Textile et habillement : le marché local est estimé à 45 milliards de DH

Les enseignes locales et étrangères ont des parts respectives de 2% et 6%. La stratégie sectorielle, en instance de signature, devrait apporter des solutions pour structurer ce marché. En plus de la contrebande, il est inondé de fripes importées d’Europe à partir des villes du nord du Maroc.

Estimé il y a cinq ans à 40 milliards de dirhams, le marché local du textile et de l’habillement aurait atteint aujourd’hui, selon une étude des professionnels, les 45 milliards de DH. Et selon les opérateurs, il pourrait même être plus important car, disent-ils, une évaluation précise est biaisée par l’importance de l’informel qui représenterait 90% du marché. Et particulièrement au niveau de la distribution qui reste pour l’heure essentiellement traditionnelle. Elle se fait principalement dans les souks, les foires, les kissariates et autres petits points de vente de quartiers. Le circuit organisé, quant à lui, ne dépasse pas 5% du marché sur lequel les enseignes étrangères détiennent 6% contre 4% il y a six ans. Cette évolution est due à l’implantation de plusieurs marques depuis 2011, favorisée par les ouvertures de plusieurs malls dans les grandes villes, notamment Casablanca, Rabat, Marrakech et Fès. Les enseignes marocaines (Marwa, Diamantine, Flou Flou), quant à elles, contrôlent entre 1 et 2% du marché.

Si, à l’export, le secteur du textile et de l’habillement s’est développé et réalise un chiffre d’affaires variant de 28 à 30 milliards de DH – palier qu’il a cependant du mal à franchir- durant ces dernières années, la dynamique de développement est plutôt lente au niveau local. La production destinée à la demande interne est le fait d’unités informelles et n’arrive pas à réellement décoller. Et cela en raison de la non-concrétisation ou du retard pris sur la mise en place de mesures de soutien et d’incitation. En effet, les pouvoirs publics avaient confié, en 2009, au cabinet Valyans une étude visant le soutien de cette production et la structuration du marché local. L’étude devait contribuer à l’identification des mesures incitatives et les aides à accorder aux entreprises éligibles à un accompagnement. Rien n’a été fait à ce jour.

Plus récemment, la stratégie sectorielle 2025 dans le cadre du Plan d’accélération industrielle prévoit des mesures pour le marché local. Les ambitions affichées et qui n’ont pas encore été concrétisées sont la lutte contre l’informel afin de permettre aux petites entreprises non organisées de basculer vers le circuit organisé et l’émergence de champions nationaux qui serviront de locomotive aux petites entreprises et permettront d’accroître la part des enseignes locales.

L’offre turque de plus en plus présente sur le marché

En attendant le début de l’exécution de la stratégie sectorielle, la contrebande, qui concerne beaucoup plus les vêtements confectionnés, continue de prospérer. «Il y a quelques années, la contrebande concernait davantage les tissus. Ce qui, dans une certaine mesure, pouvait être toléré puisque cela donnait du travail aux petits ateliers informels et faisait tourner la machine. Aujourd’hui, l’importation illégale de vêtements conduit à la perte d’emplois et à la fermeture d’unités de production», explique un opérateur de la place. Ce dernier s’inquiète du fait que «la contrebande déplace la production marocaine et l’emploi marocain vers des pays comme le Bengladesh». Les points d’entrée, selon les professionnels, sont essentiellement le sud du pays par la Mauritanie et le nord par l’Espagne. Il s’agit essentiellement d’articles façonnés en Chine ou dans d’autres pays, notamment l’Inde, le Pakistan ou encore le Bengladesh.

Il n’y a pas que la contrebande qui sape le moral des industriels. Un important commerce de fripes qui s’étend à toutes les villes du Maroc s’est développé dans la région du Nord (Tanger-Tétouan).

«Le circuit est bien organisé: les commerçants marocains nouent des partenariats avec des entreprises étrangères pour s’approvisionner régulièrement», explique un industriel de Tanger. La fripe provient essentiellement des collectes de vêtements usés, ou parfois même neufs, effectuées par des associations caritatives en Europe. On y retrouve aussi des vêtements de fin de série des grandes enseignes ou les restes d’export. Plusieurs unités de production du Nord écoulent leurs restes dans des points de vente de la région ou bien dans les autres villes du pays. Les balles de vêtements pesant environ 150 kilos, vendues de 20 000 à 30000 DH, sont acheminés via des grossistes depuis les villes du Nord. Les articles, quant à eux, sont vendus à des prix allant de 10 à 200 dirhams !

En plus de la contrebande et de la friperie, le marché local est caractérisé par une très forte présence de l’offre turque par le biais de l’implantation directe d’enseignes (cas de LC Waikiki) ou via l’importation d’articles finis et de tissus. Les importations marocaines en provenance de la Turquie ont oscillé entre 1,5 et 2 milliards de DH durant ces trois dernières années. L’offre turque, connaissant les habitudes et les tendances du Maroc, s’adapte à la demande locale. Elle porte sur l’habillement et le linge de maison. Son point fort reste la bonneterie qui est aujourd’hui distribuée dans des points de vente dédiés dans les villes de Casablanca et Rabat. Une sérieuse concurrence pour la bonneterie marocaine.