Télécoms : ce que nous payons et ce que l’on paye dans d’autres pays

Le Maroc est plus cher que l’Egypte mais se situe dans la même fourchette de
prix que la Tunisie et l’Algérie.
En Europe, les communications sont plus chères dans l’absolu mais les packages
permettent d’avoir des services supplémentaires.
Le client peut alléger sa facture s’il arrive à  faire un choix judicieux entre
les différentes offres.

Elevé, le coût de la communication ! C’est ce que ressentent beaucoup d’utilisateurs à  chaque fois qu’ils reçoivent leur facture mensuelle ou qu’ils épuisent leur forfait. Pourtant, si l’on se fie aux chiffres de l’Agence nationale de réglementation des télécommunications (ANRT), nous restons dans la moyenne des pays à  économie comparable.

Dans l’absolu, et c’est une évidence, le coût a été raboté durant ces dernières années, particulièrement pour le mobile, un segment sur lequel la concurrence a été plus vive. De 1 400 DH (tous les prix sont hors taxe) en 1991, les frais d’accès au mobile sont passés à  400 DH en 1997 (année précédant l’entrée en lice de Méditel) avant de tomber à  100 DH. Quant au prix de l’abonnement, il est de 125 DH, depuis 2002, chez les deux premiers opérateurs (Maroc Telecom et Méditel) contre 400 DH en 1991.

En revanche, pour le fixe, frais d’accès et d’abonnement ont pris la trajectoire inverse. Il y a un peu moins de 20 ans, l’abonnement mensuel était facturé à  20 DH, tandis que les frais de raccordement étaient de 300 DH. Ces tarifs étaient à  peu près identiques pour les particuliers et les entreprises. Aujourd’hui, les premiers s’acquittent de 100 DH pour l’abonnement et de 500 DH pour le raccordement, contre 120 DH et 1 000 DH pour les secondes. Cette nette augmentation ne s’explique pas seulement par l’inflation, mais aussi par le fait que l’Etat, alors détenteur du monopole, avait réglementé les prix. Une pratique encore en vigueur en Algérie et en Tunisie, même après la libéralisation des télécoms. N’étant soumis à  aucune contrainte, ni concurrentielle ni réglementaire, Maroc Telecom, qui avait entre-temps été privatisé tout en gardant une situation de monopole jusqu’à  l’entrée en lice de Méditel et de Wana, avait tout le loisir de fixer ses tarifs. Les frais d’accès et de raccordement n’ont pas été revus à  la baisse, mais, en diversifiant ses services sur le fixe (Manzil, Phony), l’opérateur historique offre en contrepartie aux clients davantage de possibilités pour gérer au mieux leur budget. Dans le même sens, la révision du système de tarification intervenue dès 2002 a été suivie d’une baisse de moitié du coût des appels tant de fixe à  fixe que de fixe au mobile.

Pour le mobile, une baisse sensible du coût des appels est également constatée. La minute de communication pour le postpayé (abonné) est aujourd’hui facturée autour de 2 DH en heure pleine contre 5,30 DH, 4 DH et 3,20 DH, respectivement en 1991, 1995 et 1997. En revanche, pour le prépayé, les prix paraissent exorbitants. Par exemple, un appel vers un client du même opérateur est facturé à  6,45 DH et à  7 DH (en hors taxe) s’il est destiné à  un client d’un autre opérateur. Mais, selon les opérateurs et l’ANRT, le prix de la minute doit intégrer plusieurs éléments, en particulier les promotions et les plages horaires. Dès lors, le prix moyen de l’appel en prépayé serait de l’ordre de 1,50 DH la minute, explique-t-on en substance.

Dans tous les cas, le client peut réaliser des économies ou, à  défaut, maà®triser sa facture, pour peu qu’il essaie de faire une comparaison entre les différentes offres. Le prix de la minute consommée peut varier de plus de 8 DH (prépayé) à  2,30 DH (abonnement ou forfait), ou même un dirham chez tous les opérateurs.

Il n’en demeure pas moins qu’il y a encore de la marge pour de nouvelles baisses des tarifs de communication. Et ce ne sont pas les entreprises qui diront le contraire, même si des patrons reconnaissent une décrue de 30% sur deux ans. Par exemple, celles qui sont spécialisées dans les enquêtes ou le télémarketing disent être handicapées par les lourdes charges de télécommunication qui constituent au moins 50% de leur coût final.

La première minute indivisible pèse sur la facture
Cela s’explique en réalité par deux éléments liés : la première minute indivisible et le faible taux de joignabilité de la cible font que les appels sont souvent de très courte durée, mais sont facturés selon le système de la minute indivisible. Pour l’heure, leur marge de manÅ“uvre est limitée, sachant qu’elles sont dans l’impossibilité de négocier les prix, les opérateurs leur opposant l’argument incontournable du prix de l’interconnexion.

Il reste qu’il serait injuste de clouer les opérateurs au pilori sans avoir procédé à  une comparaison avec des pays de niveau similaire. Et l’on s’aperçoit qu’à  part l’Egypte o๠les prix des télécommunications sont moins élevés, tant sur le fixe que sur le mobile, le Maroc est quasiment dans les mêmes fourchettes que la Tunisie et l’Algérie (voir tableaux). Et il est certain que les données du marché vont changer ; l’expérience des pays plus avancés le montre. Avec la convergence entre voix, données et internet, on aura à  terme des offres double play ou triple play avec des forfaits à  la portée de toutes les bourses. Pour l’équivalent de 300 DH, les opérateurs français offrent la téléphonie illimitée ou presque, l’internet et la télévision.