Textile : l’Amith va s’attaquer au gel des investissements et à  la stagnation de l’export

Nouvelle feuille de route pour la période 2013-2015. Intégration horizontale, innovation et renforcement de la compétitivité sont les priorités du nouveau bureau. Les industriels veulent le durcissement de la lutte contre la sous-facturation à  l’import et la distribution informelle.

Le secteur du textile est à nouveau dans l’incertitude. D’après les derniers chiffres de l’Office des changes, les exportations se sont repliées de 1,9% à fin avril par rapport à la même période de l’année dernière. Elles totalisent 10 milliards de DH contre 10,2 milliards. Selon des observateurs du secteur, le recul se poursuivrait durant les mois de mai et juin en raison de la conjoncture, les aléas climatiques en particulier, sur le marché européen. «Il n’y a pas eu de printemps cette année et, du coup, les donneurs d’ordre ont tardé à mettre en boutique les articles, et certains n’ont pas procédé du tout à la mise en vente des collections printemps. Cette perturbation explique qu’il n’y a pas eu de nouvelles commandes ni de réassort. Ce qui s’est traduit pour nous par le ralentissement de l’activité dans plusieurs unités», indique un exportateur de la place.

L’examen des statistiques révèle que c’est la maille qui a été touchée puisque ses exportations ont reculé de 11%, soit 2,4 milliards de DH à fin avril contre 2,7 milliards à la même période de 2012. La baisse est due, selon les professionnels, au manque d’attractivité de l’offre qui demeure basique et à la perte de capacité de production en raison de la crise de 2008. La filière confection a par contre progressé de 3%, à 6,8 milliards de DH. 

Les professionnels ne manquent pas de souligner que la demande s’est également essoufflée sur le marché local. Preuve en est que les importations de produits finis ont reculé de 14,5%, passant de 1 milliard de DH au premier trimestre 2012 à 855 millions à fin mars de l’année en cours. L’essentiel de ces importations provient, selon les professionnels, de la Turquie. Depuis l’entrée en vigueur en 2006 de l’accord de libre-échange, les industriels turcs du textile font preuve d’une grande agressivité sur le marché local (6 à 7 missions commerciales par an), ce qui s’est traduit par la multiplication par dix du volume de leurs exportations qui sont passées de 300 MDH en 2006 à 3 milliards en 2012.

Plus d’attention pour le marché intérieur

Pour assurer la compétitivité du secteur à l’extérieur comme sur le marché domestique, il faudra sortir des sentiers battus. C’est pourquoi le mandat 2013-2015 de l’Association marocaine des industries du textile et de l’habillement (Amith) est placé sous le signe de la rupture, ont expliqué les dirigeants de l’association, en marge de l’assemblée générale élective tenue le 12 juin. «Nous souhaitons dépasser la problématique conjoncturelle pour nous concentrer sur les problèmes de fond dans la mesure où le secteur est en train de vieillir et qu’il a dévoilé, depuis une dizaine d’années déjà, les premiers signes d’essoufflement, notamment le ralentissement des investissements et la stagnation des exportations», explique Mohamed Tazi, DG de l’Amith.

L’enjeu donc est «de réussir la transformation d’un secteur atrophié en filière équilibrée, intégrée horizontalement, innovante et compétitive». Ce qui passera, comme cela est prévu dans la stratégie 2025, par l’industrialisation de l’amont pour améliorer la compétitivité de l’offre à la fois à l’export et sur le marché domestique, la maîtrise de l’informel et la régénération du tissu industriel grâce à l’attraction de nouveaux opérateurs et le renforcement de l’existant.

De nouvelles mesures de soutien sont requises, expliquent les responsables de l’association. Parmi celles qui sont vivement souhaitées, on retiendra la lutte contre la sous-facturation à l’import et la distribution informelle en instaurant une taxe sur la valeur ajoutée sectorielle différenciée et en réactivant le Comité national de lutte contre la sous-facturation. Mais aussi, les professionnels suggèrent d’apporter des correctifs et des assouplissements aux différents outils mis en place par les pouvoirs publics. Il s’agit notamment des programmes Moussanada, Imtiaz, Inmaa et autres programmes de développement à l’international.

L’exécution de cette stratégie nécessite, et les industriels l’ont compris, l’adhésion de l’ensemble de la profession. C’est pourquoi lors de son prochain mandat, le bureau de l’Amith jouera pleinement la carte du rapprochement, en dépassant les dichotomies existantes dans le secteur, entre l’export et le marché local, les industriels de l’amont et ceux de l’aval.