Textile : le grand décollage des exportations n’est pas encore au rendez-vous

Une petite hausse des expéditions est enregistrée à  fin octobre. La confection est en hausse de 6% mais la bonneterie a baissé de 4,9%. Le retard dans la mise en Å“uvre de la stratégie industrielle pénalise le secteur.

Evolution molle pour le secteur du textile. Les exportations ont augmenté, selon les dernières statistiques de l’Office des changes, de 3,5% à fin octobre 2014 par rapport à la même période de l’année dernière, à 27,4 milliards de DH. La confection a progressé de 6% puisque son chiffre d’affaires a atteint 16,9 milliards de DH contre 15,9 milliards à fin octobre 2013. La bonneterie a, par contre, vu ses ventes baisser de 4,9%. La valeur de ses exportations est ainsi tombée de 5,8 milliards de DH à 5,6 milliards. Au vu de ces chiffres, on peut dire que le secteur se contente simplement de maintenir ses exportations et n’arrive pas, depuis plusieurs années, à dépasser la barre des 30 milliards de DH.
Pour les industriels, le secteur a besoin d’un sérieux coup de pouce pour décoller. Ils restent optimistes mais ne peuvent cacher leurs inquiétudes quant au manque de visibilité actuel, imputé au retard pris sur le calendrier de mise en œuvre de la stratégie sectorielle, en discussion depuis plusieurs mois avec les pouvoirs publics, et à la situation qui prévaut sur le marché européen, principal débouché des exportations textiles marocaines.

Les donneurs d’ordre allemands et anglais veulent revenir au Maroc

Pourtant, d’après une récente étude réalisée par l’Institut français de la mode (IFM), une réorientation des commandes vers le Maroc est bien en cours. La part du Maroc dans le sourcing textile européen a en effet augmenté de 9% durant les huit mois de 2014 par rapport à la même période de 2013. En valeur, les importations textiles européennes en provenance du Maroc ont atteint 1,4 milliard d’euros contre 1,3 milliard pour l’année antérieure. Une petite amélioration certes comparée à la hausse de 21 à 26% enregistrée par le Pakistan, le Cambodge ou encore le Vietnam, mais elle atteste cependant, estiment les professionnels, de l’intérêt que portent les donneurs d’ordre au Maroc dont la part dans les achats européens est passée de 3,48% à 3,52%. De plus, certains donneurs d’ordre, en particulier allemands et britanniques, ont émis le souhait de revenir au Maroc alors que les Espagnols entendent consolider leur présence sur notre marché. Illustration de ce choix, le groupe Inditex ouvre un bureau commercial à Tanger. On relève également que les exportations marocaines vers ce pays ont augmenté de 15% à fin octobre 2014.
Autant d’opportunités que le secteur se doit de saisir en améliorant son offre via un développement de la production à forte valeur ajoutée.

Les industriels inquiets pour 2015

Car «le Maroc ne peut continuer à vendre de la sueur uniquement, même si l’on reste dans le fast-fashion, il faut innover et faire émerger des sites et des régions textiles spécialisées», commente un industriel de la place. Il ne manque pas de souligner, dans ce contexte, l’actuel dynamisme de Tanger où plusieurs investissements ont été réalisés, permettant la modernisation de la production dans des créneaux précis comme l’impression digitale, le finissage et la sérigraphie… On peut citer également le cas de Fès qui pourrait se spécialiser dans le T-shirt et le denim par exemple. C’est ce qui est recherché, il faut le rappeler, via la stratégie des écosystèmes. En attendant, les industriels attendent 2015 non sans appréhensions. Leur crainte est d’abord motivée par la baisse de la consommation d’habillement en Europe. Les statistiques de l’IFM confirment la régression de la demande d’habillement sur les marchés allemand (-1%), italien (-2%) et espagnol (-2,5%). Sur le marché français, traditionnel débouché du textile national, l’IFM souligne une très petite reprise de 0,2%. Ce qui explique le recul de 1% des importations françaises en provenance du Maroc dont la valeur est passée de 509 à 505 millions d’euros. Le second facteur d’inquiétude est le retard des mises en boutique des collections hiver en raison du prolongement des périodes de chaleur dans plusieurs pays européens. Ce qui se traduit par des perturbations des livraisons des commandes et une baisse des achats des donneurs d’ordre européens. Ces contraintes pourraient persister, selon les prévisions des industriels, jusqu’en février 2015.