Tempête dans le secteur du papier-carton

Le projet de décret portant baisse des droits de douane déclenche une guerre au sein
de la profession

Le ministère de l’industrie et du commerce temporise.

Branle-bas de combat dans le secteur du papier-carton. Depuis quelques jours, cette industrie vit au rythme d’une crise aussi bien en interne, entre opérateurs du même secteur, qu’entre les professionnels et le ministère du commerce, de l’industrie et de la mise à niveau. Objet de la polémique: le projet de décret annoncé par le ministère visant à baisser les droits de douane sur les produits finis mais aussi sur les intrants (lire La Vie éco du 1er septembre 2006).

Certes, le secteur connaît déjà un démantèlement dicté par les engagements du Maroc dans le cadre de l’OMC et par les accords signés avec l’Union européenne. Mais voilà que le ministère de tutelle – qui est d’ailleurs dans son rôle – décide d’accélérer la cadence et veut finaliser un nouveau schéma de démantèlement dans le cadre d’une réforme tarifaire globale. Il propose ainsi de ramener les droits de douane à 10 % seulement (contre 32,5 % actuellement) pour les pâtes et fibres courtes, 25 % (contre 50 %) pour le papier et 40 % (contre 50 %) pour les produits finis. Pour les industriels travaillant avec l’Union européenne, le ministère propose des droits de 6,15 et 24% en fonction du produit.

Conflit d’intérêts
Une question se pose : comment des opérateurs d’un secteur peuvent-ils être contre des baisses de taxes pour leurs matières premières, censées finalement leur permettre d’avoir des prix plus performants pour vendre leurs produits ? La réponse à cette question est à chercher du côté de l’hétérogénéité de la filière. En effet, les intérêts des opérateurs rassemblés dans ce grand secteur ne sont pas forcément convergents. Certains appellent de leurs vœux cette mesure, à laquelle réfléchit depuis bientôt deux ans le ministère. Mais pour d’autres, une réduction aussi brutale pourrait déstabiliser le marché car, immédiatement après l’entrée en vigueur de la réduction des droits de douane, leur clientèle va inévitablement exiger une révision à la baisse des prix de vente même si la matière première a été importée avant la baisse des droits.

Toujours est-il que les industriels ne sont pas opposés à la réduction mais plutôt au rythme que proposent les pouvoirs publics. Aux dernières nouvelles, le ministère de l’industrie et du commerce a décidé de surseoir à l’application du décret en attendant d’y voir plus clair.