Textile : le dispositif d’aide à  la compétitivité est en train d’être revu

Au vu des réalisations de ces dernières années, ce secteur a bien besoin, et d’urgence, d’un électrochoc pour remonter la pente. D’après les derniers chiffres publiés par l’Office des changes, les exportations ont reculé de 5,7% en 2013

Le dispositif de soutien des entreprises de l’industrie textile mis en place en décembre 2011 a montré ses limites. Ce constat a été établi par l’Association marocaine des industries du textile et de l’habillement (Amith) qui, conjointement avec les pouvoirs publics, est en train de repenser les mesures d’accompagnement destinées aux entreprises exportatrices et celles opérant sur le marché local. Les mesures arrêtées seront, expliquent les responsables de l’Amith, intégrées dans la stratégie 2025 du secteur textile en phase de finalisation.

Au vu des réalisations de ces dernières années, ce secteur a bien besoin, et d’urgence, d’un électrochoc pour remonter la pente. D’après les derniers chiffres publiés par l’Office des changes, les exportations ont reculé de 5,7% en 2013. Même si cette baisse est justifiée par le tassement de la consommation sur les marchés traditionnels de l’UE, il faut quand même reconnaître que le Maroc peine à préserver sa place dans le monde faute de compétitivité. Ce n’est pas seulement sur les marchés étrangers que l’industrie textile est en difficulté. Sur le marché local qui pèse 40 milliards de DH, les produits locaux sont aussi à la peine face à la déferlante chinoise et turque. Ce qui explique le besoin pressant de relancer les mesures de soutien à la compétitivité des entreprises des diverses filières textiles.

Pour rappel, ces mesures décidées en 2011 dans le cadre du Plan Emergence consistent à accompagner financièrement des acteurs leaders dans les diverses filières du textile aussi bien en amont qu’en aval. L’idée est de favoriser l’émergence de cinq locomotives à l’export (agrégateurs), 5 distributeurs intégrés opérant sur le marché local et 3 converteurs au niveau de l’amont textile. L’objectif étant de consolider de 50% les exportations par les agrégateurs nationaux et internationaux et de faire passer la part des enseignes nationales de 0,5 à 1,5% sur le marché domestique.

L’aide financière arrive avec un gros retard

Ces dispositifs de financement, soumis au même processus que les programmes Imtiaz et Moussanada, permettront aux opérateurs d’adapter leurs unités à l’exportation et de développer le marché local. Les pouvoirs publics avaient alors classé ces entreprises en trois types d’acteurs appelés agrégateurs, converteurs et distributeurs (voir encadré) qui, pour mener à bien leur mission, doivent actionner trois leviers: proposer une offre intégrée, démarcher de façon agressive des donneurs d’ordre internationaux et financer le cycle de production.
 En 2012, sept entreprises avaient été sélectionnées (un distributeur, cinq agrégateurs et un converteur). Cependant, bénéficier des dispositifs prévus est pour ces opérateurs un véritable parcours du combattant.

«C’est un mécanisme vertueux, il faut le reconnaître. Seulement, son fonctionnement est lourd», déplore Karim Tazi, directeur général de Marwa. Un avis partagé par un opérateur installé à Casablanca sélectionné comme agrégateur et qui préfère garder l’anonymat. «J’ai jeté l’éponge car c’est trop lourd et trop long à actionner alors que nous sommes dans une conjoncture où la réactivité est le maître mot!». Et d’ajouter que «certaines entreprises ont dû désigner une personne à plein temps pour le suivi des dossiers !».
Parmi les contraintes citées par certains opérateurs, la lenteur du traitement des dossiers. Ainsi, le distributeur champion, Marwa, n’a pu bénéficier du financement (40% du budget d’investissement engagé par l’entreprise pour le développement de son enseigne à travers le Maroc) qu’au début de 2014. Soit près de deux ans après avoir remis son dossier. Deuxième problème cité par les opérateurs : le niveau des garanties réclamées par les banques.

Pour remédier à ces dysfonctionnements, l’heure est actuellement à la révision de ce soutien à l’émergence des acteurs champions. «L’idée retenue aujourd’hui est de généraliser ce programme et de l’ouvrir à un grand nombre d’entreprises en fonction de critères précis relatifs à l’activité, à l’évolution du chiffre d’affaires et au rythme de croissance. Cette généralisation implique qu’il n’y aura plus de campagne, plus d’appel à manifestation d’intérêt. Toutes les entreprises qui pensent remplir les conditions requises peuvent soumettre un dossier», explique-t-on à l’Amith. De leur côté, les opérateurs estiment qu’il faut s’aligner sur un dispositif allégé comme ce qui se fait dans d’autres pays : prévoir par exemple une prime à la croissance sur la base d’un chiffre d’affaires additionnel. Il est à préciser que les converteurs et les agrégateurs sont tenus de réaliser un chiffre d’affaires additionnel de 200 MDH à l’horizon 2016. Par ailleurs, les industriels estiment que le mécanisme doit tenir aussi compte des besoins spécifiques (promotion, capacité de production ou encore innovation) de chaque acteur industriel. C’est de cette façon que les pouvoirs publics peuvent soutenir les champions industriels en vue d’atteindre la taille adéquate.