la politique chinoise de rapprochement avec les pays africains, le ministre du commerce et de l’industrie se rend en Chine en vue de discuter des quotas chinois.